Transition politique au Cameroun : le tournant décisif qui redéfinit la note B de S&P
La décision de Standard & Poor’s (S&P) de confirmer la note souveraine du Cameroun à « B-/B » avec perspective stable marque un tournant décisif. Loin d’être une simple reconduction, ce verdict place la transition politique à Yaoundé au cœur des préoccupations des marchés, à un moment charnière où la succession présidentielle, longtemps taboue, devient la variable centrale de l’appréciation du risque pays. Pour les investisseurs comme pour les partenaires multilatéraux, le maintien de la notation vaut moins comme satisfecit que comme une mise en garde à peine voilée.
Une reconduction qui sonne comme un avertissement
En reconduisant le « B-/B », S&P entérine la trajectoire budgétaire suivie par Yaoundé dans le cadre du programme conclu avec le Fonds monétaire international (FMI), tout en soulignant la fragilité structurelle de l’économie camerounaise. La note demeure profondément ancrée dans la catégorie spéculative, à cinq crans sous le seuil « investment grade », ce qui traduit une capacité de remboursement jugée vulnérable aux chocs. Les analystes de l’agence pointent notamment un endettement public qui continue de peser sur les recettes, ainsi qu’une exécution budgétaire heurtée par la volatilité des cours des hydrocarbures.
Derrière la stabilité affichée, S&P insiste sur les incertitudes politiques susceptibles de dérailler la trajectoire. Le pays entre en effet dans une séquence électorale sensible, la présidentielle devant sceller ou non la longévité du régime en place depuis plus de quatre décennies. Ce contexte pèse sur la prime de risque exigée par les marchés, dans un environnement régional déjà marqué par les turbulences sahéliennes et par le resserrement des conditions de financement pour les émetteurs africains.
La succession présidentielle, nouvelle prime de risque
C’est bien la question de la transition au sommet de l’État qui cristallise l’attention. L’agence américaine considère que l’issue du scrutin et, plus largement, la gestion de l’après-Biya conditionneront la stabilité macroéconomique du pays sur les prochaines années. Un enchaînement institutionnel maîtrisé permettrait de préserver la relation avec les bailleurs, à commencer par le FMI, dont le programme sert d’ancrage aux réformes structurelles. À l’inverse, tout blocage politique, contestation post-électorale ou vacance mal préparée exposerait Yaoundé à un retrait brutal des capitaux et à une révision à la baisse de sa signature.
Le Cameroun, première économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), joue un rôle d’ancre régionale. Sa signature influence directement les conditions de financement des autres émetteurs de la zone franc, du Gabon à la République du Congo. Un décrochage souverain camerounais aurait donc des effets de contagion immédiats sur la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et sur les réserves de change communes, déjà mises sous tension par les besoins de refinancement extérieur des pays membres.
Réformes budgétaires et vulnérabilités persistantes
Sur le plan macroéconomique, S&P souligne les efforts consentis pour rationaliser les subventions aux carburants, élargir l’assiette fiscale et contenir la masse salariale. Ces mesures, imposées par la lettre d’intention signée avec le FMI, ont permis de stabiliser le déficit budgétaire autour de niveaux jugés soutenables. Reste que la mobilisation des recettes non pétrolières demeure faible, autour de 12 à 13 % du produit intérieur brut, un ratio nettement inférieur aux standards des économies comparables.
La dépendance aux hydrocarbures continue par ailleurs de fragiliser les équilibres extérieurs. La production pétrolière camerounaise décline structurellement, ce qui érode les recettes d’exportation au moment où les besoins d’importation, notamment alimentaires et énergétiques, restent élevés. Le service de la dette extérieure, estimé à plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an, absorbe une part croissante des ressources publiques, limitant la marge de manœuvre budgétaire pour les investissements de long terme.
Les partenaires techniques et financiers surveillent également la mise en œuvre effective des recommandations du FMI en matière de gouvernance des entreprises publiques, notamment dans les secteurs des hydrocarbures et de l’électricité. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) et Camair-Co figurent parmi les entités dont la restructuration conditionne la crédibilité de la trajectoire budgétaire annoncée à l’horizon 2027.
Un signal envoyé aux investisseurs et aux bailleurs
Pour les gestionnaires d’actifs exposés à la dette africaine, le message de S&P est double. La stabilité de la note ouvre la porte à de nouvelles émissions eurobonds ou à des placements privés, si les conditions de marché le permettent. Mais la mention explicite du risque politique invite à la prudence, à quelques semaines d’une échéance dont l’issue redessinera la géographie du pouvoir dans la sous-région. Les diplomates occidentaux et les capitales du Golfe, désormais très actives dans le financement des infrastructures africaines, observent avec la même attention.
L’agence a expressément lié la stabilité de sa perspective à la capacité des autorités à assurer une transition ordonnée, condition sine qua non du maintien de l’accès aux marchés internationaux de capitaux.
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