23 juillet 2026

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Dette flottante du Cameroun : un défi budgétaire de 1,8 milliard de dollars en 2026

Avec un montant avoisinant les 1,8 milliard de dollars à l’issue du premier trimestre 2026, la dette flottante du Cameroun reflète une réalité préoccupante : l’État peine à honorer ses engagements financiers dans les délais impartis. Cet encours, composé de factures impayées ou en retard, concerne principalement des fournisseurs et prestataires locaux, mettant en lumière les tensions persistantes entre les recettes publiques et les dépenses engagées. À Yaoundé, cette situation relance les interrogations sur la rigueur de la gestion budgétaire et les marges de manœuvre disponibles pour le gouvernement, notamment dans un contexte où les financements extérieurs se raréfient.

Un mécanisme de financement déguisé aux conséquences lourdes

Bien que la dette flottante camerounaise ne soit pas un phénomène récent, son ampleur actuelle souligne une aggravation significative. Représentant une part non négligeable des dépenses publiques annuelles — à l’exclusion des salaires et du service de la dette — cette dette agit comme un levier de trésorerie pour l’État. En reportant le règlement de ses obligations, le Trésor public impose indirectement un financement forcé aux acteurs économiques nationaux, une pratique récurrente au sein de la zone CEMAC. Les entreprises locales, majoritairement des PME, subissent de plein fouet les retombées de ce système.

Les répercussions se propagent rapidement : retards de paiement en cascade, difficultés à respecter les échéances bancaires, pression accrue sur les salaires. Les banques camerounaises, exposées via leurs crédits aux fournisseurs de l’État, enregistrent une hausse des créances douteuses. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et la Commission bancaire de l’Afrique centrale suivent de près cette dynamique, consciente des risques systémiques qu’elle engendre.

Un signal d’alerte pour les partenaires économiques

L’annonce de ce chiffre intervient à un moment charnière pour le Cameroun, alors que les négociations avec le Fonds monétaire international se poursuivent et que les émissions de titres publics sur le marché régional de la BEAC restent fréquentes. Pourtant, la dette flottante constitue un indicateur clé pour les bailleurs de fonds, au même titre que la dette publique officielle. Son accumulation révèle des dysfonctionnements dans la chaîne de la dépense, de l’engagement à l’exécution, et nourrit les critiques sur la gouvernance financière du pays.

Des plans d’apurement ont déjà été mis en place par le passé, mais les résultats restent mitigés. Le stock d’arriérés, loin de diminuer, se reconstitue régulièrement, trimestre après trimestre. Depuis plusieurs années, des institutions comme la Banque mondiale et le FMI plaident pour une réforme structurelle, incluant des audits systématiques des dettes flottantes, une limitation des engagements non maîtrisés et une modernisation des outils de gestion des finances publiques.

Impact sur l’économie réelle et les services publics

Au-delà des indicateurs macroéconomiques, la dette flottante perturbe profondément le fonctionnement de l’économie camerounaise. Les entreprises, conscientes des risques de retard de paiement, intègrent une marge de sécurité dans leurs offres, ce qui renchérit le coût des marchés publics. Certaines renoncent même à participer aux appels d’offres, réduisant la concurrence et la qualité des prestations. Le tissu productif national, censé bénéficier de l’effet d’entraînement des dépenses publiques, en subit les conséquences négatives.

Le secteur des BTP, principal créancier de l’État pour les infrastructures, illustre cette situation : retards sur les chantiers, ralentissements des travaux, contentieux en hausse devant les tribunaux administratifs. Les secteurs de la santé et de l’éducation, également touchés par les paiements en souffrance, voient leurs approvisionnements perturbés, mettant en péril la qualité des services rendus à la population.

La question de l’avenir reste entière. Le gouvernement camerounais s’est fixé pour objectif de ramener le stock d’arriérés à un niveau compatible avec ses engagements régionaux et internationaux. Pourtant, en 2026, la croissance économique modérée et la pression sur les recettes fiscales compliquent singulièrement cette ambition. Sans une refonte profonde de la chaîne de la dépense, la dette flottante pourrait bien devenir un indicateur récurrent de fragilité budgétaire pour la première économie de la CEMAC.

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