Sénégal : le bras de fer politique entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye s’intensifie
Le Sénégal est le théâtre d’une accélération notable des événements politiques, marquée par la révocation du Premier ministre, Ousmane Sonko, par le président, Bassirou Diomaye Faye. Cette décision, qui était devenue quasiment inévitable, résulte de tensions croissantes et de désaccords de plus en plus manifestes entre les deux figures clés de l’exécutif au sein de la nation de la Teranga.
Dans la foulée de ce remaniement, le président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye, a annoncé sa démission de son poste parlementaire. Ce scénario, qui semble avoir été soigneusement orchestré, vise à permettre à l’ancien Premier ministre de réintégrer l’hémicycle et de reprendre son mandat de député.
La rupture politique est consommée
Le Parlement sénégalais doit se réunir en session extraordinaire pour élire son nouveau président. Sauf imprévu majeur, l’ancien maire de Ziguinchor, Ousmane Sonko, écarté de la Primature, est pressenti pour prendre la tête de l’institution législative. Ce poste stratégique lui permettrait de poursuivre son face-à-face avec le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye.
Une question cruciale se pose : jusqu’où ira cette confrontation entre les deux anciens alliés politiques ? Cette interrogation est d’autant plus pertinente que, au-delà de la démission de l’ancien président de l’Assemblée nationale, perçue comme un acte de loyauté envers Sonko, ce dernier ne devrait avoir aucune difficulté à être élu au perchoir. L’Assemblée nationale est en effet largement dominée par le Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), le parti au pouvoir dont Sonko demeure la figure emblématique, avec une majorité écrasante de 130 députés sur 165.
Cette session parlementaire revêt une importance capitale, offrant à l’ex-Premier ministre une voie pour maintenir son influence dans le jeu politique et au sein des hautes sphères décisionnelles de l’État. Ce poste clé intervient dans un contexte où la rupture semble consommée entre le natif de Thiès et le président Bassirou Diomaye Faye, dont la volonté d’affirmer sa propre autorité et de s’émanciper de l’ombre de son ancien mentor est manifeste.
Le potentiel d’obstruction d’Ousmane Sonko
Dans ce choc d’ambitions entre anciens compagnons de lutte parvenus au sommet de l’État sénégalais, le pays n’est pas à l’abri d’une crise institutionnelle. Ce risque est d’autant plus grand si Ousmane Sonko est effectivement élu président de l’Assemblée nationale, ce qui ferait de lui la deuxième personnalité de l’État et le dauphin constitutionnel du président.
Une telle position lui conférerait le pouvoir de potentiellement bloquer l’action gouvernementale à travers le contrôle du pouvoir législatif. Il est difficile de prévoir l’ampleur de cette rivalité entre les deux leaders du parti au pouvoir. Si aucune précaution n’est prise, cette situation pourrait gravement affecter la cohésion interne du Pastef. Un conflit ouvert entre ces deux dirigeants pourrait affaiblir prématurément le parti.
Il est clair que depuis leur accession au pouvoir, Ousmane Sonko nourrit l’ambition de prendre la place de Bassirou Diomaye Faye, qu’il a lui-même propulsé au pouvoir après son inéligibilité à la présidentielle de 2024. En entrant aujourd’hui en conflit ouvert avec le chef de l’État, Sonko ne semble pas vouloir rester dans l’ombre et estime avoir les atouts nécessaires pour poursuivre ses propres ambitions présidentielles, malgré les obstacles judiciaires passés.
Un jeu de pouvoir à haut risque
Cette dynamique est d’autant plus pertinente avec l’adoption récente du nouveau Code électoral. Cette révision, qui vise à clarifier les critères d’inéligibilité, a été perçue par certains comme une opportunité d’ouvrir la voie à de futures candidatures pour Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye.
Cependant, malgré sa grande notoriété au sein du Pastef, dont il est le fondateur, la question de l’éligibilité d’Ousmane Sonko pour la prochaine élection présidentielle restera incertaine tant que le Conseil constitutionnel ne se sera pas prononcé définitivement. Si cette rivalité entre les deux personnalités devait s’intensifier au sommet de l’État, elle pourrait créer une situation de blocage mutuel, néfaste pour le Sénégal et pour le Pastef. Le parti pourrait même être supplanté par un candidat extérieur lors des prochaines élections, ou faire l’objet d’un vote sanction, dont les Sénégalais ont déjà montré qu’ils étaient capables.
En attendant, l’espoir est que la raison l’emporte, dans l’intérêt supérieur de la nation, afin que le Sénégal ne devienne pas l’otage des rivalités entre ces deux leaders politiques qui avaient pourtant promis une rupture dans la gouvernance.