29 septembre 2026

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Crimes de guerre au Mali : l’onde de choc du rapport Amnesty sur les civils

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Au Mali, les révélations d’Amnesty International sur les crimes de guerre commis entre 2023 et 2025 ne sont pas qu’un document de plus. Elles ont des conséquences directes sur les populations civiles, qui continuent de payer le prix fort d’un conflit qui les dépasse. Alors que l’organisation a rendu public son rapport le 28 septembre 2026, les familles de Ségou, Mopti et Tombouctou vivent toujours dans l’angoisse d’opérations militaires qui ne distinguent pas toujours combattants et civils. Le rapport, intitulé « No one is spared » — « Personne n’est épargné » —, met en lumière l’ampleur des exactions et l’urgence d’une réponse judiciaire.

Des civils pris pour cible : l’impact humain d’une guerre sans fin

Les conséquences pour les habitants des régions centrales et septentrionales du Mali sont dramatiques. Selon Amnesty International, au moins 34 civils ont été tués dans sept localités entre juin 2023 et décembre 2025, lors d’opérations attribuées aux Forces armées maliennes (FAMa) et à leurs alliés du groupe Wagner. Mais derrière ces chiffres, ce sont des vies brisées : des personnes tuées alors qu’elles fuyaient, des arrestations suivies de tortures, des disparitions forcées, des pillages et des destructions de biens. À Tin Adanda, dans la région de Tombouctou, quatre civils ont été tués en février 2025 lors d’une patrouille conjointe.

Les communautés pastorales, notamment peules, arabes et touarègues, paient un lourd tribut. Elles sont souvent suspectées de proximité avec les groupes armés en raison de leur origine ou de leur présence dans des zones contrôlées par les insurgés. Amnesty met en garde contre ce risque de généralisation, qui expose des populations entières à des représailles collectives.

Frappes de drones : des marchés transformés en cibles

Les conséquences des frappes de drones menées en 2025 par les forces maliennes dans la région de Tombouctou sont tout aussi alarmantes. Amnesty affirme que ces deux attaques ont fait au moins 23 morts, dont cinq enfants. Le cas le plus documenté est celui du marché d’Ejdeir, frappé le 16 mars 2025 : 16 personnes auraient été tuées et sept autres blessées. L’organisation n’a trouvé aucun élément prouvant la présence de combattants ou d’objectifs militaires sur les lieux au moment de la frappe.

Les autorités maliennes avaient affirmé avoir visé des « réunions de terroristes », mais Amnesty estime que les informations géographiques fournies correspondent au lieu frappé. En l’absence de cible militaire avérée, une telle attaque pourrait constituer une attaque directe contre des civils et devrait faire l’objet d’une enquête pour crime de guerre. Ces frappes pèsent lourdement sur la crédibilité des institutions et sur la confiance des populations, déjà éprouvées par des années de violences.

Torture et détention : l’ombre de Wagner et d’Africa Corps

Le rapport documente également des actes de torture et de mauvais traitements dans des bases militaires, notamment à Léré et Nampala. Amnesty affirme avoir recueilli les témoignages de 15 hommes disant avoir subi des tortures lors de patrouilles conjointes ou en détention. Leurs récits ont été corroborés par des témoins ayant assisté à des sévices sur une trentaine de personnes. Les méthodes décrites sont d’une violence extrême : suspension par les bras, simulation de noyade, coups de barres métalliques, décharges électriques. Cinq personnes seraient mortes dans ces bases.

Ces actes auraient été principalement commis par des membres de Wagner, parfois en présence de militaires maliens. Certaines victimes auraient été détenues de quelques jours à plusieurs mois sans accès à un tribunal, à une assistance juridique ou à leurs proches. Alors que le groupe Wagner a été remplacé en juin 2025 par l’Africa Corps, structure sous contrôle du ministère russe de la Défense, Amnesty demande aux autorités maliennes de clarifier publiquement les relations avec cette nouvelle entité et les mécanismes de contrôle applicables. Pour l’organisation, le changement de structure ne doit pas effacer les responsabilités.

Un conflit complexe, des responsabilités multiples

Amnesty International souligne que les exactions documentées ne peuvent être attribuées à un seul camp. Les groupes armés actifs au Mali ont eux aussi été accusés de graves violations du droit international humanitaire, notamment des homicides illégaux, des enlèvements et d’autres abus contre les civils. Cette précision est essentielle dans un conflit où plusieurs acteurs armés s’affrontent et où les populations se retrouvent prises entre différentes forces.

La crise humanitaire continue de s’aggraver. Selon les données présentées par Amnesty, plus de 2 036 écoles étaient fermées en raison de l’insécurité, privant des centaines de milliers d’enfants d’accès à l’éducation. Cette situation hypothèque l’avenir de toute une génération et accentue la pression sur les communautés déjà fragilisées.

L’impunité en question : un défi pour la justice malienne

Au-delà des accusations, le rapport pose la question centrale de la justice. Amnesty affirme avoir transmis ses conclusions aux autorités maliennes le 3 août 2026, sans recevoir de réponse à ce jour. L’organisation appelle Bamako à ouvrir des enquêtes « effectives et impartiales » et à poursuivre les responsables devant des juridictions respectant les garanties d’un procès équitable.

La décision du Mali de se retirer du Statut de Rome, annoncée en juin 2026, ajoute une dimension supplémentaire. Selon Amnesty, ce retrait ne met pas fin aux procédures déjà couvertes par la compétence de la Cour pénale internationale, qui conserverait sa juridiction sur les crimes commis pendant la période applicable. Pour les populations civiles, l’enjeu est vital : sans justice, l’impunité risque de s’enraciner et de prolonger leurs souffrances.

Derrière les statistiques — 34 morts documentés, des dizaines de détenus torturés, des milliers d’écoles fermées — se cache une réalité plus difficile à mesurer : des familles déplacées, des villages vidés, une population qui vit entre la menace des groupes armés et les opérations des forces de sécurité. Le rapport d’Amnesty rappelle une exigence fondamentale : la lutte contre les groupes armés ne dispense aucune partie au conflit de protéger les civils. Au Mali, la bataille contre l’insécurité se joue aussi sur le terrain de la justice, de la responsabilité et de la protection des populations.

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