Faure Gnassingbé sur le front de l’Opération Koundjoaré – Journal du Togo
Le jeudi 7 mai 2026, le président du Conseil, chef suprême des armées, s’est rendu sur la ligne de front de l’opération Koundjoaré, dans l’extrême nord du Togo. Entre l’extrémisme violent qui frappe aux portes de la région des Savanes et la nécessité de galvaniser des troupes éprouvées par une guerre d’usure, cette visite s’est déroulée au plus près du danger. Un déplacement où chaque minute compte, et où le vrombissement des pales d’hélicoptère brise un silence chargé de menaces.
Dans cette bande frontalière où la poussière de l’harmattan laisse progressivement place aux premières chaleurs étouffantes de mai, la frontière n’est pas qu’une simple ligne tracée sur une carte. C’est une zone de tension permanente. Ici, l’ennemi n’a ni visage ni uniforme, mais sa présence se devine derrière chaque buisson et chaque relief rocheux. C’est dans ce décor hostile, là où le Togo mène l’une de ses batailles les plus cruciales pour son intégrité territoriale, que Faure Gnassingbé a choisi de se rendre aux environs de 10 heures, ce jeudi-là.
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Accueilli à sa descente d’hélicoptère par le colonel Latiémbé Kombaté, commandant supérieur de l’opération Koundjoaré, le chef de l’État n’est pas venu pour une simple revue de troupes. L’heure est grave. L’environnement sécuritaire régional est jugé « préoccupant » par la haute hiérarchie militaire, et chaque décision prise sur le terrain engage des vies humaines.

Dans le secret du Poste de Commandement, décoder la menace
La première étape de cette immersion s’est déroulée à huis clos, dans l’atmosphère confinée du Poste de Commandement Opérationnel (PCO). Cartes satellites déployées et rapports de renseignements à l’appui, le président du Conseil a suivi un briefing détaillé sur l’évolution de la menace sécuritaire.
Les officiers ont décrit la réalité du terrain : guerre asymétrique, engins explosifs improvisés (IED), tentatives d’infiltration de groupes armés terroristes venus du Sahel et difficulté permanente de sécuriser des centaines de kilomètres de frontières poreuses.
Face à ces défis, le chef suprême des armées a écouté attentivement les responsables militaires, multipliant les questions sur les contraintes opérationnelles et matérielles rencontrées par les hommes engagés sur le front. Il a ensuite insisté sur la nécessité d’une adaptation constante : renforcer les dispositifs de sécurité, optimiser la réactivité des unités et accroître l’efficacité opérationnelle afin de réduire au maximum les vulnérabilités.

Tchamonga, la caisse à sable et le grand frisson du front
La séquence la plus symbolique de cette visite restait toutefois à venir. Le chef de l’État a repris les airs en direction de l’Est pour rejoindre le poste opérationnel avancé (POA) de Tchamonga, situé dans la bande frontalière directe.
Ici, la réalité du terrain prend une dimension plus concrète encore. Devant une « caisse à sable » — maquette tactique utilisée pour simuler les positions ennemies — le président s’est fait présenter les mécanismes des patrouilles et les scénarios d’intervention déployés dans cette zone sensible.
Puis est venu le moment du face-à-face avec les soldats. Des visages marqués par les nuits de veille, les conditions climatiques difficiles et la pression constante du terrain, mais des regards déterminés. Prenant la parole, Faure Gnassingbé a salué le sens élevé du devoir et du sacrifice des forces engagées, conscientes que plusieurs de leurs camarades ont déjà payé de leur vie le prix de la sécurité nationale.
Il a exhorté les troupes à maintenir une vigilance permanente face à une menace mouvante et imprévisible, tout en réaffirmant le soutien total de la haute hiérarchie militaire.
Le président du Conseil a également rappelé que les besoins des forces engagées sont progressivement pris en compte à travers le renforcement des équipements et des capacités opérationnelles. Un message destiné à soutenir le moral des hommes déployés sur cette ligne de front stratégique.

Les deux piliers de Koundjoaré : Le fusil et la résilience
Pourquoi cette visite est-elle si cruciale aujourd’hui ? Parce que la bataille des Savanes ne se gagnera pas uniquement à coups de fusils d’assaut. Elle se joue aussi dans les esprits et dans le quotidien des populations locales, cibles privilégiées de l’endoctrinement terroriste.
Le déplacement présidentiel a mis en lumière l’approche globale, ou « holistique », développée par le gouvernement togolais pour contrer la contagion sécuritaire :
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│ APPROCHE HOLISTIQUE DE LA SÉCURITÉ │
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│ MILITAIRE │ │ SOCIALE (PURS)│ │ PRÉVENTION │
│ Opération │ │ Urgence dans │ │ CIPLEV │
│ Koundjoaré │ │ les Savanes │ │ Dialogue & │
│ (Le Bouclier) │ │ (Résilience) │ │ Communautés │
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Si l’opération Koundjoaré forme le bouclier militaire indispensable, l’État déploie parallèlement plusieurs programmes destinés à renforcer la résilience des populations locales :
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Le PURS (Programme d’Urgence pour la Région des Savanes) : Apporter l’eau potable, l’électricité, des écoles et des routes aux populations pour éviter que la pauvreté ne devienne le lit de l’extrémisme.
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Le CIPLEV : Ce comité interministériel travaille main dans la main avec les chefs traditionnels et les jeunes pour repérer les signes de radicalisation et renforcer la cohésion sociale.

Une diplomatie de combat
Cette visite sur le front a également permis de mettre en avant la coopération sécuritaire entre le Togo et les pays voisins, notamment le Bénin et le Burkina Faso. Les autorités togolaises estiment que la lutte contre l’extrémisme violent ne peut être efficace sans une coordination régionale renforcée.
Dans une Afrique de l’Ouest marquée par les recompositions géopolitiques et les fragilités sécuritaires, la stabilisation du nord du Togo dépasse désormais le simple cadre national.
En se rendant à Tchamonga, au plus près des unités engagées, Faure Gnassingbé a voulu adresser un message clair : le Togo entend maintenir la pression face aux groupes armés et préserver l’intégrité de son territoire, malgré un contexte régional particulièrement instable.