15 mai 2026

Sénégal : l’affaiblissement du mfdc face au trafic de cannabis en casamance

Une opération militaire ciblée contre les réseaux de cannabis

En début du mois de mai, les forces de sécurité sénégalaises, soutenues par des unités cynotechniques, ont mené une vaste opération de destruction des cultures illicites dans la région de Casamance. Cette intervention, qui s’est concentrée près de la frontière gambienne, visait les plantations de cannabis contrôlées par les derniers éléments actifs du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). Selon le colonel Cheikh Guèye, responsable des troupes stationed à Ziguinchor, l’opération s’est déroulée « sans difficulté majeure », avec 14 interpellations, la saisie de plusieurs armes de guerre et plus de six tonnes de résine de cannabis.

Un conflit indépendantiste en perte de vitesse

Depuis décembre 1982, le MFDC mène une lutte armée pour l’indépendance de la Casamance, région séparée du reste du Sénégal par la Gambie. Pourtant, après 43 années de conflit, la rébellion est aujourd’hui en situation de faiblesse structurelle. Affaiblie par des années de combats, elle ne compte plus que des effectifs résiduels, incapable de recruter de nouveaux combattants ou de se ravitailler en armes. « Le vieillissement de ses membres et les divisions internes ont réduit sa capacité opérationnelle », confie un analyste familier du dossier.

La situation s’est encore détériorée avec la coopération accrue entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau, qui ont renforcé leur lutte contre les trafics transfrontaliers alimentant les groupes armés. « L’approvisionnement en munitions et en matériel est devenu quasi impossible », précise la même source.

Le cannabis, nouvelle source de financement des maquis

L’affaiblissement militaire du MFDC a conduit ses derniers combattants à se tourner vers des activités criminelles pour survivre. Le cannabis, cultivé en masse dans les zones enclavées de la Casamance, représente désormais leur principale source de revenus. Six tonnes de résine saisies lors de l’opération de mai illustrent l’ampleur du phénomène. « Ces cultures illicites financent directement les activités des bandes armées », explique un officier supérieur.

Le Premier ministre Ousmane Sonko, originaire de Casamance, a récemment souligné l’absurdité d’un conflit qui dure depuis plus de 40 ans sans que les rebelles ne parviennent à contrôler un seul village. « Le MFDC ne parle plus d’indépendance, si ce n’est par principe. Le vrai problème, c’est le chanvre », a-t-il déclaré après des affrontements ayant coûté la vie à trois militaires et blessé six autres en mars.

Une économie de guerre qui mine la paix

La région du Nord Sindian, proche de la Gambie, est particulièrement touchée par le trafic de cannabis. Sa forêt dense et son isolement géographique, malgré des ressources agricoles importantes, en font un terrain propice aux activités illicites. « Les populations locales dépendent de ces cultures pour survivre, faute de routes et de débouchés commerciaux », témoigne un ancien membre d’une unité d’élite de l’armée.

Certains habitants ont même sollicité des avis religieux pour légitimer ces cultures : « Ils se sont tournés vers les imams pour savoir si le cannabis pouvait être cultivé au regard de l’islam », révèle un responsable administratif.

Des avancées fragiles vers la paix

Malgré ce contexte tendu, des signes encourageants émergent. En février 2025, un accord de paix a été signé à Bissau avec une faction du MFDC, complétant celui conclu près de Ziguinchor trois ans plus tôt. Ces initiatives ont permis à de nombreux réfugiés et déplacés de rentrer progressivement dans leurs villages. « La baisse des hostilités et le dépôt partiel des armes ont favorisé le retour des populations », indique une figure de la société civile.

Cependant, la paix reste précaire. « Des éléments armés refusent encore de déposer les armes, et la question de la pacification définitive reste entière », avertit-elle. Le gouvernement, dirigé par des responsables issus de la Casamance comme le Premier ministre Sonko, tente de concilier fermeté et dialogue. « Nous ne pouvons accepter que le moindre pouce du territoire soit amputé », a-t-il martelé, tout en tendant la main aux derniers rebelles.

La lutte contre le trafic de cannabis, désormais au cœur du conflit, s’impose donc comme une priorité absolue pour briser l’économie des groupes armés et permettre à la Casamance de tourner définitivement la page des décennies de violence.

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