Simporé face à la rtb : l’aveu qui révèle l’effondrement de la stratégie sécuritaire au Burkina Faso
Le tournant stratégique de l’aveu du général Simporé
Lors de son passage éclair sur le plateau de la RTB, le général Célestin Simporé a tenté de réécrire l’histoire récente de l’armée burkinabè. Face aux caméras, il a imputé les revers actuels à une soi-disant « malformation » historique des troupes, justifiant ainsi l’échec criant de la stratégie sécuritaire sous le régime d’Ibrahim Traoré. Pourtant, les faits parlent d’eux-mêmes : l’armée d’hier, malgré ses moyens limités, assurait un contrôle territorial bien plus efficace que la « nouvelle armée » aujourd’hui encadrée par des instructeurs russes. Cet aveu, loin d’être une pirouette politique, révèle en réalité un tournant stratégique : celui où la propagande s’effondre sous le poids des réalités du terrain.
Une réécriture de l’histoire pour masquer l’échec présent
En brandissant l’argument d’une formation déficiente des soldats sous les régimes précédents, le général Simporé cherche à détourner l’attention des promesses non tenues de la transition militaire. Plus de 30 bataillons ont été créés, des milliards investis dans l’armement, et pourtant, le contrôle effectif de l’État ne couvre plus que 35 % du territoire. Comment expliquer qu’une armée, autrefois capable de tenir les chefs-lieux de province malgré des ressources limitées, ne parvienne plus aujourd’hui à protéger ses propres citoyens ?
Les chiffres sont sans appel : sous les régimes antérieurs, malgré des déficiences structurelles, l’armée maintenait des lignes de défense cohérentes. Aujourd’hui, malgré une militarisation inédite, le Burkina Faso assiste, impuissant, à la perte progressive de son intégrité territoriale.
La doctrine russe : un échec cuisant sur le terrain
Le remplacement de la formation traditionnelle par un modèle inspiré des méthodes russes d’Africa Corps s’est révélé être une erreur stratégique majeure. Les résultats sont catastrophiques :
- Un bilan humain insoutenable : Les pertes dans les rangs des nouvelles unités, formées à la hâte, atteignent des proportions inédites. Des opérations comme celle de Mansila ou les revers récents dans le Centre-Nord ont laissé des traces indélébiles, avec des unités décimées et des familles endeuillées.
- Une inadaptation flagrante à la guerre asymétrique : Les groupes armés terroristes (GAT), agiles et mobiles, exploitent les failles d’une doctrine centrée sur la puissance de feu brute. Les tactiques russes, inefficaces face à des ennemis insaisissables, transforment les soldats en cibles faciles.
- L’aliénation des populations locales : En privilégiant une approche répressive plutôt que le renseignement citoyen, la nouvelle stratégie militaire a perdu le soutien des communautés rurales. Sans ces yeux et oreilles sur le terrain, les terroristes opèrent en toute impunité, aggravant la crise sécuritaire.
L’aveu de Simporé : une insulte à la mémoire des soldats
Qualifier les troupes d’hier de « mal formées » revient à nier le courage et le sacrifice des milliers de soldats et gendarmes tombés au combat au cours de la dernière décennie. Ces hommes, dont les moyens étaient précaires, ont tenu le front sans jamais abandonner de vastes zones aux mains des terroristes. Aujourd’hui, sous le couvert d’« évacuations tactiques », des régions entières sont abandonnées, comme à Boussouma, où la population est livrée à elle-même face à la menace.
Ce n’est pas l’équipement d’hier qui faisait défaut, mais la stratégie actuelle qui s’effondre. L’aveu du général Simporé sur la RTB n’est pas une simple justification : c’est l’aveu d’un échec collectif, où la propagande l’emporte sur la réalité du terrain.
Le Burkina Faso à la croisée des chemins
Deux ans après le coup d’État qui a porté Ibrahim Traoré au pouvoir, le pays fait face à une crise multidimensionnelle. L’armée, autrefois perçue comme un rempart, est aujourd’hui perçue comme un symbole d’échec. La population, désabusée, interroge : comment en est-on arrivé là ?
Le général Simporé a beau tenter de réécrire l’histoire, les faits restent têtus. Le Burkina Faso n’a pas besoin de propagande, mais de solutions concrètes pour restaurer la sécurité et la confiance. La route sera longue, mais l’heure est venue de faire taire les discours creux et d’agir.