21 juin 2026

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Mali : l’illusion de la souveraineté sécuritaire face au JNIM

Les événements du printemps 2026 au Mali ne se résument pas à un simple revers militaire, mais soulignent une profonde remise en question du projet politique défendu par la junte malienne depuis 2021. Malgré les déclarations officielles, l’absence du soutien des mercenaires russes d’Africa Corps aurait probablement entraîné la chute de Bamako depuis longtemps.

En érigeant la « souveraineté sécuritaire » comme pilier de sa légitimité, le régime militaire a forgé un discours promettant que, libéré des influences étrangères, l’État malien reprendrait enfin le contrôle de son territoire. Trois ans plus tard, cette promesse est largement contredite par les faits.

L’offensive coordonnée menée par le JNIM fin avril, en collaboration avec les indépendantistes touaregs du Front de libération de l’Azawad, a simultanément frappé des villes stratégiques telles que Kidal, Gao, Mopti et les environs de Bamako, constituant un échec stratégique majeur pour la junte.

Le décès du ministre de la Défense, Sadio Camara, figure centrale de l’appareil militaire, est plus qu’un symbole : il révèle la vulnérabilité d’un système sécuritaire que la junte présentait pourtant comme renforcé et modernisé. Loin de maîtriser la menace, le pouvoir militaire semble désormais dépassé par une organisation capable de frapper au cœur même des infrastructures étatiques. Au-delà de cette défaillance sécuritaire, la situation économique du Mali est encore plus préoccupante.

Plus alarmant encore, cette série d’attaques confirme une évolution structurelle du JNIM. L’organisation n’est plus une force marginale confinée aux zones rurales, mais un acteur capable de planifier des opérations complexes, coordonnées et politiquement ciblées. Cette montée en puissance s’est produite malgré, ou peut-être en partie à cause, des choix stratégiques de la junte, notamment la rupture avec les partenaires occidentaux et une dépendance croissante envers des acteurs sécuritaires russes dont l’efficacité réelle reste incertaine.

Le discours officiel, qui met en avant la résilience de l’État et la force de ses FAMAs, relève désormais davantage de la communication politique que d’une analyse lucide de la situation. Un écran de fumée auquel peu de Maliens adhèrent. Si les institutions tiennent encore, la question cruciale n’est plus leur survie immédiate, mais leur crédibilité. En échouant à sécuriser durablement le territoire et en laissant les attaques s’approcher des grands centres urbains, le régime militaire sape lui-même les fondements de sa légitimité.

La situation est d’autant plus critique que les dynamiques locales échappent de plus en plus au contrôle de Bamako. Les convergences tactiques observées entre le JNIM et certains groupes armés touaregs illustrent l’échec d’une approche purement militaire du conflit. En réduisant la crise malienne à une question de sécurité, la junte a négligé ses dimensions politiques, sociales et territoriales. Ce faisant, elle a contribué à renforcer un front hétérogène, mais uni par un rejet commun de l’État central.

Le pari sécuritaire de la junte apparaît non seulement fragilisé, mais fondamentalement erroné. L’augmentation des moyens militaires et le recours à des partenaires extérieurs n’ont pas permis d’inverser la dynamique du conflit. Au contraire, les groupes jihadistes ont démontré une capacité d’adaptation supérieure à celle des institutions étatiques, exploitant les failles de gouvernance, les tensions communautaires et l’absence persistante de services publics.

À l’échelle régionale, cette impasse au Mali met également en lumière les limites de l’Alliance des États du Sahel. Présentée comme une réponse souveraine à l’insécurité, elle peine à produire des résultats concrets face à des groupes armés transnationaux de plus en plus agiles. Loin de constituer une solution, elle risque de devenir un cadre supplémentaire d’impuissance collective.

En définitive, la crise actuelle révèle une contradiction fondamentale : la junte a fondé sa légitimité sur la restauration de la sécurité, mais c’est précisément sur ce terrain qu’elle échoue le plus visiblement. Le JNIM n’est plus seulement un symptôme de la fragilité de l’État malien ; il en est devenu le révélateur le plus brutal. En persistant dans une lecture exclusivement militaire du conflit, le pouvoir de Bamako semble incapable de répondre à la nature profondément politique de la crise qu’il prétend résoudre.

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