Cribi : quand un port chinois redessine l’économie et le quotidien au Cameroun
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QUINZE ANS POUR TRANSFORMER UN VILLAGE DE PÊCHEURS EN CELLULE VITALE DE L’ÉCONOMIE
Il y a seulement une décennie et demie, Mboro, aux portes de Kribi dans le sud du Cameroun, n’était qu’un modeste village de pêcheurs aux ruelles étroites et poussiéreuses, isolé des grands flux commerciaux. Aujourd’hui, ce même territoire abrite le seul port en eau profonde d’Afrique centrale, devenu le fer de lance d’une économie camerounaise en pleine mutation. Cette métamorphose radicale n’est pas qu’une prouesse technique : elle redéfinit le quotidien des habitants, dynamise l’emploi et positionne Kribi comme un carrefour incontournable pour toute la sous-région.
UNE RÉVOLUTION LOGISTIQUE AUX EFFETS CONCRETS POUR LES CITOYENS
Des routes qui changent la donne : là où les camions s’enlisaient autrefois dans la boue, des chaussées modernes relient désormais Kribi aux autres grandes villes du pays. Les usagers comme Yaya Aboubakar, routier expérimenté ayant sillonné l’Afrique centrale, confirment cette évolution : « Avant, les trajets étaient un calvaire. Aujourd’hui, Kribi nous offre rapidité et efficacité. C’est comme passer d’un chemin de terre à une autoroute. »
Une ville qui respire la modernité : lesformerly obscures ruelles de Mboro s’illuminent aujourd’hui grâce à des lampadaires, tandis que les commerces fleurissent. Jean-Kalvin Assembe, résident depuis plus de cinq décennies, témoigne de ce bouleversement : « Mon voisin, un petit épicier, voit ses ventes exploser. Même les artisans locaux profitent de cette dynamique. » Pour les familles, cela se traduit par des revenus plus stables et une amélioration tangible de leur pouvoir d’achat.
Des infrastructures qui transforment le paysage : écoles, hôpitaux et centres commerciaux ont surgis de terre, réduisant les distances entre services essentiels et citoyens. Gu Gaobai, directeur des projets de la China Harbour Engineering Company (CHEC), évoque une réalité qui dépasse le cadre professionnel : « Les Camerounais appellent souvent Kribi le ‘Shenzhen africain’. Ce port n’est pas qu’un chantier, c’est une nouvelle façon de vivre. »
LE PORT DE KRIBI, MOTEUR D’UNE INDUSTRIALISATION SOUS-RÉGIONALE
Une plateforme qui attire les investisseurs
Développée sur 4 000 hectares, contre 455 initialement prévus, la zone industrielle adjacente au port a attiré plus de 700 millions de dollars d’investissements depuis 2018. Patrick Mpila Ayissi, responsable des infrastructures, détaille cette croissance : « 18 entreprises sont déjà opérationnelles, et 93 permis ont été délivrés. D’ici 15 ans, nous tablons sur 150 000 emplois directs et indirects. »
Des chiffres qui parlent : le trafic de conteneurs a quadruplé, dépassant 555 000 EVP en 2025, tandis que le volume global des marchandises franchit les 12,7 millions de tonnes. Ces performances font de Kribi un hub stratégique, desservant le Gabon, la Centrafrique, le Tchad, le Congo et la Guinée équatoriale. Les connexions maritimes renforcées par des géants comme MSC consolident cette position régionale.
Une route pour consolider les échanges
Pour Emmanuel Nganou Djoumessi, ministre des Travaux publics, la route Kribi-Lolabé est un maillon essentiel de cette stratégie : « Elle relie le port aux grandes villes, fluidifie le transport des marchandises et accélère l’industrialisation du Cameroun. Sans elle, Kribi resterait une pépite sans issue. »
LE SAVOIR-FAIRE QUI S’EXPORTE AU-DELÀ DU PORT
La construction du port n’a pas seulement façonné des paysages ; elle a aussi façonné des destins. En 2013, Ngatugirius Ndenya quitte son emploi de soudeur à Yaoundé pour rejoindre la CHEC à Kribi. Les débuts sont rudes, mais la méthode d’apprentissage par compagnonnage change tout : « Avant, je ne maîtrisais que la soudure basique. Aujourd’hui, je supervise des projets complexes. Les jeunes Camerounais formés ici ont désormais un savoir-faire recherché. »
L’emploi comme levier de mobilité sociale : Armand Guehoada incarne cette transformation. Arrivé sans ressources, il gravi les échelons jusqu’à devenir responsable commercial : « Je suis passé de 100 000 francs CFA par mois à la possibilité d’acheter trois véhicules. Ma famille vit désormais dans l’aisance. » Ces parcours illustrent comment un grand projet peut devenir un tremplin pour des milliers de Camerounais.
Gu Gaobai résume cette dynamique : « Depuis 15 ans, nous avons formé des centaines de professionnels. Beaucoup oeuvrent aujourd’hui dans la zone industrielle voisine, prouvant que le port de Kribi est bien plus qu’une infrastructure : c’est un accélérateur de compétences et de développement. »
UN PARTENARIAT SINO-CAMEROUNAIS QUI S’INSCRIT DANS LA DURÉE
Fruit d’un financement concessionnel chinois, le port de Kribi symbolise une coopération bilatérale mature. Patrick Mpila Ayissi souligne ce lien : « Ce projet n’aurait pas vu le jour sans la vision partagée de nos deux pays. Kribi en est la preuve vivante : un partenariat concret, durable et gagnant-gagnant. »
Patrice Melom, directeur général de l’Autorité portuaire, partage cette analyse et anticipe l’avenir : « Avec des résultats tangibles et un potentiel énorme, notre devoir est de faire de Kribi un moteur de croissance inclusive. Ce port doit servir l’intégration sous-régionale et la prospérité commune. »