Le Niger détient-il la clé de l’affaire Pascal Tigri ? l’enquête qui interroge l’Afrique de l’Ouest
Depuis la diffusion d’un témoignage choc sur les écrans publics nigériens, une question cruciale agite la région : la localisation du colonel Pascal Tigri, principal suspect de la tentative de coup d’État au Bénin fin 2025, trouverait-elle une réponse au Niger ? L’intervention télévisée de l’inspecteur Habibou Oumarou Mamane, surnommé « Le Rebelle », a non seulement relancé les spéculations, mais aussi exposé des allégations troublantes sur des opérations d’envergure visant à traquer l’officier en fuite.
Un témoignage aux révélations explosives : que contiennent les déclarations de l’inspecteur nigérien ?
Lors de son intervention sur la RTN, Habibou Oumarou Mamane a livré une narration minutieuse des événements censés avoir pris place entre février et mars 2026. Selon ses dires, il aurait été contacté pour localiser Pascal Tigri, avec des promesses de rémunération et des avantages substantiels en cas de succès. L’inspecteur évoque une enveloppe de cinq millions de francs CFA, dont deux millions auraient été versés le 9 mars au grand marché de Niamey. Il cite également des intermédiaires comme Moumouni, Zakou, un certain « David », ainsi que l’officier de police béninois Ilou, et mentionne des rencontres à Malanville ainsi que l’éventualité de l’obtention de passeports diplomatiques et de postes rémunérateurs pour les complices.
Exfiltration ou simple recherche ? démêler le vrai du plausible
Le cœur du récit tourne autour du terme d’« exfiltration », utilisé pour décrire les démarches visant Pascal Tigri. Pourtant, cette notion ne doit pas être confondue avec une décision officielle béninoise. À ce stade, aucune preuve ne confirme que Cotonou aurait orchestré une opération clandestine depuis son territoire. En revanche, la recherche d’un suspect dans une affaire de sécurité intérieure relève d’une préoccupation légitime pour l’État béninois. La localisation d’un individu recherché, la collecte d’informations et les procédures judiciaires restent distinctes d’une exfiltration organisée. Si la présence de Pascal Tigri au Niger était avérée, les autorités béninoises pourraient solliciter une coopération policière ou une extradition, dans le strict respect des procédures légales et de la souveraineté nigérienne.
Paiements et intermédiaires : des noms et des chiffres, mais quelles preuves ?
Les détails fournis par l’inspecteur, incluant des sommes en francs CFA, des participants présumés et des lieux de rencontre, donnent une apparence de crédibilité à son récit. Cependant, ils ne suffisent pas à établir la véracité des allégations sans vérification indépendante. L’identité des personnes citées, la provenance des fonds et le contexte des échanges nécessitent une enquête approfondie. Les éléments rapportés, bien que précis en apparence, restent à ce jour des assertions non corroborées.
Médiatisation controversée : pourquoi une diffusion sur les ondes publiques ?
Le choix de diffuser un témoignage aussi sensible sur une chaîne publique nationale suscite des interrogations. Une telle médiatisation peut servir à alerter sur une affaire d’intérêt régional, mais elle ne remplace pas une enquête contradictoire ni la production de preuves tangibles. Sans éléments matériels accessibles, les déclarations risquent de se muer en spéculations, surtout dans un contexte où les relations entre le Niger et le Bénin sont déjà tendues. Les intentions derrière cette exposition médiatique restent floues : s’agit-il de faire avancer une enquête, de répondre à des accusations passées ou de transmettre un message politique ? La réponse n’est pas encore tranchée.
Coopération régionale : un défi pour les États africains
Cette affaire illustre les défis auxquels sont confrontés les pays voisins lorsqu’une crise intérieure prend une dimension transfrontalière. Si un suspect recherché pour des faits graves se cache effectivement sur le sol nigérien, la coopération entre les services de sécurité et les acteurs judiciaires devient un impératif. Les identités impliquées, les sommes mentionnées et les conditions des échanges doivent être examinées avec rigueur. Pour que la crédibilité des accusations soit intacte, les preuves doivent primer sur les mises en scène médiatiques. La suite des événements dépendra de la capacité des deux États à clarifier leurs positions et à engager des démarches conformes au droit international et aux accords régionaux.
Que sait-on vraiment à ce stade ?
À ce jour, aucune confirmation officielle n’atteste que Pascal Tigri se trouve au Niger, ni qu’une exfiltration aurait été organisée par des autorités béninoises. Le témoignage de l’inspecteur Habibou Oumarou Mamane a le mérite de relancer une piste, mais il ne clôt pas l’enquête. Les prochaines étapes consisteront à verifier les faits rapportés, à recueillir des éléments probants et à déterminer si les voies judiciaires et diplomatiques permettront d’éclaircir cette affaire complexe. Dans un contexte aussi sensible, l’authenticité des accusations ne sera établie que par des preuves tangibles, bien au-delà de leur mise en scène publique.