Ébola en RDC : une crise sanitaire qui s’aggrave sans soutien international suffisant
L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) ne faiblit pas. Selon les dernières données officielles, plus de 1 850 personnes ont succombé à cette maladie depuis le 15 mai, parmi près de 4 000 cas enregistrés. Avec un taux de mortalité dépassant les 40 %, cette flambée, causée par la souche Bundibugyo, devient la deuxième plus meurtrière de l’histoire. Jamais une propagation aussi rapide n’avait été observée pour ce variant, déjà responsable de cinq fois plus de décès que lors des précédentes épidémies comparables.
Le virus circule principalement dans l’est du pays, une région en proie à une insécurité chronique. Les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, épicentre de la crise, subissent des violences incessantes. Les groupes armés, dont les ADF originaires d’Ouganda et le mouvement M23 soutenu par le Rwanda, perturbent les opérations sanitaires. Les déplacements massifs de populations, fuyant ces conflits, aggravent une situation humanitaire déjà critique. Hygiène précaire, réseaux de soins défaillants et surveillance épidémiologique insuffisante rendent le contrôle de l’épidémie quasi impossible.
Un suivi des cas contacts largement inefficace
Le traçage des contacts, pierre angulaire de la lutte contre Ebola, accuse un retard alarmant. À Bunia, chef-lieu de l’Ituri, 90 % des patients hospitalisés n’étaient pas des contacts suivis. Dans toute la province, seuls 59 % des cas contacts ont été identifiés, alors que l’Africa CDC estime que chaque malade urbain devrait entraîner le suivi de 40 personnes. Sur les 134 400 contacts théoriques, seulement 17 500 sont actuellement surveillés. Un cinquième des personnes recensées échappent même à tout suivi régulier, en raison d’un manque criant de personnel ou des restrictions imposées par les conflits.
Autre signe de l’échec des mesures actuelles : 60 % des décès surviennent en dehors des structures médicales. Les familles, souvent méfiantes ou isolées géographiquement, refusent parfois l’hospitalisation, par peur ou par ignorance. Les équipes sanitaires, sous-financées et sous-équipées, peinent à convaincre les populations de l’urgence des protocoles de prévention.
Vaccins et traitements : des solutions en développement mais inaccessibles
Face à cette situation, des initiatives émergent pour tenter de renverser la tendance. Un essai clinique d’un vaccin contre le Bundibugyo a débuté ce mois-ci à l’université d’Oxford, avec l’objectif d’évaluer sa sécurité sur 50 adultes. Parallèlement, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) finance le développement d’un second vaccin, développé par le laboratoire singapourien Hilleman Laboratories. En attendant, l’Africa CDC mise sur le vaccin contre la souche Zaïre d’Ebola, déjà administré en masse. Bien que différent du Bundibugyo, ce vaccin atténue significativement les symptômes et réduit la mortalité.
Une autre piste suscite l’espoir : le remdesivir. Utilisé avec succès en Ouganda voisin, ce traitement antiviral a permis de limiter la létalité à 10 % dans ce pays. Son extension à la RDC pourrait, selon les projections, réduire drastiquement le nombre de décès. Une première étude clinique évaluant une combinaison de traitements est également en cours, impliquant plus de 40 patients.
Une aide internationale trop lente et insuffisante
L’ampleur de la crise a été aggravée par un manque de soutien extérieur, notamment en début d’épidémie. En 2025, les coupes budgétaires de l’administration américaine avaient drastiquement réduit les aides sanitaires et médicales, autrefois cruciales pour la RDC. Ces restrictions ont affaibli les systèmes de santé locaux, rendant la réponse à l’épidémie encore plus difficile. Le 5 août, les États-Unis ont finalement débloqué 242 millions de dollars supplémentaires, portant l’aide américaine à 512 millions de dollars. Ce financement, bien que bienvenu, arrive trois mois après le début de l’épidémie et reste en deçà des besoins réels.
Le plan de réponse contre Ebola, évalué à 518 millions de dollars pour les six premiers mois, ne peut être pleinement mis en œuvre sans un apport international massif et immédiat. Les États-Unis restent les principaux contributeurs, loin devant l’Union européenne. Pourtant, les montants alloués restent modestes comparés aux dépenses passées en aide humanitaire et sanitaire. Sans un engagement accru des partenaires internationaux, cette épidémie pourrait devenir la plus meurtrière de l’histoire, dépassant même celle de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest, qui avait fait plus de 11 000 morts.