24 mai 2026

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Mali : cinq ans après le putsch, un bilan complexe entre critiques et soutien populaire

Cinq ans se sont écoulés depuis le coup d’État qui a porté le général Assimi Goïta au pouvoir au Mali. Cette période a été marquée par de vives critiques concernant la dégradation des conditions de vie des Maliens, notamment en matière de sécurité et de libertés fondamentales, telles que la liberté d’expression et de la presse. Paradoxalement, cette gouvernance militaire bénéficie toujours d’un certain soutien au sein de la population.

La répression s’intensifie et la sécurité s’érode

La situation des libertés s’est manifestement durcie. S’exprimer librement est devenu plus délicat ; bien que des discussions franches restent possibles dans un cercle de confiance, la prudence est de mise pour la population. Cette restriction est une critique majeure envers l’administration actuelle. De nombreuses voix contestataires ont été emprisonnées, tandis que d’autres ont été contraintes à l’exil.

Initialement, une légère amélioration de la sécurité avait été observée dans certaines zones. La route menant à Ségou, par exemple, était restée accessible pendant une longue période, permettant même à des agriculteurs de reprendre leurs activités dans les champs. Cependant, cette accalmie n’a pas duré. La crise sécuritaire s’est aggravée, et face à une croissance démographique galopante, aux effets du changement climatique et à l’insécurité persistante, il est difficile d’imaginer qu’un quelconque gouvernement puisse inverser la tendance.

Portait d'Ulf Laessing, directeur du programme Sahel de la fondation Konrad Adenauer au Mali

L’échec de la lutte contre le djihadisme et l’isolement du Mali

En 2020, l’arrivée des militaires au pouvoir avait suscité l’espoir de voir la menace djihadiste éradiquée. Force est de constater que cet objectif est loin d’être atteint. Le Jnim et l’État islamique contrôlent de fait des portions significatives du territoire malien. La reprise de ces zones par une autorité centrale, qu’elle soit issue d’un nouveau coup d’État ou d’un gouvernement élu, semble hautement improbable.

Qui finance le JNIM et le FLA qui ont attaqué le Mali ?

Une série d’attaques coordonnées menées fin avril par des groupes djihadistes et des rebelles touaregs a provoqué un véritable choc national. Il s’agissait de l’offensive la plus importante depuis 2012, année où ces mêmes groupes avaient brièvement pris le contrôle du nord du pays avant l’intervention française. Cette attaque frontale contre l’État, bien que n’ayant pas entraîné la chute du gouvernement, a marqué une perte de prestige significative et n’avait été anticipée par personne, y compris les forces russes censées garantir la sécurité.

L’intervention des mercenaires russes s’est avérée plus symbolique qu’efficace. Avec seulement 1 500 à 2 000 hommes, soit un tiers des effectifs français qui n’avaient déjà pas réussi à pacifier l’ensemble du Mali, leur brutalité a plutôt exacerbé le conflit. L’humiliation fut grande lorsqu’ils se sont retirés de Kidal et d’autres localités du nord sans opposer de résistance. De même, la solidarité de l’Alliance des États du Sahel (AES) – le Niger et le Burkina Faso – s’est limitée à des déclarations, sans soutien militaire concret. Ces pays, eux-mêmes aux prises avec des groupes djihadistes, n’ont probablement pas les moyens d’apporter une aide substantielle au Mali.

Des soldats du FLA dans une voiture, traversant une caserne antérieurement utilisée par l'Africa-Corps à Kidal

La solidarité de l’AES et les espoirs de dialogue

Malgré la proximité politique et les nombreux projets partagés par les trois États de l’AES, la volonté et surtout les capacités de concrétiser cette coopération font défaut. Les chefs militaires partagent une idéologie commune, mais leurs pays figurent parmi les plus pauvres du monde. Il est donc nécessaire de rester réaliste quant à l’étendue de cette alliance, qui ne peut être comparée à l’Union européenne ou à l’OTAN. Il s’agit de nations extrêmement démunies luttant pour leur propre survie.

Assimi Goïta, Abdourahamane Tiani et Ibrahim Traore côte à côte

Un point positif demeure : la population malienne ne souhaite ni la charia, ni être gouvernée par les islamistes. Cette opposition pourrait servir de base à des négociations avec les factions djihadistes les plus modérées. L’objectif ne serait pas de leur laisser le contrôle total du pays, mais plutôt de trouver un arrangement leur permettant de gérer certaines régions en échange d’un gouvernement central qui intègre éventuellement une dimension plus islamique, sans pour autant imposer une application intégrale de la charia.

Les djihadistes maliens ne sont pas des étrangers cherchant la violence gratuite ; ce sont des locaux souvent motivés par des questions d’accès à l’eau ou à la terre. Le dialogue, en complément d’une action militaire ciblée, sera inévitable. L’exemple de la Mauritanie, qui a combiné force militaire et compromis (comme l’interdiction de l’alcool et l’adoption du statut de République islamique), montre qu’une solution hybride est envisageable pour pacifier le pays.

Des personnes avec des bidons d'eau dans lac asséché de Faguibine dans la région du Tombouctou.

Le soutien ambivalent de la population malienne

Les populations de Bamako ne souhaitent pas vivre sous la charia. L’absence de manifestations massives après les attaques de fin avril, ou lors du blocus des livraisons de carburant à l’automne, s’explique par la crainte qu’un départ de l’actuel gouvernement n’ouvre la voie à une administration plus islamiste, ce que les Maliens rejettent. Malgré les critiques, beaucoup soutiennent encore le gouvernement militaire, non par adhésion totale, mais par rejet des alternatives : ni djihadistes, ni anciennes élites corrompues perçues comme liées à la France et à l’Europe.

L’âge moyen de la population malienne étant de 15 ans, et beaucoup n’ayant pas accès à l’éducation, l’information circule principalement via les réseaux sociaux, où la propagande, y compris celle d’origine russe, est omniprésente. Ce soutien au gouvernement, bien que nuancé, est réel. La résignation et la désillusion envers les anciens politiciens, qui n’ont pas amélioré la situation lors de leurs mandats, poussent de nombreux Maliens à accorder une nouvelle chance aux dirigeants actuels, malgré les difficultés croissantes et l’isolement du pays.

De la fumée sur les routes de Bamako
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