26 juin 2026

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France et Maroc : les contours du futur traité d’amitié

Les discussions entre la France et le Maroc autour d’un traité d’amitié témoignent d’une volonté commune de bâtir un partenariat stratégique durable. Ce texte, comparable au traité de l’Élysée signé en 1963 entre la France et l’Allemagne, vise à structurer les relations bilatérales sur le long terme.

Une commission spéciale a été mise en place pour proposer des orientations, même si la négociation finale revient aux deux gouvernements. Ses travaux portent sur les principes directeurs, les priorités stratégiques à l’horizon 2035-2040, les mécanismes de dialogue politique, ainsi que les axes de coopération économique, sécuritaire, militaire, universitaire et culturelle.

Pourquoi un tel traité ? Il remplacerait l’accord de La Celle-Saint-Cloud, signé le 6 novembre 1955, qui avait permis le retour à l’indépendance du Maroc et la fin du protectorat en mars 1956. Ce nouvel accord vise à consolider les acquis d’une coopération privilégiée tout en posant les bases d’une relation d’égal à égal pour les décennies à venir.

Quatre piliers principaux se dégagent. Le premier est économique : la France s’engage à réaliser des investissements majeurs dans les secteurs marocains de l’automobile, du ferroviaire, de la défense et du transport maritime, avec un accompagnement technologique. En contrepartie, Rabat offre un accès préférentiel aux entreprises françaises pour les grands projets d’infrastructures et des incitations fiscales.

Le deuxième pilier concerne la sécurité et la défense : transferts de technologies militaires pour faire du Maroc un centre régional de production d’équipements (aviation, munitions, véhicules blindés), élargissement des programmes de formation et renforcement de la coordination en matière de renseignement, notamment face aux défis sécuritaires au Sahel.

Le troisième pilier est culturel : maintien de la place privilégiée du français dans l’éducation, promotion de la francophonie sans entraver l’ouverture à l’anglais, facilitation de l’accès des étudiants marocains aux universités françaises (plus de 42 000 actuellement), extension du réseau d’instituts culturels français et ouverture de nouveaux établissements scolaires, y compris dans les provinces du Sud.

Enfin, le quatrième pilier est géopolitique et stratégique. Paris soutient les intérêts supérieurs du Maroc, notamment le plan d’autonomie pour le Sahara, validé par le Conseil de sécurité (résolution 2797 du 31 octobre 2025). Ce soutien s’exerce aussi au sein des institutions européennes et dans des secteurs comme l’agriculture et la pêche. En retour, la France espère que le Maroc participera à de nouvelles alliances stratégiques en Afrique de l’Ouest, où Paris a perdu de l’influence, en misant sur le rôle de hub régional du Royaume.

Ce traité revêt une portée symbolique majeure : il lierait la France à un État non membre de l’Union européenne, alors que l’Algérie n’a jamais réussi à finaliser un accord similaire malgré des tentatives sous les présidences de Jacques Chirac, Abdelaziz Bouteflika, Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune.

Le Maroc s’affirme comme une puissance régionale, un hub économique et un acteur clé sur les questions énergétiques, logistiques et sécuritaires. Ce traité pourrait ainsi devenir une matrice pour repenser la coopération entre l’Europe et l’Afrique.

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