12 mai 2026

Justice sénégalaise : deux mandats de dépôt dans l’affaire du marché d’armement de 45 milliards

justice sénégalaise : deux mandats de dépôt dans l’affaire du marché d’armement de 45 milliards

Un marché d’armement d’une valeur de 45 milliards de francs CFA (soit environ 69 millions d’euros), conclu sous le mandat de l’ancien président Macky Sall, vient de connaître une avancée judiciaire majeure au Sénégal. Deux individus mis en cause ont été placés sous mandat de dépôt à Dakar, à la suite d’une plainte déposée par l’Agence judiciaire de l’État (AJE). Cette structure, rattachée au ministère des Finances, a pour mission de protéger les intérêts patrimoniaux de l’État sénégalais en traquant les détournements présumés de fonds publics.

Ce dossier, révélé par les nouvelles autorités issues de l’alternance politique en 2024, s’inscrit dans une dynamique d’audit approfondi des contrats stratégiques passés sous l’ancien régime. L’affaire illustre ainsi la volonté du gouvernement dirigé par Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko de rétablir une gestion transparente des finances publiques.

l’Agence judiciaire de l’État, acteur clé de la lutte contre les détournements

L’AJE joue un rôle central dans ce dispositif judiciaire. Depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau tandem présidentiel, son influence s’est renforcée, lui permettant de déposer des plaintes ciblées contre des contrats jugés opaques ou frauduleux. Dans le cas présent, l’agence a saisi la justice pour examiner les irrégularités liées à ce marché d’armement d’un montant exceptionnel.

Après une phase d’instruction, deux personnes ont été incarcérées, confirmant la gravité des charges retenues. Avec un montant de 45 milliards de francs CFA, cette affaire figure parmi les plus importants contentieux financiers traités par la justice sénégalaise ces derniers mois. Elle s’ajoute à une série de saisines judiciaires lancées après la publication, en 2024, d’un rapport de la Cour des comptes pointant des irrégularités budgétaires dans plusieurs secteurs.

un contrat d’armement signé sous l’ère Macky Sall

Le marché en question porte sur l’acquisition d’équipements militaires destinés aux forces de défense et de sécurité du Sénégal. Signé entre 2012 et 2024, ce contrat s’inscrit dans un contexte de hausse des budgets sécuritaires, influencé par les tensions régionales au Sahel et les opérations menées en Casamance. Plusieurs accords similaires avaient été conclus en procédure dérogatoire, sous couvert de secret-défense, échappant ainsi aux contrôles parlementaires classiques.

Les autorités actuelles cherchent précisément à lever cette opacité. Les enquêteurs examinent plusieurs aspects : la réalité des livraisons effectuées, la conformité des prix unitaires aux standards internationaux, ainsi que l’éventuelle existence de surfactations ou de commissions occultes. L’objectif est de déterminer si une partie des 45 milliards de francs CFA a été détournée de son usage prévu ou si des intermédiaires ont bénéficié de marges anormales.

une affaire à forte portée politique et diplomatique

Au-delà de son aspect pénal, cette affaire revêt une dimension politique et diplomatique majeure. Le gouvernement de Ousmane Sonko a fait de la reddition des comptes un pilier de sa politique, symbolisant une rupture avec les pratiques du précédent régime. Plusieurs anciens hauts responsables ont déjà été entendus dans des dossiers connexes, notamment dans les secteurs des hydrocarbures, des infrastructures et du foncier.

Cependant, le volet armement ajoute une couche de complexité. Les fournisseurs impliqués dans ce type de contrats sont souvent des entreprises étrangères, parfois liées à des États partenaires, ce qui peut compliquer les demandes d’entraide judiciaire internationale. Le Sénégal devra concilier son exigence de transparence avec la préservation de ses relations diplomatiques, que ce soit avec la France, en pleine recomposition, ou avec des partenaires émergents comme la Turquie, Israël ou certains pays du Golfe.

L’identité des deux personnes incarcérées ainsi que le calendrier judiciaire restent à préciser. L’instruction pourrait s’étendre sur plusieurs mois, voire plus, en raison de la technicité des documents comptables à analyser et des éventuelles commissions rogatoires à mener à l’étranger. Cette procédure marque désormais le début d’une phase d’investigation approfondie.

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