19 septembre 2026

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Au Burkina Faso, la militarisation à l’épreuve des villages vides : l’urgence d’une stratégie globale

Quand l’école des officiers s’ouvre… et que les campagnes se vident

Le Burkina Faso franchit une étape symbolique : former sa propre élite militaire. Avec l’Institut de l’Enseignement Militaire Supérieur Tiéfo-Amoro, Ouagadougou mise sur l’autonomie stratégique, affichant une volonté de rupture avec les dépendances passées. La première promotion, 28 officiers, incarne cette ambition. Mais alors que les salles de classe se remplissent, les campagnes, elles, se vident. En 2025, plus de 2,1 millions de Burkinabè ont été déplacés de force, et près de 222 000 ont franchi les frontières, principalement vers la Côte d’Ivoire. Une réalité qui interroge : jusqu’où la militarisation peut-elle pallier l’insécurité si les populations continuent de fuir ?

Une souveraineté militaire… mais une population en exil

Personne ne conteste le droit d’un État à se doter de moyens militaires pour assurer sa défense. Pourtant, le calendrier et l’ampleur de cette militarisation interrogent. Alors que le président Ibrahim Traoré insiste sur la souveraineté et la formation d’une nouvelle élite, une question persiste : pourquoi tant de Burkinabè préfèrent-ils l’exil à la sécurité promise par leur propre armée ? Les chiffres sont sans appel. Plus de 2 millions de déplacés internes et des milliers de réfugiés attestent d’un échec relatif de la stratégie sécuritaire actuelle. La souveraineté militaire, si elle est un outil indispensable, ne suffit pas à elle seule à garantir la sécurité des citoyens.

Un paradoxe qui sape la crédibilité de l’État

Le Burkina Faso mise sur des institutions militaires autonomes pour affirmer sa souveraineté. L’école Tiéfo-Amoro en est le symbole. Pourtant, dans le même temps, des familles entières quittent leurs terres, leurs villages, voire leur pays, faute de protection. Ce décalage entre le discours officiel et la réalité vécue par les populations révèle une faille structurelle. La souveraineté ne se mesure pas au nombre de généraux formés ou d’écoles ouvertes. Elle se juge à la capacité de l’État à protéger ses citoyens sur leur propre sol.

Quand l’armée devient le cœur de l’État : un risque pour la reconstruction

Le Burkina Faso est en guerre. Personne ne le nie. Mais une guerre ne doit pas devenir le seul prisme à travers lequel un pays organise sa société. Les interventions répétées du président Traoré auprès des forces de sécurité, la priorité accordée aux questions militaires dans la gouvernance, et la montée en puissance des institutions de défense dessinent une tendance inquiétante : celle d’un État qui se militarise de l’intérieur. Si cette approche peut répondre à une urgence sécuritaire, elle risque aussi de marginaliser d’autres leviers essentiels à la reconstruction : l’administration civile, l’économie locale, l’éducation, ou encore les services sociaux.

Le piège d’une société en état de guerre permanent

Former des officiers, renforcer les capacités militaires, adapter les doctrines de défense… Toutes ces mesures sont légitimes dans un contexte de menace terroriste. Mais lorsque ces choix deviennent la colonne vertébrale de l’État, la société civile se trouve progressivement reléguée au second plan. Or, un pays souverain est aussi un pays où un paysan peut retourner cultiver ses champs sans risque, où une école peut rouvrir sans que les élèves ne fuient par peur des attaques, et où une famille n’a pas à choisir entre sa sécurité et son foyer. La militarisation peut protéger, mais elle ne peut pas tout remplacer.

Souveraineté : un concept bien plus large que les uniformes

Le pouvoir burkinabè parle de souveraineté. C’est un droit et un devoir pour tout État. Mais cette souveraineté ne doit pas se limiter à la dimension militaire. Elle doit aussi être économique, alimentaire, institutionnelle et sociale. Un agriculteur ne peut pas être souverain si ses terres sont inaccessibles par crainte des groupes armés. Une famille ne peut pas se sentir en sécurité si elle doit fuir sa maison chaque nuit. Et un État ne peut pas être considéré comme souverain si ses citoyens préfèrent l’exil à la stabilité.

Les chiffres sont implacables : en 2025, plus de 221 000 Burkinabè ont quitté leur pays. Une hémorragie humaine qui questionne la pertinence d’une stratégie exclusivement militaire. La souveraineté ne se décrète pas. Elle se construit au quotidien, dans la capacité de l’État à protéger, rassurer et reconstruire.

L’école des officiers : symbole d’espoir ou miroir d’une illusion ?

L’Institut Tiéfo-Amoro représente une avancée majeure dans la formation des cadres militaires burkinabè. Il incarne une volonté de maîtrise stratégique et d’autonomie. Pourtant, son ouverture coïncide avec une crise humanitaire sans précédent. Les populations, elles, attendent autre chose que des galons et des discours de souveraineté. Elles veulent des champs cultivables, des écoles ouvertes, des routes sécurisées et des villages où il fait bon vivre. Former des officiers peut renforcer l’armée, mais cela ne suffit pas à répondre à l’urgence de la reconstruction.

Le véritable défi pour Ibrahim Traoré ne sera pas seulement de former des généraux compétents. Ce sera de prouver que cette élite militaire sert aussi à permettre aux Burkinabè de rentrer chez eux, de reprendre leur vie là où elle s’est arrêtée. Car une armée, aussi forte soit-elle, n’a de sens que si elle protège ceux pour qui elle existe : les populations.

Fuir ou rester : le dilemme des Burkinabè

Chaque jour, des familles burkinabè font un choix déchirant : partir pour survivre, ou rester et risquer de mourir. Ce n’est pas un échec de la militarisation en soi. C’est le signe qu’une partie de la stratégie actuelle a échoué. Les groupes armés ont gagné du terrain, et les populations en paient le prix. Mais le problème n’est pas seulement sécuritaire. Il est aussi politique, social et humain.

L’État burkinabè doit se demander jusqu’où il est prêt à pousser la militarisation avant que celle-ci ne devienne une fin en soi. Car à force de placer l’armée au centre de tout, le risque est grand de perdre de vue l’essentiel : la sécurité des citoyens. Et c’est précisément ce que les Burkinabè attendent : une protection qui leur permette de vivre, pas seulement de survivre.

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