12 mai 2026

Corridors de transit Cameroun-Tchad-RCA : N’Djamena relance les échanges régionaux

Le Tchad redynamise les corridors logistiques reliant N’Djamena à Douala et Bangui, des axes vitaux pour les économies camerounaise, tchadienne et centrafricaine. Cette initiative s’inscrit dans une démarche de modernisation des infrastructures et de renforcement de l’intégration sous-régionale au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). L’objectif ? Fluidifier les échanges commerciaux tout en boostant la compétitivité économique et la sécurité alimentaire dans ces pays fortement dépendants du port de Douala.

Des axes stratégiques pour des pays enclavés

Le corridor Douala-N’Djamena, long de 1 800 kilomètres, est le poumon logistique du Tchad. Près de 90 % des importations tchadiennes transitent par ce port camerounais, faisant de cet axe un maillon indispensable pour l’approvisionnement du pays. Toute perturbation, qu’elle soit due à l’état des routes, aux contrôles administratifs ou aux risques sécuritaires, se répercute directement sur les prix à la consommation dans la capitale tchadienne.

Pour la République centrafricaine (RCA), le corridor Douala-Bangui présente des défis similaires. Les instabilités prolongées dans le nord-est du pays allonge les délais d’acheminement, passant de quelques jours à plusieurs semaines. Ces retards pénalisent la compétitivité des produits locaux et découragent les investissements étrangers. Malgré les financements de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD) pour certains tronçons, les problèmes persistent.

Une diplomatie économique ambitieuse

En relançant ces projets, les autorités tchadiennes affichent une volonté politique claire. Cette démarche s’inscrit dans une stratégie de diplomatie économique visant à renforcer la position du Tchad dans la sous-région. Mahamat Idriss Déby Itno cherche à peser davantage dans les négociations avec Yaoundé pour améliorer la fluidité du transit, optimiser les coûts portuaires et sécuriser les convois. Plusieurs rencontres bilatérales ont déjà permis d’harmoniser les procédures douanières, de réduire les points de contrôle et d’accélérer le déploiement de systèmes électroniques pour le suivi des marchandises.

La RCA, également dépendante du port de Douala, voit cette initiative d’un bon œil. Une coordination renforcée entre les trois pays pourrait mutualiser les investissements et offrir un front commun face aux partenaires internationaux. Cependant, les contraintes budgétaires de chaque État freinent la concrétisation de ces promesses politiques.

Les défis à surmonter pour une intégration réussie

La modernisation de ces corridors nécessite des réformes structurelles profondes. Les tracasseries routières, souvent dénoncées par les transporteurs, restent un obstacle majeur sur les axes camerounais et tchadien. Les contrôles multiples, les prélèvements illégaux et les délais aux frontières alourdissent les coûts logistiques et alimentent la corruption. Le projet de poste-frontière commun entre Kousséri et N’Djamena, évoqué depuis des années, tarde à voir le jour.

La question sécuritaire complique davantage la situation. La région du Lac Tchad reste exposée aux activités de groupes armés liés à Boko Haram, tandis que le nord de la RCA subit les aléas des conflits locaux. Sans une stabilisation durable, la viabilité des corridors logistiques restera précaire. Par ailleurs, la montée en puissance du port nigérian de Port-Harcourt et l’émergence du port en eau profonde de Kribi au Cameroun pourraient redistribuer les flux régionaux. Ce dernier, situé à Kribi, pourrait absorber une partie des échanges tchadiens et centrafricains, redessinant ainsi la carte des corridors logistiques et imposant une réflexion globale sur les chaînes d’approvisionnement.

Cette initiative tchadienne, bien que cruciale, s’annonce complexe. Son succès dépendra de la capacité des trois États à concrétiser leurs engagements par des projets concrets, soutenus par des bailleurs internationaux, et accompagnés de réformes de gouvernance solides.

À lire aussi

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes