Fermeture temporaire de la rue des Caraïbes pour le métro d’Abidjan
Depuis le 15 juillet dernier, la rue des Caraïbes, artère majeure de Port-Bouët au sud d’Abidjan, est inaccessible aux véhicules. Cette fermeture, prévue pour une durée de deux mois et demi, répond aux impératifs du chantier du tablier d’un pont ferroviaire intégré à la Ligne 1 du métro d’Abidjan. La circulation devrait reprendre normalement le 30 septembre prochain.
Le ministère ivoirien des Infrastructures et de l’Entretien Routier, via un communiqué officiel, a précisé que les usagers doivent se conformer au plan de circulation aménagé autour de la zone des travaux. Cette mesure s’inscrit dans le cadre strict du calendrier accéléré du projet de métro aérien, premier du genre en Côte d’Ivoire.
Un axe ferroviaire de 37,4 km traversant sept communes
La Ligne 1 du métro d’Abidjan reliera Anyama, au nord de la capitale économique, à l’aéroport Félix-Houphouët-Boigny, situé dans le sud de la ville, précisément à Port-Bouët. Ce tracé, long de 37,4 kilomètres, dessert sept communes. Selon les estimations du consortium en charge des travaux, ce métro automatique devrait acheminer plus de 500 000 passagers quotidiennement, en réduisant le trajet à 50 minutes, soit huit fois plus rapide que les déplacements actuels en voiture aux heures d’affluence.
Le projet inclut la construction de 18 stations, 24 ponts, un viaduc enjambant la lagune Ébrié ainsi que 34 passerelles piétonnes. En juin dernier, les travaux de génie civil du viaduc étaient quasi achevés, et 12 des 24 tabliers de ponts nécessaires avaient déjà été installés. La mise en service de la ligne est officiellement programmée pour fin 2028.
Un projet d’envergure piloté par des entreprises françaises
Le métro d’Abidjan est construit par un consortium français réunissant Bouygues Travaux Publics, Alstom, Colas Rail et Keolis. Bouygues Travaux Publics assure la maîtrise d’œuvre pour les travaux de génie civil et la fourniture du matériel roulant, tandis que Keolis sera chargé de l’exploitation de la ligne pendant quinze ans après sa livraison.
Le budget global du projet s’élève à environ 1,36 milliard d’euros, principalement financé par la France via l’Agence française de développement et des prêts du Trésor français. Ce financement positionne le métro d’Abidjan comme l’un des plus importants investissements français dans les transports en Afrique de l’Ouest.
Abidjan face à l’urgence des transports
Avec une population de 5,5 millions d’habitants dans son agglomération, Abidjan souffre d’une congestion routière chronique. Port-Bouët, commune côtière du sud, abrite l’aéroport international et plusieurs zones industrielles, mais les embouteillages paralysent quotidiennement les axes principaux, faute d’un réseau de transport en commun performant.
Le métro vise à offrir une alternative rapide et fiable aux bus et taxis-brousse, tout en générant des emplois locaux durant sa phase de construction et d’exploitation. Ce projet s’inscrit dans une dynamique de modernisation des infrastructures urbaines pour répondre aux besoins croissants de mobilité.
Enjeux économiques et diplomatiques pour la France
Pour la France, le métro d’Abidjan représente un levier stratégique en Afrique francophone. Ce projet illustre la volonté française de financer des infrastructures clés dans ses anciennes colonies, où les entreprises nationales conservent une position dominante face à la concurrence internationale.
Le succès de cette première ligne de métro en Côte d’Ivoire pourrait servir de référence pour d’autres projets similaires en Afrique, notamment au Sénégal et en Guinée. Il s’inscrit aussi dans les débats nationaux sur l’efficacité de l’aide au développement et le retour sur investissement des financements concessionnels.
Les travaux progressent rapidement, et la fermeture de la rue des Caraïbes marque l’une des dernières phases critiques avant la pose des rails et l’installation des rames Alstom sur l’ensemble du parcours. Une étape décisive pour ce projet ambitieux qui transformera durablement la mobilité à Abidjan.