Ibrahim Traoré rejette la démocratie pour le Burkina Faso
Le capitaine Traoré balaye l’idée d’un retour à la démocratie au Burkina Faso

Lors d’une interview diffusée sur la télévision nationale, le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte burkinabé au pouvoir depuis trois ans, a tenu des propos sans équivoque : « Les Burkinabè doivent tourner la page de la démocratie. Ce système ne nous convient pas. »
Le dirigeant de 38 ans, qui se présente comme un panafricaniste et un opposant farouche à l’impérialisme occidental, a justifié sa position en évoquant la Libye, pays voisin où la chute de Mouammar Kadhafi, après des décennies de régime autoritaire, a plongé la nation dans le chaos politique et une guerre civile sans fin.
Un système politique local en construction
Traoré a réaffirmé son rejet du modèle démocratique, qu’il juge inadapté à la réalité du Burkina Faso. « Partout où les puissances occidentales imposent la démocratie, cela s’accompagne de violences et de souffrances », a-t-il déclaré, soulignant que le pays devait se forger sa propre voie.
Il a évoqué une approche révolutionnaire centrée sur :
- La souveraineté nationale et la mobilisation populaire ;
- Le renforcement des chefs traditionnels et des structures communautaires ;
- L’autonomie économique et militaire ;
- Une productivité accrue avec des journées de travail prolongées pour accélérer le développement.
Le chef de l’État a également justifié la dissolution des partis politiques, les qualifiant de « sources de division et de corruption », incompatibles avec son projet de société. « Un vrai homme politique au Burkina Faso, c’est un menteur, un flatteur, un parleur sans valeur », a-t-il critiqué.
Répression et instabilité malgré le soutien populaire
Malgré une répression accrue de l’opposition, des médias indépendants et de la société civile, Traoré bénéficie d’un soutien croissant en Afrique de l’Ouest pour son discours anti-occidental. Son gouvernement a même été accusé de sanctionner les détracteurs en les envoyant combattre sur les lignes de front contre les groupes jihadistes.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2023, plus de 1 800 civils ont péri dans des violences liées au conflit, selon un rapport de Human Rights Watch. Les deux tiers de ces victimes seraient imputables à l’armée et aux milices pro-gouvernementales.
Alliance avec la Russie et rejet de la coopération occidentale
Comme ses voisins du Mali et du Niger, le Burkina Faso a rompu ses partenariats militaires avec les pays occidentaux, notamment la France, pour se tourner vers la Russie. Pourtant, l’insurrection jihadiste, qui ravage la région depuis dix ans, persiste malgré ce changement d’alliance.
Traoré a réitéré son engagement à poursuivre cette politique de rupture avec l’héritage colonial, tout en promettant de bâtir un système inédit, où « personne n’est copié, tout est repensé ».
Ce revirement politique marque une nouvelle étape dans la gouvernance du Burkina Faso, mais soulève des questions sur l’avenir de la stabilité et des droits fondamentaux dans le pays.