28 avril 2026

Mali : les alertes de l’ONU sur l’autoritarisme et les violations des droits humains

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a lancé un avertissement solennel concernant la dégradation accélérée de la situation politique au Mali. Depuis le coup d’État de 2020, les institutions démocratiques s’effritent au profit d’un pouvoir de plus en plus autoritaire, marquant une rupture avec les engagements passés.

Un pouvoir qui s’affranchit des règles démocratiques

Les réformes constitutionnelles et juridiques adoptées par la junte militaire, dirigée par le général Assimi Goïta, ont systématiquement réduit les espaces de participation citoyenne. Volker Türk a souligné que ces modifications législatives « ferment définitivement la porte à toute élection démocratique au Mali dans un avenir proche ». Une mesure emblématique de cette dérive est la loi du 8 juillet, autorisant une prolongation indéfinie du mandat du général Goïta « jusqu’à la pacification du pays ».

Le régime a également dissous, par décret présidentiel, l’ensemble des partis politiques et organisations à vocation politique, privant les citoyens de leur droit fondamental de voter et de se présenter aux scrutins. Ces décisions violent les principes fondamentaux du droit international, notamment le droit à la participation politique.

Une répression ciblant l’opposition et la liberté d’expression

Les autorités maliennes n’hésitent plus à instrumentaliser la justice pour museler toute forme de dissidence. L’arrestation de l’ancien Premier ministre Moussa Mara, le 1ᵉʳ août, en est une illustration frappante. Accusé d’« atteinte à la crédibilité de l’État » après avoir exprimé sa solidarité avec des détenus politiques sur les réseaux sociaux, il incarne la répression croissante qui frappe les opposants au régime.

Volker Türk a dénoncé cette « utilisation abusive de la loi pour étouffer la contestation », notant une augmentation alarmante des arrestations arbitraires. Des citoyens de tous horizons, journalistes, militants ou simples citoyens, sont désormais exposés à des poursuites pour des motifs similaires à ceux reprochés à Moussa Mara.

Violences sécuritaires et exactions contre les civils

Parallèlement à cette dérive autoritaire, le Mali reste en proie à des attaques djihadistes menées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et par l’État islamique dans le Grand Sahara. Ces groupes terroristes, actifs à la frontière du Burkina Faso, du Niger et du Mali, exacerbent l’instabilité régionale.

Les forces maliennes, soutenues par les mercenaires de l’Africa Corps (ex-Groupe Wagner), ripostent avec une intensité qui se retourne contre les populations civiles. Selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, depuis avril, des centaines d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations arbitraires et de disparitions forcées ont été recensées. Ces exactions, commises par toutes les parties au conflit, plongent le pays dans un cycle de violence sans fin.

Pour Volker Türk, la combinaison d’une transition politique gelée et d’une répression généralisée risque de « condamner le Mali à une impasse durable, où la démocratie et les droits humains ne seront plus qu’un lointain souvenir ». Les appels à la restauration des libertés fondamentales et à l’organisation d’élections crédibles restent pour l’instant sans écho.

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