4 juin 2026

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Libreville mise sur le secteur privé pour financer son ambitieux plan économique

Depuis l’installation de la nouvelle équipe dirigeante, le Gabon affiche des ambitions économiques sans précédent pour les cinq prochaines années. Pour concrétiser le Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030, le gouvernement mise sur un budget global de 27 000 milliards de FCFA. Parmi cette enveloppe, 18 000 milliards devront provenir du secteur privé, tandis que la contribution publique se limitera à 9 000 milliards. Cette répartition reflète une stratégie délibérée pour accélérer la transformation structurelle du pays, désormais sous un régime constitutionnel après les élections d’avril 2025.

Un modèle de financement où le privé domine

En plaçant les investisseurs privés au cœur de son modèle économique, Libreville s’aligne sur les pratiques adoptées par d’autres nations de la CEMAC. Le choix de confier deux tiers du financement au secteur privé vise à mobiliser les capitaux des bailleurs commerciaux, des fonds souverains africains et des multinationales du secteur extractif. Cette approche nécessite cependant un cadre réglementaire et administratif profondément modernisé pour garantir la sécurité des investissements.

L’économie gabonaise, encore fortement dépendante des exportations de pétrole, de manganèse et de bois, doit impérativement diversifier ses sources de revenus. Les institutions financières internationales ont maintes fois souligné l’urgence d’élargir l’assiette fiscale, de simplifier les procédures douanières et de sécuriser les droits fonciers pour attirer durablement les capitaux étrangers.

Le Haut conseil pour l’investissement, pierre angulaire du dialogue public-privé

Pour renforcer la collaboration entre l’État et les entreprises, le gouvernement a décidé de réactiver le Haut conseil pour l’investissement (HCI). Cette instance, autrefois centrale dans le dialogue économique, avait été marginalisée sous le précédent régime. Sa remise en activité illustre la volonté du président Brice Clotaire Oligui Nguema de rétablir un cadre institutionnel stable et prévisible pour les investisseurs.

Le HCI aura pour mission de faciliter la rencontre entre les besoins sectoriels identifiés par les ministères et les capacités des grands acteurs privés. Les géants du secteur minier, comme la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale d’Eramet, ainsi que les opérateurs du bois transformé, seront particulièrement sollicités. Les institutions financières panafricaines, telles qu’Afreximbank et la Banque africaine de développement, pourraient également jouer un rôle clé en finançant des projets dans les infrastructures, l’énergie et le numérique.

Un défi financier et administratif de taille

L’objectif de 18 000 milliards de FCFA sur cinq ans, soit une moyenne annuelle de 3 600 milliards, marque une rupture avec les plans précédents. En comparaison, le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE) n’avait atteint qu’une partie de ses objectifs d’investissement direct étranger, en raison d’un manque de projets bancables et de la volatilité des prix des matières premières entre 2014 et 2016. Le succès du PNCD dépendra donc de la capacité du pays à industrialiser la préparation des projets et à offrir des garanties solides aux investisseurs.

La gestion de la dette publique ajoute une difficulté supplémentaire. Avec un endettement proche du seuil communautaire de 70 % du PIB, les marges de manœuvre de l’État se réduisent, rendant les partenariats public-privé encore plus indispensables. Les contrats de concession, les accords de performance énergétique et les montages financiers innovants devront donc occuper une place centrale dans la mise en œuvre du plan.

La réussite du PNCD reposera également sur l’efficacité de l’administration. Les délais d’obtention des autorisations, la digitalisation des démarches administratives et la lutte contre la corruption figurent parmi les priorités pour les investisseurs. Sans progrès tangibles dans ces domaines, le risque de voir les promesses se heurter à la réalité des investissements effectifs sera réel.

Le Gabon se lance ainsi dans une course contre la montre pour les cinq prochaines années. Ce plan économique ambitieux pourrait bien déterminer la crédibilité du pays aux yeux des marchés internationaux et de ses partenaires bilatéraux. La réactivation du HCI sera un test clé pour mobiliser les engagements du secteur privé.

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