16 juillet 2026

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La Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun, moteur essentiel du développement infrastructurel

Le Cameroun, à l’instar de nombreuses nations africaines, se trouve confronté depuis plusieurs années à une diminution de l’accès aux financements extérieurs traditionnels. Les prêts concessionnels multilatéraux, l’aide publique au développement et les marchés obligataires internationaux sont devenus plus coûteux et moins accessibles. Dans ce contexte économique tendu, la mobilisation de l’épargne nationale, qu’elle soit publique ou privée, s’impose comme une nécessité stratégique. C’est précisément le rôle que la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC) du Cameroun est appelée à jouer, ayant été officiellement opérationnalisée le 20 janvier 2023 par décret présidentiel, quinze ans après sa création juridique en 2008.

  1. Un modèle éprouvé : l’inspiration de la Caisse des Dépôts française

L’exemple français illustre la capacité d’une caisse de dépôts à transformer une épargne qui serait autrement inactive en un puissant levier de développement structurel. Ce mécanisme repose sur trois piliers fondamentaux :

  • La centralisation de ressources réglementées (telles que le Livret A, les fonds notariaux ou les comptes inactifs) au sein d’une institution publique sécurisée.
  • La conversion de dépôts à court terme en prêts à long terme, bénéficiant d’une garantie de l’État.
  • Un effet de levier significatif, où chaque euro d’épargne collectée contribue au financement d’infrastructures vitales (logement social, rénovation urbaine, déploiement de la fibre optique, réseaux de transport).

La CDEC camerounaise adopte une architecture similaire. Sa mission est de collecter, de sécuriser et de valoriser sur le long terme des ressources souvent inexploitées, en les réorientant vers le soutien des politiques publiques du Cameroun.

  1. L’avancement de la CDEC : une dynamique concrète

Les informations disponibles confirment une progression notable de l’institution :

Cadre juridique et typologie des ressources

La loi de 2008 et son décret d’application de 2011 définissent quatre catégories de ressources pour la CDEC : les dépôts (provenant des notaires, des comptes bancaires inactifs), les consignations administratives (cautionnements pour les marchés publics), les consignations judiciaires (liées aux mises en liberté ou aux règlements judiciaires) et une quatrième catégorie assimilée.

Mécanisme de collecte contraignant

Un décret du Premier ministre, daté du 1er décembre 2023, a instauré une obligation pour les banques, assurances, notaires et greffes de transférer leurs fonds consignés dans un délai imparti. Le non-respect de cette directive entraîne des audits externes et des intérêts de retard calculés sur le taux de facilité de prêt marginal de la BEAC, majoré de deux points. Ce cadre juridique strict vise à garantir une montée en puissance effective des ressources de la CDEC.

Résultats après trois ans d’opérationnalisation

Le directeur général, Richard Evina Obam, a communiqué une centralisation de plus de 151 milliards de FCFA (environ 260 millions USD) trois ans après le début des opérations. Ce montant, bien que conséquent, représente une fraction du potentiel estimé. Des évaluations antérieures suggéraient en effet la présence de plus de 1 000 milliards de FCFA en déshérence au sein du système bancaire camerounais.

  1. La filiale bancaire : l’outil de transformation infrastructurelle

L’initiative la plus significative pour concrétiser l’ambition infrastructurelle de la CDEC est le projet de création d’une filiale bancaire dédiée, dont l’étude de faisabilité a été lancée en février 2025. Cette entité est spécifiquement conçue pour :

  • Appuyer l’État, les collectivités territoriales décentralisées (CTD) et les entreprises dans la recherche de financements pour leurs projets d’infrastructures.
  • Soutenir les petites et moyennes entreprises (PME) désireuses de participer aux marchés publics.
  • Faciliter les introductions en bourse et l’analyse des opportunités d’affaires.
  • Proposer des produits financiers à long terme (prêts, garanties, crédit-bail) adaptés aux besoins des acteurs économiques du Cameroun.

Cette fonction rapproche structurellement la CDEC du modèle de la Banque des Territoires de la CDC française, marquant une évolution d’un simple rôle de dépositaire de fonds réglementés vers celui d’un investisseur patient à long terme au service de l’économie réelle du Cameroun.

  1. Domaines d’intervention potentiels au Cameroun

La CDEC pourrait jouer un rôle déterminant dans divers secteurs clés :

  • Logement : Financement du logement social et soutien au programme des 10 000 logements, à l’image des prêts HLM sur fonds d’épargne en France.
  • Infrastructures urbaines : Amélioration de la voirie urbaine et des systèmes d’assainissement à Yaoundé et Douala, rappelant les initiatives de rénovation urbaine en France.
  • Numérique : Extension de la couverture haut débit dans les zones rurales, sur le modèle du déploiement de la fibre optique en France.
  • Collectivités : Financement des CTD en soutien à la politique de décentralisation, à l’instar des prêts aux communes françaises.
  • Transport : Développement des corridors routiers, du port de Kribi et du hub ferroviaire, comparable aux concessions autoroutières en France.
  1. Clés de succès et points de vigilance

L’analyse comparative met en lumière des conditions essentielles à la pleine réussite de la CDEC, sans lesquelles son potentiel risquerait de rester inexploité :

  • L’effectivité de la collecte : La réticence persistante de certaines institutions bancaires à transférer les fonds dus (seule Allianz Cameroun avait effectué un transfert effectif fin 2023) souligne que la mobilisation complète des ressources reste un défi majeur.
  • La gouvernance et la transparence : La confiance des épargnants et des consignataires dans l’institution est primordiale et conditionne le volume des dépôts volontaires.
  • La compétence technique en ingénierie financière de projets : Au-delà du rôle de simple dépositaire, le financement d’infrastructures exige une expertise avérée dans le montage de dette de projet, l’évaluation des risques et la structuration des garanties.
  • L’articulation avec les autres bailleurs : Une coordination efficace avec les partenaires financiers (tels qu’un éventuel Bpifrance camerounais, les bailleurs multilatéraux, le Trésor public) est cruciale pour éviter les doublons et maximiser l’effet de levier.

En somme, la CDEC du Cameroun dispose des fondations juridiques, institutionnelles et opérationnelles nécessaires pour s’affirmer comme un véritable moteur du développement infrastructurel, en s’inspirant du modèle français. Sa capacité à convertir l’épargne réglementée dormante, dont le montant est estimé à plusieurs centaines de milliards de FCFA, en financements à long terme pour les infrastructures, représente une solution endogène crédible face à la raréfaction des capitaux extérieurs. La future création d’une filiale bancaire dédiée au financement des infrastructures marque un tournant décisif, passant d’une logique de simple collecte à une stratégie d’investissement structurant. Le succès de cette transition dépendra de l’efficacité de la collecte coercitive des fonds et du développement rapide d’une expertise interne en ingénierie financière de projets.

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