5 juin 2026

Niger libéré

Journal en ligne nigérien engagé pour la liberté de presse, la souveraineté et l'information citoyenne.

Le Cameroun réalise des économies substantielles en assainissant ses pensions publiques

Le contrôle rigoureux des pensions d’invalidité et de réversion octroyées par l’État camerounais a permis de générer environ 12 milliards de FCFA d’économies annuelles depuis son lancement en novembre 2021. Ce chiffre, révélé par le ministre des Finances Louis Paul Motaze, met en lumière l’ampleur des irrégularités qui pesaient auparavant sur le fichier de paie national. Cette démarche s’inscrit pleinement dans la politique d’assainissement initiée par Yaoundé pour éradiquer les paiements indus de salaires, pensions et diverses prestations versées à des bénéficiaires non éligibles.

Un système de paie entaché par des bénéficiaires illégitimes

Les fondations de ce vaste chantier ont été posées en janvier 2020. À cette période, le ministère des Finances avait rendu publique une liste de 7 855 ex-agents publics soupçonnés de percevoir de manière indue une pension de réversion ou d’invalidité. L’absence d’actes administratifs justifiant le droit à ces prestations pour ces dossiers a déclenché un important travail de vérification documentaire et de recoupement des informations.

Les mécanismes concernés ne sont pas anodins. La pension d’invalidité est destinée aux agents reconnus inaptes selon les critères réglementaires. Quant à la pension de réversion, elle représente une part des droits acquis par un fonctionnaire décédé, reversée à ses ayants droit. Ces deux dispositifs sociaux, pourtant légitimes, sont structurellement vulnérables aux fraudes en l’absence de registres d’état civil et de fichiers de paie fiables.

Concrètement, l’opération d’épuration consiste à croiser les pièces justificatives, à confirmer l’existence réelle des bénéficiaires et à exclure du circuit de paiement les ayants droit fictifs ou décédés non déclarés. Chaque suppression d’une ligne dans le fichier se traduit automatiquement par une économie directe pour le Trésor public camerounais.

Une stratégie globale de maîtrise des dépenses salariales

Cette initiative s’intègre à d’autres projets d’envergure menés par le gouvernement camerounais. Depuis 2018, le Comptage Physique des Personnels de l’État (Coppe) a été mis en œuvre, un recensement physique visant à éliminer les agents fantômes des registres de la fonction publique. Selon les estimations officielles, ce seul exercice générerait environ 30 milliards de FCFA d’économies annuelles, soit près de trois fois les gains obtenus par le contrôle des pensions.

Le ministre Louis Paul Motaze a également lancé un nouvel audit : celui des allocations familiales versées au personnel de l’État. L’objectif demeure le même : débusquer les prestations perçues sans droit et affiner le cercle des bénéficiaires légitimes. À mesure que ces opérations se déploient, le fichier de paie devrait gagner en fiabilité, une condition essentielle pour des prévisions budgétaires crédibles.

L’enjeu dépasse la simple chasse à la fraude. La masse salariale et les pensions constituent l’un des postes les plus rigides du budget camerounais. Toute marge de manœuvre dégagée sur ces lignes offre au gouvernement des opportunités d’investissement public ou de désendettement, dans un contexte où les ratios budgétaires sont attentivement examinés par les bailleurs multilatéraux, notamment le Fonds Monétaire International (FMI).

Pressions budgétaires et impératif de transparence au Cameroun

Le calendrier de ces réformes n’est pas fortuit. Le Cameroun évolue dans un environnement de pression sur ses finances publiques, caractérisé par une demande sociale croissante, des chocs externes affectant les recettes pétrolières et un service de la dette de plus en plus lourd. La maîtrise des dépenses courantes devient un impératif pour préserver les équilibres macroéconomiques et honorer les engagements pris auprès des partenaires techniques et financiers.

Il est à noter que ces opérations d’assainissement soulèvent également des défis politiques et sociaux. Le retrait de pensions, même perçues indûment, peut entraîner des contentieux et des situations humaines délicates lorsque les bénéficiaires contestent leur radiation ou peinent à rassembler les pièces justificatives manquantes. La sécurisation juridique du fichier de paie, en parallèle des contrôles, représente de fait le second pilier de cette réforme.

Les économies déjà réalisées laissent entrevoir le potentiel encore disponible. Entre le Coppe, le contrôle des pensions et l’audit en cours sur les allocations familiales, les autorités camerounaises pourraient cumuler à terme plusieurs dizaines de milliards de FCFA d’économies récurrentes, à condition que ces dispositifs s’inscrivent dans la durée et résistent aux diverses pressions.

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes