29 septembre 2026

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Enlèvements massifs au Nigeria : 87 personnes disparues, des villages ruraux sous pression

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La vague d’enlèvements qui frappe le nord du Nigeria a franchi un nouveau seuil ce week-end. En moins de deux jours, au moins 87 personnes, majoritairement des femmes, ont été enlevées lors de deux attaques distinctes perpétrées par des hommes armés dans les États du Niger et de Zamfara. Un bilan provisoire qui pèse lourdement sur les communautés rurales, déjà éprouvées par des années d’insécurité et de violences.

Deux attaques coordonnées en moins de 48 heures

Le premier assaut a eu lieu samedi dans l’État du Niger, plus précisément dans la région de Mariga. Des individus lourdement armés ont surgi dans une zone agricole au moment où les habitants s’affairaient à la récolte des arachides. Pas moins de 47 agriculteurs, dont de nombreuses femmes, ont été capturés, d’après des informations locales et un rapport sécuritaire destiné aux organisations humanitaires.

Les assaillants, arrivés à bord d’une cinquantaine de motos, se seraient ensuite dispersés dans plusieurs directions. Les personnes enlevées seraient détenues dans la forêt de Ma’undu, selon des sources locales. À ce stade, aucune demande de rançon n’a été transmise aux familles.

Le lendemain, dimanche, une seconde attaque a visé l’État voisin de Zamfara. Quarante femmes auraient été enlevées à Yargada, dans la circonscription de Gusau, d’après un rapport sécuritaire préparé pour les Nations unies. Des villages voisins, notamment Yargada, Maikogo et Magama Mairake, auraient également été la cible d’attaques, avec des maisons et des véhicules incendiés.

Le bilan humain pourrait toutefois être plus lourd. Des habitants interrogés évoquent plus de 50 femmes et enfants enlevés dans plusieurs localités. Ces chiffres restent difficiles à corroborer en raison de l’isolement des zones concernées et de l’insécurité persistante.

Les bandits, une menace distincte des groupes jihadistes

Ces enlèvements sont attribués à des gangs armés communément appelés « bandits » au Nigeria. Ces groupes se distinguent à l’origine des organisations jihadistes telles que Boko Haram ou l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), bien que la frontière entre criminalité organisée, banditisme et insurrection jihadiste soit parfois ténue.

Dans le nord-ouest et le centre du pays, ces bandes se livrent depuis des années à des enlèvements contre rançon, au vol de bétail et à des attaques contre les villages. Elles utilisent les vastes zones forestières comme refuges et bases arrière. Les autorités peinent à contrôler ces territoires ruraux, souvent éloignés des grands centres urbains.

Dans l’État de Zamfara, des habitants affirment que les attaques de dimanche pourraient constituer des représailles après la mort de plusieurs membres de ces groupes, tués par des milices locales. Cette version, relayée par des témoignages locaux, n’a pas été confirmée de manière indépendante.

Une économie criminelle qui prospère sur les rançons

Au-delà de la violence, les enlèvements sont devenus une véritable source de revenus pour les groupes armés. Selon des données de SBM Intelligence, environ 7,78 milliards de nairas, soit près de 5,8 millions de dollars, auraient été versés en rançons entre juillet 2025 et juin 2026. Un montant plus de trois fois supérieur à celui de la période précédente.

Le même rapport estime à 7 825 le nombre de personnes enlevées durant cette période, en hausse de 66 % sur un an. Ces chiffres, bien qu’issus de sources multiples et non exhaustifs, donnent la mesure d’un phénomène qui ne cesse de s’amplifier.

La situation est d’autant plus préoccupante que les enlèvements ne visent pas uniquement les agriculteurs ou les voyageurs. Des écoliers, des familles entières et des villages sont régulièrement pris pour cible. En mai 2026, plus de 80 enfants avaient disparu après des attaques contre des établissements scolaires dans les États de Borno et d’Oyo.

L’armée nigériane intensifie ses opérations

Face à cette crise, le gouvernement du président Bola Tinubu affirme avoir renforcé la lutte contre les groupes terroristes, les bandits et les réseaux de kidnappeurs.

L’armée nigériane mène aujourd’hui plusieurs opérations simultanément. Dans le Nord-Est, Operation Hadin Kai cible principalement Boko Haram et l’ISWAP. Dans le Nord-Ouest, Operation FANSAN YAMMA vise les groupes armés responsables de nombreuses attaques et enlèvements dans des États comme Zamfara, Katsina, Kaduna et Sokoto. D’autres opérations sont conduites dans le centre du pays.

Les autorités mettent en avant une stratégie combinant opérations terrestres, frappes aériennes, renseignement, arrestations et missions de sauvetage. Selon le ministère fédéral de l’Information, les forces nigérianes ont intensifié leurs opérations contre les réseaux de bandits et de kidnappeurs dans les États de Zamfara, Sokoto, Katsina, Niger, Kaduna et plusieurs autres régions.

Les chiffres communiqués par l’armée témoignent de l’ampleur de cette offensive. Pour les mois de juillet et août 2026, le quartier général de la Défense affirme que 7 062 opérations ont été menées à l’échelle nationale. L’armée dit avoir neutralisé 1 487 terroristes et insurgés, arrêté 354 suspects et libéré 777 personnes enlevées. Elle affirme également avoir récupéré près d’un millier d’armes à feu. Ces données, fournies par les autorités militaires, ne sont pas toutes vérifiables de façon indépendante.

Dans le Nord-Ouest, l’armée a encore annoncé fin septembre le sauvetage de 14 personnes kidnappées lors d’une opération menée dans les États de Kaduna et de Katsina. Les autorités affirment également avoir récupéré des armes et intercepté des éléments soupçonnés d’appartenir aux réseaux terroristes.

Des résultats qui ne suffisent pas à enrayer les enlèvements

Malgré ces opérations, la multiplication des enlèvements montre que le problème demeure profondément enraciné. Quelques jours avant les dernières attaques, des habitants de l’État du Niger avaient manifesté pour réclamer la libération de centaines de personnes enlevées lors d’attaques coordonnées en août. Des estimations locales évoquaient près de 700 captifs, un chiffre que les autorités n’avaient pas confirmé.

Le défi du gouvernement est donc double : affaiblir les groupes armés tout en empêchant leur reconstitution dans les zones rurales difficiles d’accès. Les forces de sécurité doivent également s’attaquer aux réseaux logistiques, aux trafiquants d’armes et aux circuits financiers qui permettent aux groupes criminels de financer leurs opérations.

Les derniers enlèvements dans les États du Niger et de Zamfara rappellent ainsi une réalité persistante : la pression militaire produit des résultats ponctuels, notamment des arrestations et des libérations d’otages, mais elle n’a pas encore mis fin à l’économie des kidnappings.

Pour les populations rurales, la menace demeure quotidienne. Cultiver un champ, se rendre au marché ou traverser une zone forestière peut encore exposer les habitants à une prise d’otages. Et tant que les groupes armés conserveront la capacité de se déplacer, de se cacher et de réclamer des rançons, les opérations de sécurité devront être accompagnées d’un effort durable de renseignement, de protection des communautés et de contrôle des territoires.

Les 87 enlèvements rapportés ce week-end constituent, à ce titre, moins un épisode isolé qu’un nouveau signal de la difficulté du Nigeria à restaurer durablement la sécurité dans certaines régions du Nord.

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