15 août 2026

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Sénégal : les acteurs politiques et la société civile unissent leurs forces pour une réforme constitutionnelle

Au Sénégal, la refonte de la Constitution s’accélère et entre dans une phase cruciale de concertations. Une délégation de la Coalition de la société civile pour l’application des conclusions des Assises nationales a rencontré Takku Wallu, le principal groupe parlementaire d’opposition, pour échanger sur les contours de cette réforme. Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique plus large, alors que le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye fait de la refondation institutionnelle une priorité absolue.

Un échange transpartisan pour encadrer la révision constitutionnelle

L’objectif affiché par la société civile est clair : obtenir des engagements précis des forces politiques sur les modalités et le calendrier de la révision. Les Assises nationales, lancées en 2008 sous l’impulsion d’un large éventail politique et citoyen, avaient abouti à un ensemble de recommandations majeures, comme la limitation du nombre de mandats présidentiels, le renforcement de la séparation des pouvoirs et la modernisation des structures administratives. Ces propositions, approfondies en 2013 par la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI), dirigée par Amadou Mahtar Mbow, n’ont cependant jamais été pleinement appliquées.

En sollicitant l’appui de Takku Wallu, la coalition citoyenne envoie un message fort : la transformation institutionnelle ne peut être l’apanage d’une seule majorité, quelle que soit son ampleur. Ce groupe parlementaire, héritier des positions de l’ex-président Macky Sall et d’autres figures libérales, joue un rôle clé dans l’élaboration des lois organiques et représente un contre-pouvoir indispensable dans ce débat.

Takku Wallu, un acteur en quête d’influence dans le nouveau paysage politique

Pour cette formation, ces échanges représentent une opportunité stratégique. Après la victoire écrasante du parti Pastef aux législatives anticipées de novembre 2024, l’opposition cherche à s’appuyer sur des relais dans la société civile pour peser sur les futures décisions législatives. Le format choisi, basé sur des discussions préliminaires avant toute prise de position officielle, permet aux deux parties de négocier sans s’engager prématurément.

Les thèmes qui pourraient structurer les débats sont déjà identifiés. Parmi eux, la suppression ou la réforme du Conseil économique, social et environnemental, la refonte du Conseil constitutionnel, l’encadrement des prérogatives présidentielles, le rôle du Premier ministre et la reconnaissance du statut de l’opposition. À cela s’ajoute une question sensible : l’adoption éventuelle d’un scrutin proportionnel partiel pour mieux refléter la diversité politique du pays.

Un calendrier sous haute tension pour une réforme historique

Le gouvernement a laissé entendre qu’un projet de révision pourrait être soumis au Parlement dans les mois à venir. Cependant, la Constitution impose des contraintes strictes : toute modification majeure nécessite soit un vote à une majorité des trois cinquièmes des députés, soit un référendum. Malgré la large majorité détenue par le Pastef à l’Assemblée, l’exécutif n’exclut pas de recourir à une consultation populaire pour légitimer cette réforme.

Cette option référendaire renforce l’importance des consultations en cours. Une société civile active et une opposition intégrée en amont permettent d’éviter un débat clivant lors de la campagne. À l’inverse, un processus perçu comme imposé risquerait de raviver les tensions, comme ce fut le cas lors de la révision de 2016 sous Macky Sall, qui avait enregistré un taux d’abstention record.

Dans les semaines à venir, la coalition citoyenne prévoit d’étendre ses échanges à l’ensemble des groupes parlementaires, y compris le Pastef, ainsi qu’aux formations politiques non représentées à l’Assemblée. L’enjeu est de taille : bâtir un socle de consensus minimal avant l’ouverture officielle des travaux législatifs. À Dakar, la crédibilité de la promesse de rupture institutionnelle, portée depuis mars 2024, dépendra largement de la qualité de ce processus préparatoire.

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