Financement des économies du Cameroun et de la CEMAC : les conséquences d’un marché boursier sous-exploité
Le Cameroun et la CEMAC face au défi du financement des économies : quand l’inertie des marchés financiers pèse sur la croissance
Lors de l’ouverture de la Diamond Capital Convention à Douala, le ministre des Finances Louis Paul MOTAZE a tiré la sonnette d’alarme : l’insuffisance du financement des grands projets par le marché boursier camerounais et de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) freine l’essor industriel, l’emploi et la compétitivité régionale. Une situation qui, selon lui, exige une refonte urgente de l’écosystème financier pour éviter des répercussions économiques et sociales désastreuses.
Ce constat, formulé lors d’un événement réunissant décideurs publics et privés, révèle un paradoxe criant : alors que le Cameroun et ses voisins de la CEMAC disposent de ressources financières considrables, près de 80 % des investissements sont encore dépendants des circuits traditionnels, laissant des pans entiers de l’économie à l’agonie.
Des investissements insuffisants : un frein à l’industrialisation et à l’emploi
Le Cameroun, locomotive de la CEMAC, enregistre une croissance économique atone depuis plusieurs années, avec un taux de chômage des jeunes dépassant les 25 %. Les causes ? Un marché financier trop étroit pour absorber les besoins des entreprises, notamment dans les secteurs clés comme l’agroalimentaire, les infrastructures énergétiques et le numérique.
Louis Paul MOTAZE a souligné que sans un soutien accru du marché des capitaux, des projets comme l’industrialisation locale des matières premières ou la modernisation des infrastructures routières resteront lettre morte. Résultat : des opportunités économiques perdues et une dépendance accrue envers l’endettement extérieur, avec des risques de surendettement pour les États.
- Manque de diversification des sources de financement : Les entreprises camerounaises et de la CEMAC peinent à accéder à des capitaux via les marchés boursiers, contraints de se tourner vers des banques aux taux d’intérêt prohibitifs.
- Dépendance excessive à l’aide publique : Les programmes de développement dépendent encore trop des budgets étatiques ou des prêts internationaux, limitant la souveraineté économique des pays.
- Perte de compétitivité régionale : Comparé à des marchés comme le Ghana ou la Côte d’Ivoire, le marché financier camerounais peine à attirer les investisseurs étrangers, en raison de sa faible profondeur et de son manque de transparence.
Renforcer la confiance pour mobiliser l’épargne locale
Pour briser ce cercle vicieux, Louis Paul MOTAZE a insisté sur trois leviers : la régulation, la transparence et l’éducation financière. Selon lui, ces réformes sont indispensables pour redonner confiance aux épargnants et aux investisseurs, et ainsi doper la participation citoyenne au financement de l’économie.
Parmi les mesures proposées :
- La création de nouveaux produits financiers adaptés aux besoins des PME et des projets d’infrastructure, comme des obligations vertes ou des fonds dédiés à l’innovation.
- La simplification des procédures administratives pour les entreprises souhaitant lever des fonds sur le marché boursier, afin de réduire les délais et les coûts.
- Un renforcement des institutions de régulation pour lutter contre la fraude et garantir la fiabilité des informations financières.
- Des campagnes de sensibilisation pour encourager l’épargne longue durée et familiariser les populations avec les mécanismes d’investissement.
Ces initiatives s’inscrivent dans une logique de résilience économique : en réduisant la dépendance aux circuits financiers externes, les États de la CEMAC pourraient limiter leur exposition aux chocs monétaires et aux pressions extérieures.
La transparence, clé de voûte de la réussite
Un marché financier crédible repose sur des règles du jeu claires et une communication transparente entre les acteurs. Louis Paul MOTAZE a rappelé que la méfiance des investisseurs – alimentée par des scandales financiers ou des pratiques opaques – étouffe depuis des années la dynamique boursière en Afrique centrale.
Pour inverser la tendance, il a appelé à :
- Une publication régulière des performances financières des entreprises cotées.
- La mise en place de mécanismes de protection des investisseurs, notamment contre les abus de marché.
- Une collaboration renforcée entre les bourses régionales (BEAC, BRVM) pour harmoniser les normes et attirer les capitaux internationaux.
Ce que ces réformes changeraient concrètement pour les citoyens
Les répercussions d’un marché financier fonctionnel iraient bien au-delà des chiffres. Voici ce que les Camerounais et les populations de la CEMAC pourraient attendre de ces changements :
- Plus d’emplois locaux : Avec des financements accessibles, les entreprises pourraient embaucher davantage, réduisant ainsi le chômage des jeunes, en particulier dans les zones rurales.
- Des infrastructures dignes du 21ᵉ siècle : Réseaux routiers, accès à l’électricité et à internet améliorés grâce à des partenariats public-privé innovants.
- Une baisse des coûts de la vie : La transformation locale des produits agricoles réduirait la dépendance aux importations et stabiliserait les prix des denrées.
- Des opportunités pour les particuliers : Les épargnants pourraient enfin investir dans des projets porteurs, sans passer par des intermédiaires coûteux.
- Une souveraineté économique renforcée : Moins de dettes extérieures et plus de contrôle sur les flux financiers, permettant aux États de prioriser leurs propres priorités de développement.
Le Cameroun peut-il devenir un modèle pour la CEMAC ?
Avec la tenue de la Diamond Capital Convention, Douala se positionne comme un hub potentiel pour la refonte des marchés financiers en Afrique centrale. Si le Cameroun parvient à mobiliser son épargne interne et à attirer des investisseurs étrangers, il pourrait servir de laboratoire pour une relance économique régionale.
Cependant, le défi est de taille : il faudra surmonter les réticences culturelles envers l’investissement boursier, former une nouvelle génération de professionnels du secteur financier, et convaincre les élites économiques de jouer le jeu de la transparence.
Pour Louis Paul MOTAZE, l’urgence est claire : sans une action décisive dès maintenant, les économies du Cameroun et de la CEMAC resteront enlisées dans un sous-développement persistant, avec des conséquences sociales explosives.