Niger et Bénin : une nouvelle dynamique après l’investiture à Cotonou
Les relations entre le Bénin et le Niger connaissent un tournant significatif. La venue d’une délégation officielle nigérienne, dirigée par le Premier ministre, lors de l’investiture du nouveau président béninois à Cotonou, marque une volonté claire de tourner définitivement la page d’une crise diplomatique persistante. Ce déplacement survient après des mois de tensions frontalières, d’échanges hostiles et d’un conflit autour du pétrole qui a paralysé une partie de l’économie sahélienne.
Un rapprochement diplomatique à fort enjeu
Le geste du gouvernement nigérien n’est pas anodin. Depuis le coup d’État ayant porté le général Abdourahamane Tiani au pouvoir, Niamey accusait régulièrement Cotonou d’accueillir des bases militaires françaises jugées hostiles à sa junte. Malgré les efforts de médiation de Patrice Talon, aucun dialogue constructif n’avait jusqu’ici permis de rétablir une confiance mutuelle. L’arrivée d’une nouvelle équipe à la tête du Bénin offre ainsi une opportunité que le Niger semble décidé à exploiter rapidement.
L’envoi du chef du gouvernement nigérien, et non d’un simple représentant diplomatique, illustre l’importance accordée à cette transition politique à Cotonou. Dans les cercles diplomatiques ouest-africains, cette démarche est interprétée comme une volonté de repositionnement stratégique. Après la sortie du Niger, du Mali et du Burkina Faso de la CEDEAO et la création de l’Alliance des États du Sahel, Niamey cherche désormais à renforcer ses alliances sur la façade atlantique.
Le pétrole, catalyseur d’un réchauffement
Au-delà des symboles, c’est un enjeu économique majeur qui motive ce dégel. L’oléoduc reliant les gisements pétroliers d’Agadem, exploités par la China National Petroleum Corporation (CNPC), au port de Sèmè-Kpodji au Bénin, représente la première infrastructure d’exportation des hydrocarbures nigériens. Avec une capacité de transport de près de 90 000 barils par jour, cet oléoduc devait booster les recettes budgétaires du pays.
Cependant, la fermeture de la frontière décidée par Cotonou en réponse aux sanctions de la CEDEAO, couplée aux tensions autour des autorisations d’exportation, a gravement perturbé les échanges. Plusieurs incidents, dont l’arrestation de ressortissants nigériens accusés d’intrusion sur le terminal pétrolier au printemps 2024, ont exacerbé les frictions. Pour le Niger, dont les finances publiques dépendent désormais largement de cette ressource, la normalisation des relations avec son voisin du sud est devenue une priorité absolue.
Une dynamique régionale en mouvement
Ce réchauffement s’inscrit dans un contexte plus large de recomposition des alliances en Afrique de l’Ouest. Les pays côtiers doivent désormais concilier leur allégeance à la CEDEAO avec la nécessité économique de maintenir des liens pragmatiques avec les régimes sahéliens. Le Togo a déjà adopté cette approche équilibrée. Le Bénin, avec une nouvelle direction politique, pourrait suivre une voie similaire en séparant les différends politiques de la coopération opérationnelle.
La dimension sécuritaire restera un pilier des futures discussions. La zone frontalière commune, sous la pression de groupes jihadistes affiliés à l’État islamique au Grand Sahara et au Jama’at Nasr al-Islam wal-Muslimin, exige une collaboration minimale entre les deux armées. Sans partage d’informations, les parcs nationaux du W et de la Pendjari continuent de servir de refuges aux groupes armés. L’enjeu sera de savoir si le nouvel exécutif béninois acceptera de rétablir un dialogue militaire interrompu depuis plus de deux ans.
Les prochains mois seront décisifs pour évaluer si cette ouverture diplomatique se concrétise par des actes : levée totale des restrictions frontalières, reprise des exportations pétrolières, rétablissement d’une présence diplomatique complète. Les acteurs économiques des deux pays attendent des signes tangibles après deux années d’incertitude coûteuse. La délégation nigérienne, présente à Cotonou, a clairement affiché son intention d’engager ce dialogue sans délai.