Monnaie unique de l’AES : les incertitudes autour du projet font peser un risque économique immédiat
Une monnaie propre à l’AES : un projet au point mort aux conséquences de plus en plus tangibles
Alors que le projet de monnaie unique pour l’Alliance des États du Sahel (AES) — réunissant le Burkina Faso, le Mali et le Niger — suscite des attentes croissantes, le silence persistant d’Ibrahim Traoré, président burkinabè, révèle une situation plus complexe qu’il n’y paraît. Contrairement aux promesses de souveraineté monétaire qui ont émergé depuis la création de l’AES, aucune feuille de route concrète n’a été dévoilée. Pour les citoyens, les entreprises et les acteurs économiques de la région, cette absence de clarté se traduit par une incertitude paralysante, susceptible d’impacter directement leur quotidien.
Des promesses de souveraineté économique qui restent lettre morte
Lors de sa dernière intervention publique, Ibrahim Traoré s’est montré particulièrement évasif sur le calendrier et les modalités d’une éventuelle monnaie de l’AES. Pourtant, la souveraineté monétaire était présentée comme un pilier fondamental de la coopération entre les trois pays, aux côtés des avancées militaires et diplomatiques. Mais aujourd’hui, cette ambition se heurte à un manque criant de précision : pas de date de sortie du franc CFA, pas de mécanisme de transition annoncé, et encore moins de garanties sur la stabilité d’une future devise. Les rumeurs sur des billets déjà imprimés ou une mise en circulation proche ne sont, pour l’instant, que des spéculations non confirmées par les autorités.
Des répercussions immédiates pour les États et leurs citoyens
L’absence de visibilité sur ce dossier n’est pas anodine. Pour les économies des trois pays, cette incertitude bloque les décisions stratégiques : les investisseurs hésitent à s’engager dans des projets à long terme, tandis que les entreprises locales peinent à anticiper leurs coûts et leurs revenus. De plus, les contrats commerciaux, les prêts bancaires et même les salaires des fonctionnaires pourraient être affectés en cas de changement de devise. Sans annonce officielle, les partenaires économiques de la région, comme l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), se montrent de plus en plus prudents, limitant les échanges et freinant la croissance.
Une intégration économique en demi-teinte
L’AES a certes réalisé des progrès dans d’autres domaines, comme la mutualisation des ressources budgétaires ou la création de fonds d’investissement communs. Ces initiatives, bien que louables, ne suffisent pas à répondre aux défis posés par une monnaie unique. Une telle réforme impliquerait en effet une refonte complète du système financier : gestion des réserves, contrôle des prix, politique de crédit, ou encore création d’une banque centrale régionale. À ce jour, aucun des trois pays n’a présenté de projet détaillé pour endosser ces responsabilités, et encore moins pour rassurer les marchés sur leur capacité à assurer la crédibilité d’une nouvelle devise.
Les risques sont multiples : dépréciation soudaine de la monnaie, inflation incontrôlée, ou fuite des capitaux vers des zones plus stables. Pour les citoyens, cela pourrait se traduire par une hausse du coût de la vie, une baisse du pouvoir d’achat, ou encore des difficultés à accéder au crédit. Les entreprises, quant à elles, pourraient voir leurs coûts de production exploser, notamment si les matières premières importées deviennent plus chères. Dans un contexte déjà marqué par des tensions sociales et une inflation galopante, ces incertitudes ajoutent une pression supplémentaire sur des économies déjà fragilisées.
Le statu quo actuel : une solution temporaire aux limites évidentes
Pour l’instant, les trois pays continuent d’utiliser le franc CFA, sans indication claire sur un éventuel retrait. Pourtant, utiliser cette monnaie étrangère prive l’AES de deux leviers essentiels pour une souveraineté économique : la maîtrise des taux d’intérêt et la possibilité de financer ses propres projets par la création monétaire. En maintenant le statu quo, les dirigeants de l’AES renoncent à un outil clé pour relancer leurs économies, tout en restant dépendants des orientations de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
Dans un contexte régional où la confiance dans les institutions traditionnelles s’effrite, cette situation ne peut durer indéfiniment. Les citoyens, lassés par des années de promesses non tenues, commencent à exiger des actes concrets. Quant aux partenaires internationaux, ils observent avec méfiance cette alliance inédite, inquiets des conséquences d’une transition mal préparée.
Que nous réserve l’avenir ? Les scénarios possibles pour la monnaie de l’AES
Plusieurs options s’offrent aux dirigeants de l’AES, mais chacune comporte des risques majeurs :
- Un report indéfini du projet : Dans ce cas, l’incertitude économique actuelle se prolongera, freinant les investissements et décourageant toute initiative d’intégration plus poussée.
- Une sortie progressive du franc CFA : Sans préparation minutieuse, cette option pourrait provoquer un choc économique, avec des conséquences sociales douloureuses (chômage, inflation, tensions politiques).
- Un saut vers une monnaie commune sans filet : Une décision hâtive, sans cadre institutionnel solide, risquerait de plonger la région dans le chaos monétaire.
Quelle que soit la voie choisie, une chose est sûre : le temps joue contre l’AES. Plus les dirigeants tergiversent, plus les défis économiques et sociaux s’accumulent, et plus la crédibilité de l’alliance sera difficile à restaurer. Pour éviter un désastre, une communication transparente et des actions rapides s’imposent.