12 mai 2026

L’essor et les dérives du panafricanisme contemporain

L’arrestation récente de Kémi Séba, figure médiatique africaine, en compagnie d’un militant sud-africain nostalgique de l’apartheid, soulève une question fondamentale : l’activiste bénino-nigérien incarne-t-il vraiment l’idéal panafricaniste moderne ? À l’heure où la justice sud-africaine s’apprête à trancher son sort, Venance Konan interroge la pertinence de ce mouvement politique et intellectuel qui a tant marqué l’histoire du continent.

Kemi Seba à l'audience à Pretoria

L’activiste, connu pour ses prises de position radicales contre la France et ses positions controversées, se trouve actuellement sous le feu des projecteurs. Chargé de « apologie de crimes contre la sûreté de l’État » au Bénin pour avoir soutenu des militaires impliqués dans une tentative de coup d’État, il est également recherché par un mandat d’arrêt international. Son parcours, marqué par des positions antisémites et anti-françaises, et son affiliation à l’ONG « Urgences panafricanistes », interrogent sur l’évolution actuelle du panafricanisme.

Des figures panafricanistes au service d’intérêts étrangers

Kémi Séba, aux côtés de personnalités comme Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb, représente selon l’auteur une version moderne du panafricanisme, mais aussi ses dérives. Ces militants, très actifs sur les réseaux sociaux, se distinguent par leur combat acharné contre la présence française en Afrique. Pourtant, leurs positions les rapprochent paradoxalement des intérêts russes et des régimes autoritaires du Sahel, notamment ceux des dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Cette alliance contre nature soulève un paradoxe : le panafricanisme, né comme un mouvement d’émancipation et de solidarité, se transformerait-il en un outil au service d’une nouvelle domination ? Les actions des groupes russes dans la région, souvent accompagnées de violations des droits humains, interrogent sur la légitimité de ces nouvelles alliances.

Retour sur l’histoire du panafricanisme : entre unité et fragmentation

Le panafricanisme trouve ses racines au début du XXe siècle, porté par des intellectuels noirs américains et caribéens. Des figures comme Kwame Nkrumah (Ghana), Sékou Touré (Guinée) ou Patrice Lumumba (Congo) en ont fait un pilier des luttes anticoloniales. Le mouvement a également inspiré des organisations comme la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF), qui a milité pour la décolonisation et l’unité africaine sous la menace des autorités françaises de l’époque.

Après les indépendances des années 1960, l’idée d’une Afrique unie a continué de progresser avec la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), remplacée en 2002 par l’Union africaine (UA). Cependant, malgré quelques tentatives d’intégration comme le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), le continent reste marqué par des conflits internes et des tensions entre États, comme en témoignent les sécessions en Érythrée ou au Soudan, ou encore les tensions entre le Sahel et la CEDEAO.

Le panafricanisme aujourd’hui : entre rhétorique et réalité

De nos jours, le panafricanisme est souvent invoqué comme une évidence par les leaders politiques africains, sans pour autant se traduire par des actions concrètes. Certains pays, comme la Côte d’Ivoire avec le PPA-CI de Laurent Gbagbo, ou le Sénégal avec le PASTEF, affichent une orientation panafricaniste sur le papier. Pourtant, dans les faits, les pays africains se livrent à des politiques contradictoires : répression des migrants africains (comme en Afrique du Sud) ou rivalités géopolitiques (entre le Sahel et la CEDEAO).

Un panafricanisme frelaté et opportuniste ?

Selon Venance Konan, le panafricanisme actuel, tel que représenté par Kémi Séba, Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb, serait une version « rance » et opportuniste de l’idéal originel. Ces figures, bien que dénonçant la domination occidentale, semblent se mettre au service d’autres puissances ou de régimes autoritaires, tout en se proclamant persécutées par l’Europe.

L’auteur souligne que le panafricanisme ne peut se réduire à une simple opposition à la France ou à l’Occident. Il doit incarner une véritable libération des peuples africains, sans pour autant tomber dans de nouvelles formes d’asservissement. Face aux défis géopolitiques actuels, l’Afrique a plus que jamais besoin d’un panafricanisme authentique, capable de fédérer et de porter une vision commune de développement et de paix.

En conclusion, l’arrestation de Kémi Séba offre une occasion de réfléchir à l’avenir du panafricanisme. Entre héritage historique et dérives contemporaines, le mouvement doit retrouver sa voie pour devenir un véritable levier d’émancipation et d’unité pour le continent.

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes