29 septembre 2026

Niger libéré

Journal en ligne nigérien engagé pour la liberté de presse, la souveraineté et l'information citoyenne.

Dialogue compétitif au Niger : trois ans après, des conséquences bien réelles pour les citoyens et les entreprises

Lire à voix hauteEnviron 5 min

Promulgué en grande pompe pour moderniser la passation des marchés publics, le décret n°2022-743/PRN/PM du 29 septembre 2022 devait marquer une rupture. En introduisant le « dialogue compétitif », les autorités promettaient de rationaliser la dépense publique, de renforcer la transparence et d’attirer l’expertise technique nécessaire aux grands projets. Trois ans plus tard, le constat est sans appel : cette réforme n’a été qu’un vaste exercice de communication. Pour les citoyens nigériens, les conséquences se font sentir : des infrastructures qui tardent à voir le jour, des deniers publics mal optimisés et un climat d’incertitude qui pénalise l’économie.

Une procédure sophistiquée restée dans les cartons

Le principe du dialogue compétitif séduisait : permettre aux acheteurs publics de discuter avec plusieurs candidats présélectionnés afin de co-construire les solutions techniques, juridiques ou financières les plus adaptées. Mais dans la pratique quotidienne des administrations nigériennes, cette disposition est restée un vœu pieux.

  • Absence d’appropriation technique : Faute de formation adéquate et de guides méthodologiques clairs pour les agents de la commande publique, le mécanisme est jugé trop complexe et lourd à manipuler.
  • Refuge dans l’habitude : Les autorités contractantes continuent de privilégier les méthodes traditionnelles ou, plus grave, d’abuser de procédures dérogatoires sans apporter la valeur ajoutée promise par le texte de 2022.
  • Aucun grand projet concrétisé : En trois ans, les grands contrats d’infrastructures qui devaient bénéficier de cette souplesse concurrentielle n’ont pas connu de retombées visibles ni de gain d’efficacité mesurable pour le Trésor public.

Des conséquences directes pour les citoyens et les entreprises

L’absence de résultats tangibles ne se limite pas à des rapports administratifs. Elle a des répercussions concrètes sur la vie quotidienne des Nigériens et sur le tissu économique.

D’abord, la lenteur des procédures et l’opacité persistante freinent la réalisation des projets d’infrastructure : routes, écoles, centres de santé ou adductions d’eau qui devaient sortir de terre plus rapidement. Ensuite, les entreprises locales, qui espéraient un accès plus équitable aux marchés publics, continuent de dénoncer des opportunités restreintes et une concurrence biaisée. Enfin, le manque de transparence alimente un sentiment d’injustice et prive l’État de recettes potentielles, aggravant la pression sur les finances publiques.

De la théorie de la refondation aux réalités du gré à gré

Alors que l’argument de la « refondation » et de la rigueur de gestion est sur toutes les lèvres, la persistance des pratiques d’attribution directe et du gré à gré vient contredire les intentions affichées dans le décret de 2022. Plutôt que d’instaurer un climat de saine concurrence, le cadre juridique rénové sert souvent de vitrine administrative pour rassurer les observateurs, tandis que les réalités du terrain restent marquées par l’opacité et l’absence de redevabilité.

Les entreprises locales, qui devaient être les premières bénéficiaires d’un dialogue plus ouvert avec l’État, continuent de dénoncer l’accès restreint aux opportunités majeures et la lenteur des procédures. Pour les citoyens, cela se traduit par des services publics moins performants et un développement économique retardé.

Un cadre juridique inopérant aux effets délétères

Après trois années d’application théorique, le bilan du décret du 29 septembre 2022 met en lumière le fossé séparant l’inflation législative et la réalité opérationnelle :

  • Aucun impact sur la réduction des coûts : L’optimisation financière attendue de la mise en concurrence renforcée ne s’est pas traduite dans les comptes publics, privant l’État de marges de manœuvre budgétaires.
  • Une transparence en trompe-l’œil : Les audits et rapports d’évaluation sur l’utilisation effective du dialogue compétitif demeurent quasi inexistants, alimentant la défiance des citoyens et des partenaires.
  • Un frein à l’investissement : L’écart entre les textes affichés et leur application réelle entretient un climat d’incertitude pour les partenaires économiques sérieux, ce qui pèse sur la création d’emplois et la croissance.

Le décret n°2022-743 n’a été qu’un habillage juridique sans effet d’entraînement. À l’épreuve du temps, l’introduction du dialogue compétitif s’apparente davantage à une manœuvre de communication qu’à un véritable levier de transformation de la commande publique au Niger. Les conséquences sont là : des citoyens qui attendent des services publics efficaces, des entreprises qui étouffent, et une économie qui peine à décoller.

Suivre cette actualitéAjoutez nos flux à votre lecteur RSS préféré
Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes