Le Gabon intensifie sa stratégie pour le commerce intra-africain
Le commerce à l’échelle continentale africaine s’affirme comme une priorité majeure pour l’économie gabonaise. Lors d’un Conseil des ministres tenu le 25 juin à Libreville, le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, a donné des instructions claires à son gouvernement : accélérer significativement la concrétisation de cette orientation stratégique, perçue comme essentielle pour diversifier l’économie nationale. Cette directive présidentielle va au-delà d’une simple déclaration d’intention, exigeant des indicateurs de performance tangibles et un échéancier rigoureux.
L’enjeu de cette démarche dépasse la simple rhétorique diplomatique. Le Gabon, dont les revenus extérieurs dépendent encore fortement du pétrole, du manganèse et du bois, aspire à élargir ses débouchés régionaux. L’objectif est de capter une part plus significative des flux commerciaux au sein du continent. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), pleinement opérationnelle depuis 2021, offre le cadre idéal pour concrétiser cette ambition. Il est impératif que les administrations gabonaises se dotent des outils nécessaires pour en tirer pleinement parti.
Une exigence présidentielle de résultats concrets
En adoptant un ton ferme devant son équipe ministérielle, le président de la Transition a clairement signifié que l’heure n’est plus à l’attentisme. Les ministres directement concernés, notamment ceux en charge du Commerce, de l’Économie, des Transports et des Affaires étrangères, sont désormais tenus de présenter des réalisations mesurables. Cette pression interne s’inscrit dans la méthode de gouvernance du chef de l’État, qui multiplie les injonctions de performance depuis le changement de régime d’août 2023.
Concrètement, plusieurs axes de travail complémentaires sont identifiés. La facilitation des procédures douanières, la suppression des entraves non tarifaires, la modernisation des corridors logistiques et la promotion des exportations gabonaises vers les marchés d’Afrique centrale, de l’Ouest et australe sont des leviers essentiels. Le tissu industriel local, encore en phase de développement, devra également améliorer sa qualité pour répondre aux exigences continentales en matière de normes et de traçabilité.
Le Gabon et sa vision panafricaine
La stratégie défendue par Brice Clotaire Oligui Nguema reflète une analyse géoéconomique affirmée. Pour Libreville, le commerce intra-africain représente à la fois un instrument de souveraineté économique et un moyen d’atténuer la volatilité des prix des matières premières. Historiquement, la part des échanges internes au continent reste faible, oscillant entre 15 et 16 % du commerce africain total, loin des plus de 60 % observés en Europe ou en Asie. C’est précisément cette disparité structurelle que la ZLECAf vise à corriger.
Le positionnement panafricain du Gabon intègre également une dimension politique. En insistant sur l’intégration continentale, le président cherche à inscrire son action dans une perspective à long terme, au-delà de la période de transition. Cette narration renforce l’image internationale du pays, alors que Libreville s’efforce de consolider ses liens avec ses partenaires régionaux, notamment au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Des obstacles structurels à surmonter
La mise en œuvre opérationnelle de ces orientations présidentielles se heurtera cependant à des défis bien connus. Le manque d’infrastructures de transport performantes entre le Gabon et ses voisins, la complexité de certaines procédures administratives, le coût élevé de l’énergie et la faible compétitivité de plusieurs secteurs limitent la capacité du pays à se positionner comme un pôle régional. Les acteurs économiques locaux soulignent régulièrement les difficultés d’accès aux marchés voisins, malgré l’existence de cadres juridiques communautaires.
Par ailleurs, l’intensification des échanges intra-africains nécessite une collaboration étroite avec le secteur privé. Les chambres de commerce, les fédérations patronales et les opérateurs portuaires devront être activement associés à l’élaboration d’une feuille de route concrète. Sans cette synergie, l’ambition présidentielle risque de se diluer en de simples annonces sans impact mesurable. À ce jour, aucun calendrier précis n’a été communiqué concernant les premières échéances attendues du gouvernement.
Le défi est limpide : transformer une volonté politique forte en bénéfices économiques quantifiables. La capacité de l’exécutif gabonais à produire des résultats tangibles dans les mois à venir sera attentivement suivie par les milieux d’affaires et les partenaires régionaux du pays.