4 juin 2026

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Bénin : un putsch déjoué ébranle le pouvoir de Patrice Talon

Une tentative de putsch, bien que rapidement avortée, a profondément secoué l’autorité du président Patrice Talon au Bénin. Au lever du soleil, ce dimanche 7 décembre, un groupe de militaires insurgés a brièvement pris le contrôle de la télévision publique, la SRTB, à Cotonou, y annonçant la destitution du chef de l’État. Le président, âgé de 67 ans et dont le mandat doit s’achever en avril 2026 après dix ans à la tête du pays, a été mis en sécurité sans tarder. Pendant ce temps, les forces loyalistes ont progressivement repris le contrôle des sites stratégiques. Selon diverses sources sécuritaires, les mutins avaient initialement ciblé sa résidence privée dans le quartier de Guézo, avant d’être repoussés. En fin de matinée, la capitale économique était placée sous haute surveillance, avec des hélicoptères patrouillant le ciel et des unités sillonnant les rues, tandis que la situation se stabilisait au fil de la journée. Cet événement marque un coup d’État inattendu pour un pays qui n’avait pas connu de putsch depuis 1972, date de la prise de pouvoir de Mathieu Kérékou.

Dans une brève allocution diffusée dimanche soir au journal de 20h sur la chaîne nationale, Patrice Talon a déclaré : « Notre pays a traversé aujourd’hui des moments d’une gravité extrême. Cette trahison ne restera pas impunie. » Le président a également précisé que des « personnes » étaient toujours détenues par des mutins en fuite, insistant sur l’urgence de stabiliser entièrement la situation et de garantir la protection des citoyens.

Parmi les tragiques conséquences, l’épouse du général Bertin Bada, directeur du cabinet militaire présidentiel, a perdu la vie lors de l’assaut contre son domicile à Abomey-Calavi. La fille de ce proche collaborateur, promu général de corps aérien en juin dernier, a également été blessée par les tirs des assaillants.

Selon le ministre de l’Intérieur, tout a débuté : « Au petit matin de ce dimanche 7 décembre 2025, un groupuscule de soldats a initié une mutinerie dans l’intention de déstabiliser l’État et ses institutions. Face à cette menace, les Forces armées béninoises et leur commandement, fidèles à leurs engagements républicains, ont riposté, permettant de maîtriser la situation et de faire échouer cette manœuvre. Le Gouvernement invite donc la population à reprendre ses activités habituelles », a affirmé Alassane Seidou.

Le ministre des Affaires étrangères, Olushegun Adjadi Bakari, a confirmé que la majorité des militaires était restée fidèle au président, et qu’un « petit groupe » seulement avait tenté de s’emparer du pouvoir.

Depuis lors, plusieurs sources sécuritaires concordantes ont rapporté l’arrestation d’au moins une douzaine de militaires, incluant les principaux instigateurs présumés de cette tentative de putsch, ainsi qu’un ancien membre radié des effectifs de l’armée béninoise.

Les mutins visent la résidence présidentielle et le palais

Les premières détonations ont retenti à l’aube. Selon des informations sécuritaires, un groupe de soldats, soutenu par des « éléments extérieurs » décrits comme des mercenaires, a d’abord tenté de s’introduire dans les résidences de hauts gradés. Ils se sont ensuite dirigés vers la demeure du président et le palais présidentiel, avant de prendre le contrôle de la télévision publique. Sur le plateau, le personnel a été contraint d’assister à l’enregistrement d’un message des mutins. Dans cette déclaration, les insurgés affirmaient agir sous l’égide du lieutenant-colonel Pascal Tigri, annonçant la formation d’un « Comité militaire pour la refondation » sous sa direction, et proclamant la destitution de Patrice Talon, à quelques mois seulement de la fin officielle de son mandat.

Le lieutenant-colonel Tigri a ensuite annoncé la suspension de la Constitution et de toutes les institutions nationales, affirmant que « l’armée nationale exercer[ait] jusqu’à nouvel ordre la plénitude des pouvoirs dévolus à l’État du Bénin ». Il a justifié cette action par la volonté de mettre fin à ce qu’il a qualifié de « gouvernance de Patrice Talon » et à la « privation de certains citoyens de leurs droits de choisir leur candidat », dénonçant également « le vote de lois crisogènes », « le renvoi en exil de certains citoyens » et « les arrestations tous azimuts ».

Très tôt, les ambassades des États-Unis et de France ont réagi. L’ambassade américaine a émis une alerte à ses ressortissants, signalant des « échanges de coups de feu » dans le quartier de Guézo, où se trouve la résidence privée du président. L’ambassade de France a également recommandé à ses citoyens la plus grande vigilance.

Cependant, le coup de force a été rapidement contrecarré sur le terrain. Peu après la déclaration des mutins, d’intenses échanges de tirs ont éclaté autour du port et du palais présidentiel. Les éléments de la garde républicaine, restés fidèles au chef de l’État, ont lancé une contre-offensive pour reprendre les positions stratégiques. L’accès à la marina, abritant le palais présidentiel, a été immédiatement bouclé, tandis que des hélicoptères survolaient la zone et que plusieurs axes majeurs de Cotonou étaient bloqués. Le gouvernement béninois a sollicité l’aide de l’armée nigériane, qui a dépêché des avions de chasse et des troupes terrestres pour sécuriser la télévision publique et un camp militaire occupés par les mutins.

Confusion et tension dans la capitale

Pendant plusieurs heures, une grande incertitude a régné. Les rumeurs se sont propagées plus vite que les informations officielles, relayées via TikTok, Facebook et les groupes WhatsApp, qui étaient les seuls canaux d’information actifs en l’absence de communication rapide des autorités. Dans ce brouillard informatif, chacun tentait de comprendre la réalité des événements qui se déroulaient dans la capitale.

En début d’après-midi, les tirs avaient cessé et des unités de police occupaient les principaux carrefours du centre-ville. Contactés par Le Point Afrique, plusieurs témoins ont décrit une ambiance mêlant inquiétude et prudence. « On ne sait toujours pas précisément ce qu’il s’est passé », a confié une résidente du quartier Cimetière PK-14. D’autres citoyens béninois s’interrogeaient sur l’avenir et redoutaient d’éventuelles récidives.

Pour un pays longtemps considéré comme un havre de stabilité en Afrique de l’Ouest, cette tentative de putsch a provoqué un choc. Dix jours après le coup d’État en Guinée-Bissau et moins de deux mois après celui de Madagascar, le Bénin rejoint la liste des régimes démocratiques de la région menacés par les militaires : Niger, Burkina Faso, Mali, Guinée et, le mois dernier, pour la neuvième fois depuis 2020, la Guinée-Bissau.

Condamnations régionales et déploiement de troupes

La tentative de putsch a immédiatement été condamnée par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine. L’UA a dénoncé un acte « fermement et sans équivoque » contre l’ordre constitutionnel, appelant les militaires impliqués à regagner leurs casernes. Dans un communiqué publié sur X, le président de la Commission panafricaine, Mahamoud Ali Youssouf, a exhorté « tous les acteurs engagés dans cette tentative » à cesser « immédiatement » toute action illégale et à « retourner sans délai à leurs obligations professionnelles ».

De son côté, la CEDEAO a annoncé dimanche soir le déploiement de troupes au Bénin, suite à l’échec rapide de la tentative de putsch. L’organisation régionale a précisé avoir « ordonné le déploiement immédiat d’éléments de la Force en attente », avec des contingents provenant du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana, afin de soutenir « le gouvernement et l’armée républicaine du Bénin » et de « préserver l’ordre constitutionnel ».

Présidentielle et sécurité : le Bénin sur le fil

À quelques mois de l’élection présidentielle d’avril, qui marquera la fin de son mandat, Patrice Talon évolue dans un climat tendu. Le nord du pays demeure affecté par des attaques djihadistes liées à Al-Qaïda ; en avril dernier, 54 soldats y ont perdu la vie.

Sur le plan politique, l’actuel président, ancien homme d’affaires et magnat du coton, au pouvoir depuis 2016, quittera la scène à l’issue de son second et dernier mandat, conformément à la Constitution. Cependant, il n’a rien laissé au hasard : la coalition au pouvoir (le Bloc républicain (BR) et l’UP-R), renforcée au fil des ans, a déjà désigné son successeur : le ministre des Finances Romuald Wadagni, figure clé des politiques économiques menées durant la dernière décennie.

La révision constitutionnelle adoptée le mois précédent, instaurant un Sénat et prolongeant les mandats présidentiel et législatif de cinq à sept ans, suscite de vifs débats et critiques. L’exclusion du candidat du principal parti d’opposition, Les Démocrates, conforte davantage l’avantage du camp sortant, bien que la limitation à deux mandats reste en vigueur. À l’approche de la présidentielle, cette réforme exacerbe les tensions.

Selon des sources proches du dossier, les mutins nourrissaient des ressentiments politiques envers le pouvoir en place, dénonçant une gouvernance qu’ils jugeaient exclusive. La question des éventuels commanditaires de cette tentative de coup d’État demeure également en suspens, et sa résolution pourrait révéler des tensions plus profondes au sein de l’armée et du paysage politique béninois.

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