1 mai 2026

Niger : l’inquiétante régression des libertés individuelles sous la junte

Près d’un an et demi après le renversement du président Mohamed Bazoum en juillet 2023, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) verrouille davantage son contrôle sur le Niger. Un récent rapport d’Amnesty International met en lumière une dégradation brutale des droits fondamentaux : arrestations abusives, harcèlement des médias et dissolution de l’espace politique. Intitulé « Niger. Menacés et mis au pas », ce document pointe les dérives autoritaires survenues entre l’été 2023 et le début de l’année 2025. Alors que les militaires justifiaient leur prise de pouvoir par une volonté de restaurer la sécurité et la bonne gouvernance, la promesse de respecter l’État de droit semble aujourd’hui oubliée.

Le contexte régional est marqué par une instabilité croissante au Sahel, où le Mali et le Burkina Faso ont également basculé sous des régimes militaires. Ensemble, ces nations ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES), actant leur rupture avec la CEDEAO, la France et l’Union européenne. Plus récemment, le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont annoncé leur retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), s’éloignant davantage des instances réclamant la libération de l’ancien président Mohamed Bazoum.

Un arsenal législatif répressif

À son arrivée, le général Abdourahamane Tiani s’était engagé à préserver les libertés civiles. Pourtant, la Constitution de 2010 a été suspendue et les institutions de défense des droits humains sont restées inactives. Le pays est désormais administré par des ordonnances qui restreignent les libertés. Le rétablissement de la loi sur la cybercriminalité permet désormais de poursuivre toute critique sous les motifs flous de diffamation ou de trouble à l’ordre public.

Une nouvelle mesure introduite en 2024 va encore plus loin en permettant de ficher des individus suspectés d’infractions terroristes. Les conséquences sont lourdes : gel des avoirs et retrait de la nationalité nigérienne. Déjà, plus d’une vingtaine de personnalités, dont d’anciens ministres, ont été touchées. Hamid Ngadé, ex-conseiller à la présidence, déplore une situation qui le rend potentiellement apatride, faute de recours juridique possible dans un système où l’indépendance de la justice s’effrite. Le pluralisme politique, quant à lui, est au point mort depuis la suspension des partis.

Censure et climat de peur dans la société civile

Le régime militaire intensifie sa pression sur les acteurs de la société civile. Des figures comme Moussa Tchangari ont été arrêtées et inculpées pour des motifs graves tels que l’apologie du terrorisme, risquant de lourdes peines de prison. Les services de renseignement sont régulièrement accusés de pratiquer des détentions arbitraires et des disparitions forcées pour faire taire les voix dissidentes.

Cette répression instaure une fracture sociale entre ceux qualifiés de « patriotes » et les « apatrides », un terme utilisé pour délégitimer toute opposition. À Niamey, les responsables associatifs décrivent un climat d’angoisse où l’autocensure est devenue la règle. Les espaces de dialogue et de mobilisation sont désormais fragmentés par la crainte de représailles.

La liberté de la presse sous pression

Les médias ne sont pas épargnés par cette chape de plomb. La Maison de la presse a été placée sous tutelle et les grands diffuseurs internationaux comme RFI, France 24 et la BBC ont été suspendus. Les journalistes locaux et les blogueurs, à l’image de Samira Sabou ou Soumana Maïga, font face à des poursuites judiciaires, parfois devant des tribunaux militaires, pour de simples publications sur les réseaux sociaux.

Le secteur de l’information est aujourd’hui paralysé par la peur. Les sources sont de plus en plus rares et les professionnels de l’information pèsent chaque mot pour éviter l’incarcération. Cette dérive autoritaire pourrait s’inscrire dans la durée : les récentes assises nationales suggèrent une transition de cinq ans, ouvrant la voie à une candidature des dirigeants actuels aux futures élections, éloignant ainsi la perspective d’un retour rapide à la démocratie au Niger.

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