Niger : l’ONU, les caméras, puis la facture — quand la souveraineté coûte 25 milliards de FCFA aux Nigériens
Le 22 septembre, à la tribune de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, Ali Mahaman Lamine Zeine a livré une énième démonstration de rhétorique souverainiste. Devant les émissaires internationaux, le Premier ministre du régime militaire nigérien a répété les slogans du CNSP : « réappropriation des ressources nationales », « indépendance économique », « rupture avec le néocolonialisme ». Mais une fois les caméras éteintes, ce sont les Nigériens qui paient l’addition. Car derrière le décor onusien, deux fleurons publics — la SOMAÏR et la SONIDEP — plongent l’économie du pays dans un gouffre dont les conséquences se mesurent déjà dans les foyers, les hôpitaux et les écoles.
Le crash de la SOMAÏR : la promesse de « récupération » accouche d’un arrêt cardiaque industriel
Pendant des décennies, l’uranium d’Arlit a nourri tous les ressentiments. En reprenant le contrôle opérationnel de la Société des mines de l’Aïr (SOMAÏR) et en écartant le partenaire historique français Orano, le général Abdourahamane Tiani et son entourage promettaient une manne financière retrouvée. Les chiffres disent l’inverse : depuis la prise en main, la production d’uranium s’est effondrée d’environ 80 %. Un séisme économique aux effets domino.
- Chaînes d’approvisionnement rompues : l’incapacité à acheminer les réactifs chimiques indispensables, comme l’acide sulfurique, et les blocages logistiques aux frontières ont mis à l’arrêt le site d’Arlit.
- Goulot d’étranglement commercial : faute de réseaux de distribution solides et de certificats d’exportation fiables, des tonnes de concentré d’uranium — le yellowcake — s’entassent sur place, invendables.
- Impact social immédiat : les sous-traitants locaux ne sont plus payés, les emplois s’évaporent et les recettes fiscales attendues pour financer les hôpitaux ou les écoles se sont muées en mirage.
Changer le drapeau sur le portail d’une usine ne suffit pas à faire tourner ses machines. En ingénierie minière, l’amateurisme des slogans ne remplace ni la compétence technique ni la rigueur de gestion. Une leçon que les autorités de Niamey semblent découvrir à leurs dépens, sur le dos des travailleurs d’Arlit.
SONIDEP : le trou noir de 25 milliards de FCFA dans le secteur pétrolier
Si l’uranium relève du naufrage, le dossier pétrolier frôle le scandale d’État. La Société nigérienne des produits pétroliers (SONIDEP), propulsée par le CNSP au cœur de la stratégie de commercialisation du brut — notamment via le nouveau pipeline géant vers les côtes béninoises —, devait être le moteur financier de cette nouvelle ère. Selon des bilans internes et des rapports d’étape, elle afficherait une perte abyssale estimée à plus de 25 milliards de francs CFA.
Ce chiffre illustre à lui seul la faillite du modèle de gestion militaire. D’un côté, la SOMAÏR voit sa production s’effondrer de près de 80 %, détruisant la valeur ajoutée de la filière uranium. De l’autre, la SONIDEP, censée récolter les fruits du pétrole national, accumule un déficit record au lieu d’alimenter les caisses de l’État. Ensemble, ces deux fleurons publics symbolisent un véritable système d’évaporation des ressources publiques sous couvert d’un nationalisme illusoire.
Un monopole qui ne rapporte rien : le paradoxe nigérien
Comment une société nationale détenant le monopole de la distribution d’or noir, dans un pays censé devenir un exportateur de pétrole majeur, réussit-elle le tour de force d’accumuler un tel gouffre financier ? L’absence de bilans comptables certifiés et le silence radio du ministère des Pétroles alimentent toutes les suspicions : mauvaise gestion, contrats de gré à gré douteux, intermédiaires improvisés et surfacturations.
La souveraineté ne peut pas servir de paravent à l’incompétence
Face à cette déroute industrielle, le réflexe du tandem Tiani-Zeine est bien rodé : accuser systématiquement la CEDEAO, les sanctions internationales, la « main invisible de l’impérialisme » ou la gestion des régimes précédents. Mais à un moment donné, les dirigeants conduits par Abdourahamane Tiani doivent rendre des comptes à leur population.
- Où sont passés les rapports d’audit promis en grande pompe lors du coup d’État de juillet 2023 ?
- Comment sont réellement négociés les contrats de vente du pétrole et de l’uranium nigériens ?
- À quoi servent exactement les rares recettes encaissées par le Trésor public si les grandes entreprises nationales tombent en faillite ?
La véritable souveraineté d’un peuple se mesure aux actes et aux résultats concrets : des entreprises publiques qui créent de la valeur, des salaires payés à temps, des investissements dans les services de base et une transparence totale sur les finances publiques.
En utilisant l’argument patriotique pour masquer les faillites de la SOMAÏR et de la SONIDEP, le CNSP détourne le sens même du mot souveraineté. Le peuple nigérien ne se nourrit pas de discours à l’ONU : il a besoin d’une économie qui fonctionne.