11 mai 2026

L’opposition béninoise interroge le gouvernement sur la crise au Niger

Depuis le coup d’État militaire survenu au Niger le 26 juillet 2023, la communauté internationale a rapidement réagi. Des entités majeures telles que la CEDEAO, l’Union africaine (UA), ainsi que des nations comme les États-Unis, la France et la Russie, ont promptement exprimé leurs positions. Au Bénin, l’implication du président Patrice Talon et les éventuelles annonces d’une intervention armée suscitent des débats. Des sources médiatiques occidentales suggèrent que le Bénin pourrait déployer des troupes aux côtés de la CEDEAO pour contrer la junte militaire. Cependant, de nombreux acteurs, notamment l’Église catholique et plusieurs personnalités politiques, ont clairement manifesté leur désaccord avec l’option militaire, prônant plutôt une résolution diplomatique de la crise.

Les parlementaires du parti d’opposition « Les Démocrates » ont vivement interpellé le gouvernement béninois, soumettant un ensemble de 19 questions fondamentales. Leur principale interrogation porte sur la légitimité d’un engagement militaire du Bénin, surtout au vu des liens fraternels unissant le Bénin et le Niger. Ils expriment des inquiétudes quant au respect de la constitution béninoise, à la sécurité des forces armées qui seraient déployées, et aux risques d’escalade du conflit, avec ses lourdes conséquences pour les populations civiles et pour le Bénin lui-même.

Au-delà des considérations militaires, des préoccupations économiques et diplomatiques ont également été mises en avant. La fermeture des frontières avec le Niger pourrait entraîner des répercussions considérables pour le Port Autonome de Cotonou et l’économie béninoise dans son ensemble, déjà fragilisée par les sanctions imposées par la CEDEAO. Face à l’augmentation des prix des produits de première nécessité et aux impacts sur les acteurs économiques, l’opposition exige des réponses concrètes de la part de l’exécutif.

Le dialogue est perçu comme une voie privilégiée par plusieurs acteurs régionaux et internationaux. Les élus de l’opposition ont rappelé au président Patrice Talon ses propres déclarations valorisant le dialogue comme alternative aux coups d’État, l’exhortant à instaurer un dialogue inclusif au Bénin. Le moment est propice à la réflexion, à l’examen approfondi, et surtout à la recherche de solutions pacifiques et consensuelles pour l’avenir de la région.

Interpellation gouvernementale et questions clés

Le 26 juillet 2023, un putsch militaire a interrompu le mandat constitutionnel du Président de la République du Niger, Monsieur Mohamed Bazoum. Cet événement a provoqué une vague de réactions de la part de nombreux États et d’organisations sous-régionales et régionales, incluant la CEDEAO, l’UA et l’ONU. Le jeudi 10 août 2023, lors d’un sommet extraordinaire, les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de la CEDEAO ont pris la décision d’ordonner le déploiement d’une force en attente pour restaurer l’ordre constitutionnel au Niger.

Dans ce contexte, le gouvernement du Bénin, par diverses déclarations, a manifesté son intention d’intégrer des troupes béninoises au contingent de la CEDEAO destiné à affronter la junte militaire. Considérant cette orientation vers un conflit avec un peuple frère et souverain, potentiellement en violation de l’article 101 de la constitution béninoise, et compte tenu des graves répercussions économiques, sociales et sécuritaires déjà engendrées par les sanctions de la CEDEAO du 30 juillet 2023, la représentation nationale, conformément à l’article 108 du règlement intérieur de l’Assemblée Nationale, a invité le gouvernement à répondre aux préoccupations suivantes :

  1. Quelles mesures le gouvernement a-t-il prises pour obtenir l’avis du parlement concernant l’engagement des troupes béninoises dans une éventuelle opération militaire de la CEDEAO au Niger, en application de l’alinéa 1 de l’article 101 de notre constitution stipulant que « la déclaration de guerre est autorisée par l’Assemblée Nationale » ?
  2. Plusieurs nations, comme la France et les États-Unis, ont organisé l’évacuation de leurs ressortissants du Niger. Quelles dispositions le gouvernement du Bénin a-t-il mises en place pour ses citoyens résidant au Niger ?
  3. Étant donné les liens fraternels entre le Bénin et le Niger, comment justifier l’envoi de troupes béninoises pour une intervention, alors que d’autres pays de la CEDEAO, non frontaliers du Niger, refusent d’y participer ?
  4. Quel est l’effectif des soldats béninois et l’essentiel de la logistique que le gouvernement envisage de fournir au contingent de la CEDEAO ? Quel serait le coût prévisionnel de cette participation pour le Bénin, et qui en assumerait la charge financière ?
  5. En cas de confrontation avec le Niger, le gouvernement peut-il garantir l’intégrité des populations civiles nigériennes et la sécurité de nos soldats ?
  6. Quelles compensations le gouvernement a-t-il prévues pour chaque soldat participant, et pour chaque famille en cas de décès de soldats béninois sur le théâtre des opérations ?
  7. Le Bénin étant frontalier du Niger, quelle assurance le gouvernement peut-il donner qu’en cas de riposte de l’armée nigérienne, aucune victime ne sera à déplorer sur le territoire béninois ?
  8. Le gouvernement peut-il rassurer la nation qu’en cas de conflit avec le Niger, des éléments djihadistes potentiels ne profiteront pas de la situation pour infiltrer notre pays, comme cela a été observé en Libye ?
  9. Ne serait-il pas plus judicieux de privilégier la voie du dialogue politique et diplomatique, à l’image des résolutions adoptées au Mali, au Burkina Faso et en Guinée ?
  10. Le Bénin ne pourrait-il pas, comme par le passé, jouer un rôle de pionnier au sein de la CEDEAO dans la prévention des coups d’État, en s’attaquant aux exclusions électorales, à l’emprisonnement et à l’exil des opposants politiques ?
  11. Pourquoi la CEDEAO réagit-elle avec plus de célérité aux coups d’État militaires, tout en tolérant les coups d’État institutionnels, comme ceux observés en Côte d’Ivoire en 2020, en Guinée en 2021, et au Bénin en 2019, 2020 et 2021, ainsi que dans d’autres pays ?
  12. La restauration du pouvoir du Président Mohamed Bazoum est-elle plus précieuse que la vie de milliers de civils nigériens et de soldats du contingent de la CEDEAO qui pourraient périr ?
  13. Quel avenir le Niger pourrait-il envisager après une telle guerre ?
  14. Les citoyens de l’espace CEDEAO ont perdu confiance en notre organisation, qu’ils perçoivent comme un « syndicat des Chefs d’État ». Quelles initiatives le Bénin compte-t-il prendre pour restaurer l’image de cette institution sous-régionale ?
  15. Suite au sommet extraordinaire de la CEDEAO, le président Patrice Talon a évoqué le dialogue comme une alternative aux coups d’État. À quand ce dialogue inclusif tant espéré par l’opposition béninoise ?
  16. Quels sont les impacts de la fermeture de nos frontières avec le Niger sur le Port Autonome de Cotonou ?
  17. Quelles sont les conséquences des sanctions déjà mises en œuvre par la CEDEAO sur l’économie béninoise et sur la population ?
  18. Quelles mesures immédiates le gouvernement a-t-il déjà appliquées pour contrecarrer la flambée des prix des denrées de première nécessité ?
  19. Quel soutien le gouvernement béninois prévoit-il pour les acteurs économiques (opérateurs portuaires, transporteurs, commerçants, etc.) déjà durement touchés par les répercussions des sanctions de la CEDEAO ?
Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes