État des droits humains et libertés fondamentales au Niger en 2026
Le paysage des droits fondamentaux au Niger a connu une détérioration marquée depuis le renversement du pouvoir constitutionnel en juillet 2023. Tout au long de l’année 2025, l’administration militaire a intensifié ses mesures de pression contre les voix dissidentes, ciblant particulièrement les acteurs politiques, les leaders syndicaux et les professionnels des médias. L’ancien président Mohamed Bazoum, ainsi que sa conjointe et plusieurs membres de son gouvernement, demeurent privés de liberté sans fondement légal clair, tout comme de nombreux défenseurs des droits humains.
Sur le plan sécuritaire, le pays fait face à une menace persistante de la part de multiples factions armées. L’État islamique au Sahel (EIS), le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO) opèrent activement dans les zones frontalières. Les tensions dans la région de Tillabéri, à la jonction avec le Mali et le Burkina Faso, exposent les populations civiles à des dangers croissants.
Pour contrer cette insécurité, les autorités ont instauré en août le programme « Garkuwar Kassa » (les Boucliers de la Patrie). Cette initiative, visant à mobiliser des civils pour épauler les troupes régulières, suscite de vives inquiétudes quant aux risques de dérives et d’exactions commises par des milices non professionnelles.
En mars, le général Abdourahamane Tiani a officiellement pris ses fonctions de président de transition sans passer par un processus électoral, renforçant ainsi son autorité sur les institutions. Cette centralisation du pouvoir s’est accompagnée d’un décret supprimant le multipartisme sur l’ensemble du territoire national. Par ailleurs, le retrait du Niger de la CEDEAO et son intention affichée de quitter la Cour pénale internationale (CPI), de concert avec le Mali et le Burkina Faso, restreignent considérablement les voies de recours judiciaires pour les victimes de crimes graves.
Violences perpétrées par les groupes terroristes
Le conflit qui a débuté au Mali en 2012 continue de ravager le Niger. En 2025, l’EIS a multiplié les incursions violentes dans la zone de Tillabéri, se livrant à des exécutions de villageois et à des destructions massives de biens.
- Le 21 mars, une attaque contre une mosquée à Fambita a coûté la vie à 46 personnes, dont des mineurs.
- Le 13 mai, le hameau de Dani Fari a été la cible de combattants qui ont tué sept personnes et incendié des habitations.
- Le 21 juin, plus de 70 fidèles ont été massacrés dans le village de Manda lors de la prière matinale.
- À Abarkaize, le chef de village a été exécuté le 20 juin, suivi de l’enlèvement et de l’assassinat de cinq autres hommes quelques jours plus tard.
- Le 23 juin, six civils ont perdu la vie à Ezzak lors d’un raid de pillage.
Ces attaques sont souvent précédées de menaces liées au refus de payer la zakat ou à des accusations de collaboration avec l’armée nationale. Les rescapés déplorent fréquemment l’absence de réaction préventive des forces de sécurité malgré des alertes répétées.
Musellement de l’opposition et de la société civile
La situation de Mohamed Bazoum reste critique. Détenu à Niamey, il est privé de contact avec l’extérieur. Bien que le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire ait exigé sa libération, la junte a levé son immunité pour permettre un éventuel procès. Si plusieurs personnalités ont été libérées en avril, d’autres figures restent emprisonnées, à l’image de Moussa Tiangari.
Cet activiste de renom a été appréhendé en décembre 2024. Inculpé pour complot contre l’État et association de malfaiteurs en lien avec le terrorisme, il risque la peine capitale. Ses avocats dénoncent une procédure purement politique, mais leurs recours ont été rejetés par la justice nigérienne.
Entraves à la liberté d’expression et d’association
Le journalisme est devenu une profession à haut risque au Niger. Les arrestations et le harcèlement poussent de nombreux reporters à l’autocensure. En début d’année, la chaîne Canal 3 TV a subi une suspension temporaire après des critiques visant l’action gouvernementale. Plus radicalement, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a été contraint de cesser ses activités et de quitter le pays en février.
La répression touche également les médias locaux, comme Sahara FM à Agadez, dont trois journalistes ont été arrêtés pour avoir traité des sujets relatifs à la coopération militaire internationale. Enfin, le droit syndical est sous pression : quatre organisations du secteur judiciaire ont été dissoutes par décret en août. Cette mesure, condamnée par le barreau du Niger et l’Union des Syndicats des Travailleurs du Niger, a déclenché des mouvements de grève pour protester contre cette atteinte à l’indépendance de la justice.