12 mai 2026

Sénégal : la répression des homosexuels s’intensifie, entre traque et lois draconiennes

Des centaines d’hommes ont été interpellés ces dernières semaines au Sénégal, et certains ont même été lynchés par la foule. Le pays a récemment voté des lois qui durcissent considérablement les peines encourues par les personnes homosexuelles, pouvant aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement.


Le 13 février 2026, au cœur de Dakar, une scène poignante s’est déroulée : un homme était conduit par la gendarmerie sous les huées de la foule. Les habitants scandaient « góor-jigéen » — « homme-femme » en wolof — l’accusant d’être homosexuel. Cette situation n’est pas un cas isolé ; le pays a connu plus d’une centaine d’arrestations similaires en quelques semaines. Des actes de violence collective ont également été signalés, un homme ayant été brutalement agressé en raison de son orientation sexuelle présumée.

Face à cette traque, les personnes homosexuelles sont contraintes de vivre dans la clandestinité. Un témoin anonyme, montant dans un véhicule de France Télévisions, a exprimé son calvaire : « À tout moment, tu te dis qu’on peut venir t’attraper. Tu ne peux pas vivre. Tu es obligé de vivre caché de tout le monde. Ça fait chier, ce n’est pas une vie. Avoir peur tout le temps, ce n’est pas possible. » Il affirme ne plus fréquenter personne depuis le début de ces événements.

Paradoxalement, beaucoup préfèrent l’arrestation aux lynchages publics orchestrés par la foule ou les voisins, souvent alimentés par de simples rumeurs. « C’est de la haine. On les a nourris comme ça. On leur a fait croire qu’il faut détester un homosexuel pour être plus croyant. Que si tu tues un homosexuel, tu vas aller au paradis. Que tu aimes les femmes ou tu aimes les hommes, c’est un truc personnel, ça ne concerne que toi et Dieu », a-t-il ajouté, décrivant la rhétorique anti-LGBTQ+ ambiante.

Une législation nouvelle d’une sévérité inédite

Un ingénieur français, âgé d’une trentaine d’années et résident à Dakar, a été arrêté à son domicile mi-février pour les mêmes motifs. Sa photo, diffusée par la police, le montre aux côtés de trois autres suspects. Il est toujours détenu. Sa famille et son avocat, craignant des représailles, ont refusé de s’exprimer. Ses amis, profondément affectés, décrivent la méthode : « Ça nous a beaucoup choqués. Et après, quand on a pris les circonstances de l’arrestation, ça nous a choqués encore plus. Parce qu’en fait, ils ont frappé à la porte, il a ouvert, ils l’ont chopé. Voilà la tactique qu’ils utilisent, qui est en fait, la rafle. »

Le Sénégal, dont 95% de la population est musulmane, a toujours manifesté un rejet profond de l’homosexualité. Une loi de 1966 existait déjà pour réprimer les actes homosexuels, mais son application était sporadique. Le nouveau gouvernement a introduit un texte beaucoup plus sévère, bénéficiant du soutien unanime des députés. Une élue a déclaré sans détour : « Les homosexuels ne respireront plus dans ce pays. » Un autre a fustigé : « Nous considérons que les valeurs LGBTQ constituent un poison culturel savamment inoculé dans notre peuple. »

Désormais, les actes homosexuels sont passibles de cinq à dix ans de prison ferme. Nicolas Bertrand, correspondant de France Télévisions en Afrique, a précisé : « Cette loi ultra-répressive a été adoptée à l’unanimité : 135 voix pour, 0 voix contre. Il y a aussi eu trois élus qui se sont abstenus, mais pas parce qu’ils étaient opposés au texte, bien au contraire, ils demandent des peines encore plus dures contre les homosexuels. »

Conséquences sanitaires : la peur freine l’accès aux traitements VIH

Au milieu de cette vague d’homophobie, quelques voix s’élèvent pour appeler à la raison. Parmi elles, le docteur Safiathou Thiam, secrétaire exécutive du Conseil national de lutte contre le sida au Sénégal. La nouvelle législation criminalise également l’aide apportée aux personnes homosexuelles, ce qui met les soignants qui travaillent avec les porteurs du VIH dans une situation délicate. « Soigner quelqu’un de séropositif, qu’il soit homosexuel ou non, c’est quelque chose qui relève de notre devoir de médecin. Nous n’avons pas le droit de baisser les bras. Ce sont des personnes qui comptent sur nous. Donc, nous devons continuer à les soigner. C’est très compliqué pour nous », a expliqué Safiathou Thiam, se disant « inquiète » mais « confiante » dans un éventuel « retour à la raison ».

La peur des représailles et des arrestations empêche de nombreux homosexuels séropositifs de se rendre dans les centres de soins pour recevoir leur traitement. Cette situation alarmante fait craindre aux spécialistes une recrudescence de l’épidémie de SIDA au Sénégal, menaçant des années d’efforts en matière de santé publique.

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