Mali : des milliers de citoyens défilent à Bamako contre la menace de dissolution des partis politiques
Mali : des milliers de citoyens défilent à Bamako contre la menace de dissolution des partis politiques
Une mobilisation citoyenne d’ampleur a secoué Bamako ce samedi 3 mai. Plusieurs milliers de Maliens se sont rassemblés pour exprimer leur réprobation face à la possible dissolution des partis politiques, une mesure jugée inconstitutionnelle par les manifestants. Ce mouvement de protestation, rare dans le contexte actuel de restrictions démocratiques, marque un tournant dans la contestation contre le régime militaire dirigé par le général Assimi Goïta.

Sous une banderole géante proclamant “Vive la démocratie ! À bas la dictature !”, des manifestants ont déferlé vers le Palais de la Culture de Bamako. Ce rassemblement, organisé par une coalition de partis politiques et de la société civile, a réuni des centaines de personnes déterminées à défendre les libertés fondamentales et le multipartisme. Une première depuis plusieurs années dans un pays où l’espace démocratique se réduit comme peau de chagrin.
Les participants, brandissant pancartes et drapeaux nationaux, ont réclamé sans ambiguïté le rétablissement de l’État de droit et l’organisation d’élections libres. La manifestation, encadrée par les forces de l’ordre sans incident majeur, a connu un large écho sur les réseaux sociaux, où des vidéos et messages de soutien ont circulé massivement.
Une série de mesures controversées
Le contexte de cette mobilisation est marqué par une série d’initiatives controversées des autorités militaires. Dès le 30 avril 2025, les autorités ont abrogé la loi encadrant les partis politiques, une décision perçue comme le prélude à leur dissolution pure et simple. Cette annonce fait suite à une concertation organisée par la junte, mais largement boycottée par l’opposition, qui la juge non représentative.
Les recommandations issues de cette rencontre, jugées liberticides, vont plus loin : suppression des partis politiques et prolongation du mandat d’Assimi Goïta de cinq ans, renouvelable, sans recours au suffrage universel. Une perspective qui sonne comme une trahison des idéaux démocratiques pour de nombreux Maliens.
La démocratie malienne en péril
Cette manifestation s’inscrit dans un climat de répression accrue contre les voix dissidentes. Depuis 2021, date de la prise de pouvoir par la junte, les autorités ont multiplié les poursuites contre l’opposition, dissous des organisations de la société civile et restreint sévèrement la liberté de la presse.
Pourtant, la Constitution malienne de 1992, tout comme la Loi fondamentale de 2023, consacre le multipartisme, la liberté d’expression et le droit d’association. Une contradiction flagrante avec les actions récentes des autorités, qui semble confirmer une dérive autoritaire du régime.
Le Mali, aux côtés du Burkina Faso et du Niger, a quitté la Cédéao en 2024, accusant l’organisation régionale de partialité. Cette décision a conduit à la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), un bloc renforçant l’axe des gouvernements militaires en Afrique de l’Ouest.