21 juin 2026

Niger libéré

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Togo : l’impunité tenace autour des décès d’enfants sous la gouvernance de Faure Gnassingbé

La récente célébration de la Journée de l’enfant africain, traditionnellement dédiée à des réflexions profondes sur les droits de l’enfance et à l’énoncé d’engagements pour un avenir meilleur, notamment en matière d’accès universel à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène, révèle un contraste saisissant au Togo. Tandis que les discours officiels se multiplient à Lomé, la réalité sur le terrain est marquée par une série tragique d’événements où des enfants innocents ont été victimes de la violence étatique, dans un contexte de maintien au pouvoir. Cette situation met en lumière une succession de promesses non tenues et d’enquêtes restées sans aboutissement.

De Soweto à Lomé : la répression comme rempart politique

L’institution de la Journée de l’enfant africain commémore la bravoure des écoliers de Soweto qui, en 1976, manifestaient pour une éducation de qualité et contre l’imposition de l’afrikaans. Si de nombreux pays africains s’efforcent depuis de concrétiser ces droits fondamentaux, le système togolais semble, quant à lui, avoir érigé la répression des plus jeunes en une stratégie politique ultime.

La protection de l’enfance ne saurait se limiter à de simples déclarations d’intention. Elle exige la garantie d’une naissance et d’une croissance dans la dignité. Au Togo, l’état des infrastructures sanitaires est préoccupant : des mères sont contraintes d’accoucher à même le sol dans des hôpitaux débordés, transformant parfois les maternités en lieux où la survie des nouveau-nés est précaire. Malgré les engagements répétés des organisations sous-régionales et internationales en faveur des droits de l’enfant, la moindre expression de contestation de la part des jeunes face à ces violations systémiques est souvent réprimée par des tirs à balles réelles. Tragiquement, même ceux qui ne participent pas aux manifestations, cherchant simplement à subvenir à leurs besoins, se retrouvent parfois inscrits sur la liste des victimes.

Jacques Koutoglo : la vérité noyée dans le silence

Près d’un an s’est écoulé depuis que la famille de Jacques Koutoglo, un collégien de 15 ans, exige justice. Lors des premières manifestations de juin 2025 à Lomé, l’adolescent, qui ne participait pas à la marche mais cherchait de quoi se nourrir, a été mortellement battu avant que son corps ne soit jeté dans la lagune de Bè.

Face à ce drame, Pacôme Adjourouvi, alors ministre des Droits de l’homme, avait initialement avancé publiquement la thèse d’une « noyade naturelle » survenue en période de troubles. Il avait ensuite rectifié sa position en annonçant l’ouverture d’une enquête officielle pour déterminer les responsabilités. Depuis lors, aucune conclusion n’a été rendue publique. Le ministre a quitté ses fonctions sans jamais divulguer les résultats des investigations. Le refus des autorités d’autoriser une messe commémorative pour Jacques ne fait qu’approfondir le sentiment d’injustice de sa famille, qui demeure inconsolable.

Joseph Zoumekey et Rachad Maman : des interrogations sans réponses

En 2017, la disparition tragique de Joseph Zoumekey, âgé de 13 ans, avait déjà démontré que la répression n’épargnait aucune tranche d’âge. Alors qu’il se rendait au marché de Bè-Kpota pour sa mère, l’enfant a été mortellement touché par une balle réelle. Il a fallu attendre l’année suivante et les conclusions d’une autopsie indépendante, menée par des experts d’Amnesty International, pour confirmer que la cause du décès était bien une blessure par arme à feu, contredisant ainsi la version officielle. Malgré les appels répétés de l’organisation à traduire les responsables en justice, le régime de Faure Gnassingbé a maintenu un silence persistant.

La même année, à Bafilo, Rachad Maman, 14 ans, a connu un sort similaire. Il marchait aux côtés de son père pour réclamer des réformes démocratiques lorsqu’il a été atteint par des tirs dirigés vers le groupe de manifestants. Son cas avait provoqué une vague d’indignation internationale, concrétisée par une pétition d’Amnesty International signée par des milliers de personnes. La demande était claire : faire la lumière sur cette affaire et juger les auteurs. Cette requête est également restée sans suite.

Anselme Sinandaré et Douti Sinalengue : le pays uni dans le deuil

Plus au nord, dans la ville de Dapaong, le souvenir d’Anselme Sinandaré, 12 ans, et de Douti Sinalengue, 21 ans, demeure vivace. En 2012, lors d’une manifestation pacifique d’élèves réclamant la présence de leurs enseignants dans les salles de classe, tous deux ont été abattus. Plus d’une décennie après ces événements, aucune procédure officielle n’a permis d’identifier les tireurs au sein des forces de sécurité.

De l’extrême nord à la côte togolaise, une constante douloureuse émerge : la vie des enfants semble avoir un poids négligeable face aux impératifs de la conservation du pouvoir. Des dizaines de familles sont ainsi privées de leur avenir, voyant leur progéniture, la relève de demain, sacrifiée en toute impunité. Cette dynamique de répression perdure et traverse les générations depuis l’avènement de la gouvernance de la famille Gnassingbé.

Pourtant, le Togo est signataire de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfance, ratifiée le 5 mai 1998. En laissant ces crimes impunis et ces enquêtes sans suite, les autorités de Lomé adressent un message sans équivoque à la communauté internationale : le respect des traités semble s’interrompre là où les exigences de leur survie politique prennent le dessus.

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