28 avril 2026

Les États-Unis renforcent leur coopération avec le Mali, le Niger et le Burkina face à la menace terroriste

Pourquoi les États-Unis misent sur le Mali, le Niger et le Burkina pour contrer la menace djihadiste

Manifestation pro-russe à Niamey contre les bases militaires françaises et nigériennes

Les États-Unis ont opéré un virage majeur dans leur politique africaine en réaffirmant leur engagement aux côtés de trois nations du Sahel : le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Ces pays, dirigés par des juntes militaires et ayant rompu leurs alliances traditionnelles avec la France, se tournent désormais vers la Russie pour leur soutien sécuritaire et économique. Une stratégie qui pousse Washington à adapter sa diplomatie pour préserver ses intérêts stratégiques dans la région.

Une nouvelle approche diplomatique axée sur la souveraineté

Le département d’État américain a récemment annoncé l’envoi de Nick Checker, chef du Bureau des affaires africaines, à Bamako pour officialiser cette réorientation. L’objectif affiché ? Respecter la souveraineté malienne et établir une coopération bilatérale « au-delà des erreurs passées ». Cette démarche inclut également une volonté de collaborer avec les deux voisins du Mali, le Burkina Faso et le Niger, sur des enjeux communs de sécurité et de développement économique.

Cette initiative marque un changement radical : l’administration américaine semble désormais mettre de côté les questions de démocratie et de droits humains, pourtant centrales sous la présidence Biden. Depuis les coups d’État qui ont renversé les dirigeants élus entre 2020 et 2023, notamment l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum toujours détenu, Washington avait suspendu sa coopération militaire avec ces régimes.

Pourquoi cette volte-face ? La menace terroriste au cœur des priorités

Le revirement stratégique s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la menace djihadiste dans le Sahel, où l’État islamique et d’autres groupes armés gagnent du terrain. Selon certaines estimations, cette région concentre désormais la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde. Les États-Unis craignent que l’absence de contrôle gouvernemental ne permette à ces groupes de s’organiser et de planifier des attaques internationales.

La « région des trois frontières » – à cheval entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger – est particulièrement vulnérable. L’État islamique au Grand Sahara (EIGS) y est particulièrement actif, comme en témoignent les récents attentats, dont l’attaque contre l’aéroport de Niamey.

Vue de Tombouctou, ville malienne vulnérable aux infiltrations djihadistes

Par ailleurs, cette région regorge de ressources stratégiques : or, lithium (essentiel pour les batteries) au Mali, et uranium au Niger, dont le gouvernement militaire a nationalisé les principales mines, autrefois exploitées par la France. L’administration Trump ne souhaite pas laisser la Russie devenir le seul partenaire économique et militaire de ces pays, alors que Moscou renforce son influence via des mercenaires comme le groupe Wagner.

Une coopération sécuritaire sans ingérence politique

Cette nouvelle stratégie s’inscrit dans une logique de pragmatisme. Contrairement à l’ère Biden, où la bonne gouvernance était une condition sine qua non, l’administration Trump privilégie désormais la stabilité régionale et la lutte antiterroriste. Massad Boulos, conseiller pour l’Afrique au département d’État, a d’ailleurs déclaré : « La démocratie est toujours appréciée, mais notre politique est de ne pas nous ingérer dans les affaires intérieures des autres pays. »

Les États-Unis misent sur une collaboration discrète : soutien en renseignement, fourniture d’armes et renforcement des capacités locales. Cependant, pas question de déployer des troupes au sol ou de rouvrir des bases comme celle d’Agadez au Niger, fermée après des tensions avec Bamako. L’objectif est clair : combattre le terrorisme sans s’engager dans des conflits prolongés.

Cette approche séduit les juntes militaires, qui y voient une reconnaissance de leur légitimité. Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’État burkinabè, incarne cette résistance à l’« impérialisme occidental » et bénéficie d’un soutien populaire important, notamment chez les jeunes. Son discours panafricaniste et anti-français trouve un écho en Afrique et au-delà.

Exercice militaire conjoint entre soldats américains et maliens en 2018

Quels défis pour l’avenir ?

Malgré cette coopération renforcée, les défis restent immenses. La CEDEAO, organisation ouest-africaine, a vu le Mali, le Burkina Faso et le Niger quitter ses rangs en 2024 pour créer l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette scission complique les efforts régionaux de lutte contre l’insécurité, car la CEDEAO ne peut plus imposer de conditions démocratiques à ces pays.

Les groupes djihadistes, eux, profitent de ces divisions pour étendre leur influence. Des attaques récentes au Bénin, au Nigeria, au Togo, au Ghana et en Côte d’Ivoire rappellent que la menace dépasse les frontières nationales. Les renseignements américains pourraient jouer un rôle clé dans l’identification des cibles prioritaires, mais sans une approche globale intégrant les causes socio-économiques de l’instabilité, la victoire militaire restera fragile.

En conclusion, cette nouvelle stratégie américaine reflète une adaptation aux réalités géopolitiques du Sahel. Tout en évitant une implication directe, Washington mise sur des partenariats ciblés pour contrer le terrorisme et limiter l’influence russe. Une approche qui pourrait redéfinir l’équilibre des pouvoirs en Afrique de l’Ouest, mais dont l’efficacité dépendra de sa capacité à concilier sécurité et développement durable.

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