20 mai 2026

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Le Niger redéfinit son avenir minier avec TSUMCO et tourne la page Orano à Arlit

L’actualité Niger est marquée par une décision stratégique majeure : la naissance officielle de la Timersoï Uranium Mining Company (TSUMCO). Cette nouvelle structure nationale est désormais chargée de l’exploitation des gisements d’uranium situés à Arlit, dans le nord du pays. Par cette initiative, les autorités de transition à Niamey mettent un terme à la concession historique détenue par le groupe français Orano, anciennement Areva, sur l’un des bassins miniers les plus cruciaux du Sahel. Cette démarche s’inscrit pleinement dans une volonté affirmée de réappropriation des richesses naturelles.

Une société nationale pour l’uranium d’Arlit

La mise en place de TSUMCO reflète la détermination du pouvoir nigérien à internaliser la chaîne de valeur d’un minerai aussi stratégique que l’uranium. Le site d’Arlit, en activité depuis le début des années 1970, a longtemps été un fournisseur essentiel de combustible nucléaire civil pour la France. Sa gestion directe par une entreprise publique nigérienne modifie profondément la répartition du capital : l’État, autrefois simple actionnaire minoritaire ou partenaire technique, endosse désormais le rôle d’opérateur principal.

Ce changement de paradigme soulève de nombreuses questions d’ordre opérationnel. L’extraction d’uranium requiert une expertise technique pointue, l’application de protocoles de radioprotection stricts et l’assurance de débouchés commerciaux stables. TSUMCO devra rapidement définir ses orientations industrielles, qu’il s’agisse de la gestion des employés locaux, de l’entretien des infrastructures existantes ou du choix d’éventuels collaborateurs techniques pour les processus de conversion et d’exportation du minerai.

Orano : la fin d’une ère nigérienne

Pour Orano, la perte d’Arlit marque la clôture d’un chapitre qui a duré plus d’un demi-siècle. Le groupe, héritier de la Cogema puis d’Areva, opérait au Niger via deux filiales emblématiques : la Société des mines de l’Aïr (Somaïr) et la Compagnie minière d’Akouta (Cominak), cette dernière ayant déjà cessé ses activités en 2021. Depuis le coup d’État de juillet 2023 et la détérioration des relations entre Paris et Niamey, la situation des actifs français dans le pays n’a cessé de se compliquer.

Le retrait du permis d’exploitation du gisement d’Imouraren, annoncé plus tôt en 2024, avait déjà constitué un signal fort. La fin de la concession d’Arlit confirme désormais que le Niger est résolu à tourner définitivement la page de la coopération minière avec son partenaire historique. Des litiges pourraient encore émerger sur le plan juridique international, Orano ayant déjà initié des procédures d’arbitrage concernant d’autres dossiers nigériens.

Affirmation de la souveraineté minière et nouvelles perspectives

La création de TSUMCO s’inscrit dans une dynamique régionale plus vaste. Au Mali et au Burkina Faso, les régimes issus de transitions militaires multiplient les révisions de codes miniers, les renégociations de conventions et l’augmentation des participations publiques dans les projets extractifs. Le triptyque sahélien, désormais uni au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), revendique une lecture souverainiste de la rente issue de ses ressources minières.

Pour Niamey, l’objectif est également de diversifier ses partenaires commerciaux. La Russie, la Chine, la Turquie et certains États du Golfe sont régulièrement cités comme de potentiels interlocuteurs pour les minerais stratégiques du Sahel. L’uranium nigérien, qui représentait environ un cinquième des approvisionnements de l’Union européenne ces dernières années, pourrait ainsi voir ses circuits de distribution profondément remaniés. Les contrats à long terme conclus avec EDF et d’autres fournisseurs d’électricité européens devront être réévalués à l’aune de cette nouvelle architecture.

La question des retombées budgétaires demeure centrale. L’uranium, longtemps critiqué pour sa contribution jugée insuffisante aux finances publiques nigériennes, pourrait, sous une gestion nationale directe, générer des marges plus conséquentes. Cela dépendra de la capacité de TSUMCO à sécuriser des marchés solvables et à maîtriser ses coûts. À court terme, les défis prioritaires résident dans la continuité de l’exploitation, le maintien des emplois locaux et la sécurité radiologique du site. Cette initiative est une étape majeure pour la souveraineté Niger et son développement économique.

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