7 mai 2026

Mali : exactions de l’armée et du groupe Wagner contre les Peuls

Des dizaines d’exécutions sommaires et de disparitions forcées depuis janvier 2025

Les forces armées maliennes et leurs alliés du groupe Wagner, soutenus par la Russie, sont accusés d’avoir perpétré des dizaines d’exécutions sommaires et de disparitions forcées ciblant spécifiquement des civils de l’ethnie peule depuis le début de l’année 2025. Ces agissements, documentés par des enquêtes indépendantes, révèlent un pattern alarmant de violations graves des droits humains dans plusieurs régions du Mali.

Des accusations de collaboration avec des groupes islamistes

Les militaires maliens et les combattants du groupe Wagner justifient ces exactions en accusant la communauté peule de collaborer avec des groupes armés islamistes, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. Cette stigmatisation systématique expose les Peuls à des violences arbitraires, malgré l’absence de preuves tangibles dans de nombreux cas.

  • 12 exécutions sommaires et 81 disparitions forcées de civils peuls recensées depuis janvier 2025.
  • Des opérations conjointes menées contre le GSIM depuis plus de trois ans dans plusieurs régions du pays.
  • Une culpabilité collective attribuée aux Peuls, renforçant leur vulnérabilité face aux abus.

L’Union africaine appelée à agir pour protéger les civils

Face à l’aggravation de la crise humanitaire, l’Union africaine (UA) est invitée à intensifier ses efforts pour protéger les populations civiles au Mali. Cela inclut :

  • Le soutien aux enquêtes sur les abus commis par toutes les parties belligérantes.
  • La pression sur les autorités maliennes pour garantir des poursuites équitables contre les responsables.
  • L’octroi de réparations aux familles des victimes.

Cette urgence est d’autant plus marquée que le Mali s’est retiré de la CEDEAO en janvier 2025, privant les victimes d’un recours devant la cour régionale. Par ailleurs, le retrait de la mission de maintien de la paix de l’ONU en 2023 a encore fragilisé la protection des civils.

Des témoignages accablants sur les exactions

Des enquêtes menées entre février et mai 2025 ont recueilli les récits de 29 personnes ayant connaissance des incidents, dont des témoins, des chefs de communauté et des représentants d’organisations internationales. Les Nations Unies ont également corroboré certaines informations.

Exemple 1 : Le massacre de Sebabougou (région de Kayes)

Le 12 avril 2025, les forces maliennes et les combattants de Wagner ont arrêté plus de 100 hommes peuls à Sebabougou, les accusant de liens avec des groupes islamistes. Les détenus ont été emmenés au camp militaire de Kwala, où au moins 65 d’entre eux ont été exécutés sommairement. Leurs proches ont retrouvé 43 corps en périphérie du camp, tandis que les autres restent portés disparus.

Un témoin a décrit :

« Les soldats nous ont bandé les yeux avec nos foulards et nous ont liés les mains dans le dos. Ils nous ont embarqués de force dans des camions et sont partis en direction de Kayes. Depuis, nous n’avons plus aucune nouvelle de nos proches. »

Exemple 2 : L’attaque de Kobou (région de Tombouctou)

Le 23 janvier 2025, les militaires maliens ont tué trois civils peuls (âgés de 46, 65 et 75 ans) et incendié au moins 30 maisons lors d’une opération à Kobou, une zone contrôlée par le GSIM. Les victimes, dont un homme de 75 ans retrouvé avec les yeux bandés et les mains liées, ont été exécutées sommairement.

Un survivant a témoigné :

« Nous, les Peuls, savons que nous serons ciblés par les soldats, car ils nous considèrent tous comme des djihadistes. Si nous ne fuyons pas, ni les djihadistes ni les militaires ne nous épargneront. »

Des images satellite analysées par Human Rights Watch confirment les traces de destruction dans le village les 23 et 24 janvier.

Exemple 3 : La tuerie de Belidanédji (région de Ségou)

Le 30 mars 2025, des soldats maliens et des combattants de Wagner ont exécuté six civils peuls (âgés de 35 à 63 ans) lors d’une opération dans ce village. Les victimes ont été abattues à bout portant après avoir tenté de fuir ou de se cacher. Un homme de 47 ans a raconté avoir récupéré cinq corps et aidé un blessé, décédé plus tard à l’hôpital.

« Les militaires ont commencé à tuer des gens sans distinction. Ils nous considéraient tous comme des djihadistes. »

Un retrait de Wagner et une montée des violences

Le 6 juin 2025, le groupe Wagner a annoncé son retrait du Mali après avoir « accompli sa mission ». Cependant, des sources diplomatiques et sécuritaires ont indiqué que les combattants seraient remplacés par l’Africa Corps, un groupe paramilitaire russe sous contrôle direct du gouvernement de Moscou. Ce changement coïncide avec une flambée de violences perpétrées par des groupes armés islamistes et des séparatistes touaregs en juin 2025, entraînant la mort de dizaines de soldats maliens.

Cadre juridique et responsabilité internationale

Toutes les parties au conflit au Mali, y compris les forces maliennes et leurs alliés, sont soumises au droit international humanitaire, notamment à l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949. Cet article interdit explicitement les meurtres, traitements cruels et tortures envers toute personne détenue. Les individus responsables de violations graves peuvent être poursuivis pour crimes de guerre.

Les disparitions forcées, comme celles documentées à Sebabougou ou Farana, violent également la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, à laquelle le Mali est partie. De plus, le pays est signataire du Statut de Rome, permettant à la Cour pénale internationale (CPI) d’enquêter sur les crimes présumés commis depuis 2012.

Appel à la justice et à la fin des abus

Des voix s’élèvent pour demander des comptes aux responsables maliens et russes. Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch, a déclaré :

« La junte militaire malienne porte l’entière responsabilité des exactions commises par l’armée et les combattants de Wagner. Elle doit mettre fin à ces abus, révéler où se trouvent les détenus, mener des enquêtes transparentes et traduire les coupables en justice. Que l’Union africaine fasse pression ou que la CPI intervienne, ceux impliqués dans ces atrocités risquent des poursuites. »

Face à l’urgence de la situation, l’UA et la communauté internationale sont appelées à agir pour :

  • Faire cesser les violences contre les civils peuls.
  • Garantir des enquêtes indépendantes sur les exactions.
  • Assurer des réparations aux familles des victimes.
  • Exiger la fin de l’impunité pour les responsables.

Le Mali, plongé dans une crise humanitaire sans précédent, doit impérativement rétablir l’État de droit et protéger toutes ses populations, sans distinction d’ethnie ou de religion.

Contexte du conflit au Mali

Depuis 2012, le Mali est en proie à un conflit opposant les forces gouvernementales à des groupes armés islamistes, dont le GSIM et l’État islamique dans la province du Sahel. Ces violences ont causé la mort de milliers de civils et déplacé plus de 350 000 personnes.

La junte militaire, arrivée au pouvoir après un coup d’État en 2021, s’est tournée vers le groupe Wagner pour mener des opérations de contre-insurrection. Malgré les dénégations officielles, des rapports et des médias ont confirmé la présence de mercenaires russes au Mali, impliqués dans des exactions répétées.

En décembre 2021, les autorités maliennes ont affirmé que seuls des instructeurs militaires russes étaient présents, sans mentionner Wagner. Pourtant, des responsables russes ont reconnu que le groupe fournissait des services de sécurité au gouvernement malien.

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