Séparatisme au Cameroun : dix ans après, qui manipule vraiment la cause anglophone ?
Le conflit anglophone à l’épreuve des dix années écoulées : une lutte dévoyée par ses propres acteurs
Que reste-t-il des revendications initiales des populations anglophones du Cameroun, dix ans après les premières manifestations d’octobre 2016 ? Dans un plaidoyer percutant, le Capitaine Cyrille Atonfack Guemo, responsable de la communication au ministère de la Défense, démontre comment la crise a progressivement glissé vers une entreprise de prédation masquée sous couvert de lutte pour la liberté.
Son analyse, publiée à l’occasion d’un anniversaire symbolique, révèle une réalité glaçante : loin d’avoir émergé spontanément, l’insurrection aurait été planifiée pendant des années, bénéficiant de réseaux logistiques et financiers bien huilés. Mais au-delà des accusations classiques, c’est une remise en question radicale des méthodes des séparatistes qui est proposée. Comment justifier des revendications d’émancipation lorsque l’on sème chaque jour la destruction, le pillage et la misère parmi les populations mêmes que l’on prétend libérer ?
Une insurrection loin d’être spontanée : l’hypothèse d’une préparation minutieuse
Les premiers mouvements de protestation d’octobre 2016, portés par des revendications corporatistes d’avocats et d’enseignants, ont rapidement cédé la place à une violence armée structurée. Cyrille Atonfack Guemo soulève une question cruciale : comment expliquer l’émergence presque simultanée de groupes armés coordonnés, répartis sur plusieurs zones géographiques, sans une préparation préalable approfondie ?
Pour le haut responsable, cette organisation ne relève pas du hasard. Elle impliquerait une longue phase de préméditation, incluant la construction de réseaux de soutien, la formation militaire des combattants, et l’infiltration d’institutions locales. Des mois, voire des années, auraient été nécessaires pour aboutir à une structuration hiérarchique crédible et à l’acquisition d’un arsenal conséquent. Une telle logistique ne peut naître dans l’urgence d’une révolte populaire.
L’auteur va plus loin en pointant du doigt l’endettement idéologique des adeptes, conditionnés par un endoctrinement poussé avant de recevoir le baptême du feu. Cette analyse contredit radicalement la thèse d’un soulèvement spontané, transformant la crise en un processus méthodiquement orchestré.
L’émancipation détournée : quand la libération se mue en prédation organisée
Au cœur du discours séparatiste réside l’idée d’une libération des populations anglophones, privées de droits fondamentaux. Pourtant, les faits présentés par Cyrille Atonfack Guemo dressent un tout autre tableau. Comment libérer des communautés en leur interdisant toute activité économique ? Comment revendiquer la prospérité lorsque l’on s’adonne systématiquement au pillage des ressources, à l’incendie des infrastructures et au rançonnement des civils ?
Les conséquences humaines de cette « libération » sont abyssales. Les populations, jadis autonomes, se retrouvent aujourd’hui dans des camps de fortune, dépendantes de l’aide extérieure pour survivre. Les écoles incendiées, les centres de santé détruits, et l’assassinat des praticiens ont plongé la jeunesse dans une ignorance profonde. Les femmes, autrefois actives et respectées, subissent désormais des violences sexuelles et un asservissement moral et physique.
Le droit à l’expression, pierre angulaire de toute démocratie, est également bafoué : toute dissidence est punie de mort. Les représentants régionaux qui appellent au cessez-le-feu et au retour à la légalité paient le prix fort pour leur courage. Face à l’horreur quotidienne, la question se pose : ces « libérateurs » ne seraient-ils pas plutôt des prédateurs déguisés en sauveurs ?
Les diasporas accusées : entre solidarité affichée et enrichissement personnel
Un autre aspect souvent occulté mérite examen : le rôle des Camerounais de la diaspora dans l’alimentation de ce conflit. Ces expatriés, souvent fortunés, affichent publiquement leur attachement à la cause anglophone. Pourtant, plutôt que de contribuer au développement économique des régions concernées, leurs ressources colossales seraient orientées vers le financement d’actions violentes et de structures parallèles.
Le train de vie luxueux de certains leaders séparatistes à l’étranger contraste cruellement avec la misère imposée à leurs « protégés » locaux. Leurs enfants scolarisés dans des établissements prestigieux, tandis que les enfants camerounais voient leurs écoles brûlées. Une contradiction flagrante qui trahit l’égoïsme fondamental de cette « lutte ». Après tout, comment croire en une solidarité sincère lorsque l’on prospère sur le dos de ceux que l’on prétend défendre ?
Au final, Cyrille Atonfack Guemo ne mâche pas ses mots : ces apprentis potentats ne rêvent que d’un seul pouvoir – celui de régner sur des territoires livrés à l’anarchie, où leurs appétits inassouvis dictent les règles. Une imposture qui, selon lui, touche à sa fin.
Et demain ? Des populations camerounaises plus lucides que jamais
Si l’éditorial pointe des responsabilités précises, il s’adresse avant tout aux populations camerounaises, invitées à rester vigilantes et patriotiques. Face à une propagande mensongère diffusée depuis des années, les citoyens doivent désormais discerner la vérité derrière les discours enflammés.
Le Cameroun, malgré les épreuves, conserve ses repères. Les valeurs de résistance, de dignité et d’unité nationale restent intactes. L’appel final est clair : ne pas tomber dans le piège d’une pseudo-libération qui n’a, en définitive, servi qu’à enrichir une poignée d’individus au détriment de milliers d’innocents.