4 juin 2026

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Le Burkina Faso, pionnier de l’élimination du cancer du col de l’utérus

Le Burkina Faso, pionnier de l’élimination du cancer du col de l’utérus

Ouagadougou – « Quand j’ai entendu le crieur public annoncer la venue d’agents de santé pour un dépistage gratuit, une peur m’a saisie. Et si on me diagnostiquait cette maladie ? Comment ferais-je pour me soigner ? Mais en pensant à mes six enfants, j’ai décidé de me rendre à l’appel », confie Awa, 48 ans, résidente d’Ipendo, dans la région du Centre-Ouest du Burkina Faso.

Son témoignage reflète le combat quotidien de nombreuses femmes burkinabè face au cancer du col de l’utérus, une maladie longtemps sous-diagnostiquée en raison des difficultés d’accès aux soins. Avant l’adoption de la stratégie mondiale de l’OMS pour son élimination, moins de 8 % des femmes bénéficiaient d’un dépistage, avec une disparité criante entre zones urbaines et rurales.

Les obstacles étaient multiples : distances considérables à parcourir, coûts élevés des transports et des traitements, pénurie de professionnels formés et manque de sensibilisation. Pour briser ces barrières, les autorités sanitaires burkinabè ont engagé une transformation radicale de leur approche.

Une stratégie globale pour briser les barrières

Le professeur Nayi Zongo, cancérologue et coordinateur du Programme national de lutte contre le cancer (PNLC), explique les mesures phares mises en place : « Un décret gouvernemental a instauré la gratuité des dépistages et des traitements des lésions précancéreuses. Des centres de santé périphériques ont été équipés, et des cliniques mobiles déployées pour atteindre les femmes là où elles vivent et travaillent. »

Ces cliniques mobiles, devenues emblématiques, sillonnent les villages, les exploitations agricoles, les marchés et même les cours familiales. Leur objectif ? Rendre le dépistage accessible sans perturber le quotidien des femmes. « Le dépistage se rapproche des communautés, leur permettant de poursuivre leurs activités tout en protégeant leur santé », précise le Pr Zongo.

Une approche combinant accessibilité et sensibilisation

L’initiative burkinabè repose sur trois piliers : la suppression des freins financiers (gratuité des soins), la réduction des distances grâce aux cliniques mobiles et une mobilisation communautaire active. La sensibilisation a été renforcée via des campagnes télévisées, radiophoniques et des événements comme « Octobre Rose ». Une coalition nationale, associant société civile, leaders locaux et médias, a été créée pour encourager la participation.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a joué un rôle clé en apportant un soutien technique, en formant des professionnels et en renforçant la mobilisation sociale. « L’OMS nous a accompagnés pour bâtir des directives nationales, former des agents et garantir que chaque femme, où qu’elle se trouve, puisse bénéficier de ces services vitaux », souligne le Pr Zongo.

Des résultats concrets et une portée régionale

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre octobre 2024 et septembre 2025, 468 missions de cliniques mobiles ont été organisées. Près de 2 millions de femmes ont été sensibilisées, 106 446 dépistages réalisés, 715 traitements de lésions précancéreuses effectués et 113 diagnostics approfondis confirmés. Ces avancées sauvent des vies et préservent des familles entières.

Pour l’OMS, cette réussite illustre le pouvoir de la collaboration. « Le Burkina Faso démontre qu’avec une volonté politique forte et des solutions adaptées, il est possible de surmonter des défis apparemment insurmontables », déclare le Dr Seydou Coulibaly, Représentant de l’OMS au Burkina Faso. Il ajoute que cette initiative, en supprimant les obstacles financiers et géographiques, constitue un modèle pour l’Afrique.

Un changement de mentalité dans les villages

Dans les localités rurales, les cliniques mobiles transforment les habitudes. Awa, aujourd’hui convaincue de l’importance du dépistage, partage son expérience : « Nous cultivons nos champs, vendons nos légumes au marché, et quand on nous a parlé du dépistage, j’ai craint le pire. Mais les témoignages d’autres femmes m’ont rassurée. Le jour du test, les agents ont tout expliqué. Résultat négatif : un immense soulagement. Aujourd’hui, je recommande à toutes de se faire dépister. Plus tôt on agit, plus simple est le traitement. »

Pour beaucoup de femmes comme Awa, ces cliniques représentent la première occasion d’être informées sur le cancer du col de l’utérus, ses risques et ses moyens de prévention. Cette sensibilisation initiale est cruciale pour réduire l’incidence de la maladie.

Au-delà de la santé, cette initiative incarne une avancée sociale majeure. Elle rappelle que la santé est un droit, non un privilège. Et au Burkina Faso, ce droit devient une réalité pour des milliers de femmes.

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