5 mai 2026

Mali : assimi goïta concentre tous les pouvoirs face à l’effondrement sécuritaire

En s’attribuant officiellement le ministère de la Défense en plus de ses fonctions de Chef de l’État, le Colonel Assimi Goïta franchit une étape supplémentaire dans la centralisation des pouvoirs à Bamako. Cette décision, loin d’être anodine, révèle une crise profonde au sein de la chaîne de commandement malienne : entre défaillances stratégiques et échecs tactiques, le Mali s’enfonce dans une période d’incertitude sans précédent.

Un pouvoir sans partage, une stratégie en lambeaux

Depuis Bamako, chaque décision militaire et politique passe désormais par le palais de Koulouba. En cumulant la présidence et le portefeuille de la Défense, le Colonel Goïta ne se contente plus de diriger l’État : il en devient le pilote opérationnel. Pour les observateurs de la sous-région, ce renforcement autoritaire témoigne d’une méfiance croissante envers les institutions. En supprimant les intermédiaires ministériels, il s’expose désormais directement aux revers sur le terrain. Chaque défaite militaire ne sera plus imputable à un subalterne, mais bien au Chef de l’État lui-même.

Kidal : l’échec cuisant d’une reconquête fantôme

Il y a peu encore, les autorités célébraient avec fierté la « libération » de Kidal, présentée comme un symbole de souveraineté retrouvée. Pourtant, la réalité est bien moins glorieuse : la ville, verrou stratégique du Nord, est retombée aux mains des groupes armés, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA/FLA). Ce revers tactique soulève une question cruciale : comment une armée malienne, malgré ses discours de montée en puissance, peine-t-elle à conserver ses gains ? L’absence de gouvernance locale et le vide sécuritaire ont permis aux insurgés de reprendre le contrôle en un temps record. Le JNIM, en particulier, a affiné ses méthodes, isolant les garnisons et coupant les voies d’approvisionnement, transformant les victoires maliennes en succès éphémères.

Le partenariat russe : une alliance contestée

Le Mali mise depuis plusieurs mois sur le soutien des paramilitaires russes (ex-Wagner, désormais Africa Corps) pour pallier ses lacunes sécuritaires. Si cette collaboration a été présentée comme une alternative souveraine à l’influence française, ses résultats peinent à convaincre. Les méthodes employées par ces forces – souvent qualifiées de « terre brûlée » – non seulement échouent à pacifier les zones concernées, mais alimentent aussi le recrutement djihadiste. Les violations des droits humains se multiplient, offrant un terrain propice à la radicalisation. Pire encore, l’efficacité opérationnelle de ces instructeurs est remise en cause : les colonnes maliennes tombent dans des embuscades meurtrières avec une régularité inquiétante. Dans ce contexte, la Russie, déjà engagée dans un conflit en Europe, peut-elle vraiment fournir au Mali l’appui aérien et technologique nécessaire pour contrer la mobilité du JNIM ? Rien n’est moins certain.

Un isolement diplomatique aux conséquences lourdes

La crise sécuritaire malienne s’accompagne d’un repli diplomatique marqué. En quittant la CEDEAO pour fonder l’Alliance des États du Sahel (AES), Bamako a choisi la voie de l’autarcie stratégique. Pourtant, le terrorisme ignore les frontières, et les liens régionaux restent indispensables. En s’isolant, le Mali se prive de renseignements cruciaux et de soutiens logistiques essentiels. Ce cumul de mandats par Goïta est perçu par les pays voisins comme un durcissement autoritaire, rendant tout dialogue encore plus ardu. Le paradoxe est frappant : le Mali revendique sa souveraineté par les armes, mais dépend d’alliés extérieurs opaques et d’un pouvoir concentré entre les mains d’un seul homme.

Vers un enlisement définitif ?

Pour les populations du Centre et du Nord, le constat est accablant : malgré les changements de régime et les alliances géopolitiques, l’insécurité persiste, voire s’aggrave. Les attaques contre les convois civils et militaires se multiplient, plongeant le pays dans une spirale de violences. Le nouveau « Président-Ministre de la Défense » mise tout sur une stratégie hasardeuse. Si la situation ne s’améliore pas rapidement, le mécontentement populaire, actuellement étouffé par une répression musclée, pourrait éclater. L’histoire africaine regorge d’exemples où la concentration excessive du pouvoir a mené à des crises majeures.

Pour sortir de l’ornière, le Mali doit impérativement repenser sa stratégie globale. La force brute et les partenariats mercenaires ont montré leurs limites. Une gouvernance inclusive et une réoccupation sociale des territoires s’imposent pour éviter que le sabre de Goïta ne s’émousse face à la résilience des groupes armés. L’heure n’est plus aux discours belliqueux, mais à un réalisme politique urgent. Car derrière les uniformes et les titres, c’est la survie même de l’État malien qui se joue sur les terres instables du Nord.

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