13 mai 2026

Mali : l’Africa Corps, un rempart illusoire face au terrorisme

Un virage sécuritaire malien sous le signe de Moscou

Depuis le retrait des contingents français de l’opération Barkhane et la dissolution de la mission onusienne MINUSMA, le Mali a fait le choix d’un rapprochement stratégique avec la Russie. Ce partenariat se matérialise aujourd’hui à travers l’Africa Corps, une structure placée sous l’autorité directe du ministère russe de la Défense. Pourtant, après plusieurs années d’engagement, les résultats en matière de stabilité restent décevants, révélant les limites d’un modèle basé sur des acteurs non conventionnels face à une crise aux multiples facettes.

Des avancées symboliques, mais une insécurité persistante

Les autorités maliennes visaient un objectif précis : reprendre le contrôle des régions sous l’emprise des groupes armés, notamment le JNIM et l’EIGS. Si l’Africa Corps a marqué les esprits avec la reprise de Kidal à la fin de l’année 2023, les gains obtenus s’avèrent fragiles et éphémères.

Sur le terrain, la situation continue de se dégrader. Les attaques perpétrées par les groupes terroristes ne montrent aucun signe de ralentissement. Pire encore, leur intensification gagne désormais les zones proches de Bamako, la capitale. Le fantasme d’une supériorité militaire russe s’est effondré lors de l’affrontement de Tinzawatène en juillet 2024. En effet, des paramilitaires de l’Africa Corps y ont essuyé une embuscade tendue par des rebelles du CSP et des djihadistes, subissant l’une des pertes les plus lourdes de leur histoire.

La capacité à maintenir une présence durable sur les territoires repris reste le talon d’Achille de cette force. Bien que les opérations ponctuelles permettent de marquer des points, elles ne suffisent pas à assurer une sécurité pérenne. Les populations locales, souvent abandonnées à leur sort une fois les convois partis, deviennent des cibles faciles pour les groupes armés, qui n’hésitent pas à exercer des représailles brutales.

Une zone grise juridique et des dérives inquiétantes

L’un des principaux écueils de l’Africa Corps réside dans son statut ambigu. Contrairement à une armée régulière, cette entité évolue dans un flou juridique total, ce qui soulève deux enjeux majeurs :

  • L’impunité généralisée : Plusieurs organisations non gouvernementales dénoncent des exactions commises contre les civils lors d’opérations de ratissage. Ne relevant pas d’une structure étatique officielle, l’Africa Corps échappe à toute forme de redevabilité. Pour les victimes, obtenir justice relève de l’utopie, faute de cadre légal pour engager des poursuites.
  • Une sécurité monnayée : Les déploiements semblent souvent concentrés autour des sites miniers stratégiques, notamment ceux de l’or et du lithium. Cette focalisation interroge sur les véritables priorités de l’Africa Corps. La protection des populations et des infrastructures civiles passe au second plan, au profit d’une logique économique et géopolitique. La sécurité devient ainsi un bien échangeable, et non un droit inaliénable.

« Confier la sécurité d’une nation à des acteurs dont les motivations relèvent davantage du profit que de l’intérêt général revient à hypothéquer l’avenir du pays. »

Une souveraineté malienne en péril

Cette alliance avec Moscou place Bamako dans une situation de dépendance accrue, alors que les résultats escomptés en matière de lutte antiterroriste tardent à se concrétiser. La rupture avec les partenaires traditionnels, sans garantie de succès, a également compliqué les relations avec la CEDEAO et les pays voisins, essentiels pour une coordination régionale efficace contre la menace sahélienne.

Par ailleurs, cette stratégie menace directement l’intégrité des Forces armées maliennes (FAMA). Les soldats locaux risquent d’être relégués au rang de simples exécutants, voire de « chair à canon », lors d’opérations conçues et dirigées par des commandants dont les objectifs ne coïncident pas nécessairement avec les besoins de paix et de stabilité du Mali.

Quand les symptômes masquent les causes profondes

L’échec actuel de la gestion de la crise sécuritaire malienne met en lumière une réalité incontournable : sans une approche politique globale et une gouvernance responsable, aucune intervention extérieure ne saurait apporter de solution durable. Le conflit qui déchire le Mali plonge ses racines dans des dysfonctionnements structurels que les mercenaires, aussi puissants soient-ils, ne pourront jamais résoudre.

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