9 août 2026

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Alliance Maroc États-Unis : un partenariat stratégique face aux crises migratoires

Alliance Maroc-États-Unis : un partenariat stratégique face aux crises migratoires

Portraits de Mohamed VI et Donald Trump

Des liens ancestraux à une alliance militaire et économique solide, la relation entre le Maroc et les États-Unis s’est renforcée au fil des siècles. Cette coopération prend une nouvelle dimension face à la crise migratoire de Ceuta, où plus de 70 000 personnes ont tenté de franchir la frontière espagnole, causant la mort d’au moins 140 personnes.

Migrants près de la frontière de Ceuta

En signe de reconnaissance, le roi Mohammed VI a récemment rebaptisé une autoroute de 1 000 kilomètres traversant le Sahara occidental en l’honneur de Donald Trump. Cette décision survient après le soutien américain à la souveraineté marocaine sur ce territoire disputé. Pourtant, cette alliance se heurte aux tensions actuelles avec l’Espagne, partenaire clé de Washington au sein de l’OTAN.

Alors que les États-Unis qualifient la situation de Ceuta de « catastrophe » comparable à une « invasion », ils critiquent ouvertement la politique migratoire espagnole. Le département d’État et la Maison Blanche dénoncent les « politiques mondialistes d’extrême gauche » et pointent du doigt le gouvernement de Pedro Sánchez, sans jamais remettre en cause le rôle du Maroc dans cette crise.

Cette position a surpris plus d’un observateur en Espagne, où des troupes supplémentaires ont été déployées pour gérer l’afflux migratoire. Pourtant, malgré les divergences apparentes, les États-Unis maintiennent une alliance militaire et économique indéfectible avec le Maroc, un partenaire essentiel en Afrique du Nord.

Une relation née il y a plus de deux siècles

L’histoire des relations entre les deux nations remonte à 1776, lorsque les États-Unis proclamaient leur indépendance. Le sultan Mohammed III, alors dirigeant du Maroc, autorisait dès 1777 les navires américains à accéder librement aux ports marocains. Un an plus tard, en 1786, le Traité de paix et d’amitié était signé à Marrakech, marquant la première reconnaissance officielle des États-Unis par un pays étranger.

Ce traité offrait aux jeunes États-Unis une protection contre les corsaires nord-africains, tout en ouvrant des perspectives commerciales et en renforçant leur légitimité internationale. « La position stratégique du Maroc, à l’entrée de la Méditerranée, en a fait un partenaire clé pour les États-Unis dans leur quête de reconnaissance mondiale », explique Timothy W. Kneeland, professeur d’histoire à l’université de Nazareth (New York).

Marché de Tanger au XIXe siècle

Le traité, renégocié en 1836, reste à ce jour le plus ancien accord encore en vigueur pour les États-Unis. Sarah Yerkes, chercheuse au Moyen-Orient à la Fondation Carnegie pour la paix internationale, souligne : « Les Marocains rappellent souvent que ce traité est le fondement de leurs relations avec les États-Unis. »

Après l’indépendance du Maroc en 1956, les États-Unis ont immédiatement reconnu le nouveau pays et ouvert leur ambassade à Rabat trois mois plus tard. Cette réactivité a marqué le début d’une coopération étroite dans les domaines diplomatique et sécuritaire.

Sécurité, commerce et Sahara occidental : les piliers de la coopération

Dès les années 1950, alors que le Maroc était encore un protectorat français, les États-Unis négociaient l’utilisation de bases aériennes marocaines. Après l’indépendance, cette collaboration s’est intensifiée, notamment lors de la Marche Verte de 1975, lorsque le Maroc a fait pression sur l’Espagne pour récupérer le Sahara occidental.

Bien que Washington ait officiellement prôné une solution négociée, des documents diplomatiques révèlent une position favorable au Maroc. Henry Kissinger, alors secrétaire d’État américain, avait même déclaré en 1974 : « Si j’étais à sa place, j’agirais de la même manière. »

Cette alliance sécuritaire s’est renforcée après les attentats du 11 septembre 2001, le Maroc étant considéré comme un partenaire incontournable dans la lutte contre le terrorisme. En 2004, l’administration Bush désignait le Maroc comme « allié majeur non membre de l’OTAN », facilitant l’accès à des équipements militaires américains.

Le royaume accueille également African Lion, le plus grand exercice militaire annuel d’AFRICOM. Les forces spéciales marocaines et américaines collaborent étroitement, notamment dans la lutte contre l’État islamique. Selon SIPRI, les États-Unis ont fourni 60 % de l’armement lourd importé par le Maroc entre 2021 et 2025.

Avion de chasse F-16 marocain

Sur le plan économique, l’accord de libre-échange de 2006 a multiplié par huit les échanges commerciaux entre les deux pays, atteignant 7,4 milliards de dollars en 2025. Bien que modeste pour l’économie américaine, cet accord a renforcé les liens économiques et stratégiques.

Le Maroc a obtenu une victoire diplomatique majeure en 2020, lorsque les États-Unis ont reconnu sa souveraineté sur le Sahara occidental, dans le cadre des Accords d’Abraham. Cette position est toujours maintenue par Washington, qui voit dans la proposition d’autonomie marocaine la seule solution viable au conflit.

Ceuta : un test pour l’alliance Maroc-États-Unis

La crise migratoire de Ceuta a révélé les tensions au sein du triangle États-Unis-Maroc-Espagne. Alors que Madrid dépend du Maroc pour contrôler ses frontières, Washington et Rabat entretiennent une alliance militaire et sécuritaire sans faille.

L’administration Trump a critiqué la gestion migratoire espagnole, accusant le gouvernement Sánchez de « politiques mondialistes » et de « mauvaise gestion frontalière ». Cette prise de position a surpris l’Espagne, partenaire clé de l’OTAN et hôte de bases américaines stratégiques comme Rota et Morón.

Sarah Yerkes analyse : « Washington ne considère pas Ceuta comme une initiative marocaine, mais plutôt comme le résultat de l’incapacité espagnole à gérer sa frontière. » Cette interprétation confirme la solidité de l’alliance entre les États-Unis et le Maroc, au détriment des relations avec Madrid.

Frontière de Ceuta lors de la crise migratoire

Pour le Maroc, cette alliance représente un atout stratégique face aux tensions avec l’Espagne et dans sa quête de reconnaissance internationale. Pour les États-Unis, ce partenariat est essentiel dans une région où la stabilité et la lutte contre le terrorisme restent des priorités.

Alors que Mohammed VI célébrait en 2025 les 250 ans de relations diplomatiques entre les deux pays, Donald Trump réaffirmait l’engagement mutuel : « Nous espérons que cette coopération se poursuivra pour les 250 prochaines années. » Une déclaration qui résume l’importance de cette alliance, malgré les défis migratoires et les tensions géopolitiques.

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