13 juin 2026

Niger libéré

Journal en ligne nigérien engagé pour la liberté de presse, la souveraineté et l'information citoyenne.

Crise alimentaire en Afrique de l’Ouest et au Centre : plus de 55 millions de personnes en danger

Une urgence humanitaire sans précédent dans deux régions africaines

Les violences persistantes et les réductions drastiques des budgets alloués à l’aide humanitaire plongent des millions de personnes en Afrique de l’Ouest et au Centre dans une situation alimentaire catastrophique. Selon les dernières projections, 55 millions de personnes, dont plus de 13 millions d’enfants, risquent de sombrer dans une famine critique dès cet été. Cette crise, qualifiée de dramatique par le Programme alimentaire mondial (PAM), s’aggrave chaque jour faute de financements suffisants.

Des chiffres alarmants et des besoins urgents

Le PAM tire la sonnette d’alarme : 453 millions de dollars sont nécessaires d’ici les six prochains mois pour éviter un désastre humanitaire à grande échelle. Une récente étude révèle que plus de trois millions de personnes pourraient connaître une insécurité alimentaire de niveau d’urgence (phase 4 de l’IPC) cette année, soit le double par rapport à 2020. Quatre pays sont particulièrement touchés : le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger, qui représentent à eux seuls 77 % des cas d’insécurité alimentaire dans la région.

Parmi les situations les plus critiques, l’État de Borno au Nigeria compte 15 000 personnes menacées par une famine catastrophique (phase 5 de l’IPC), une première depuis près de dix ans. Les coupes budgétaires ont aggravé la faim et la malnutrition, tandis que les besoins dépassent désormais les capacités de financement disponibles.

Un groupe de femmes et d'enfants locaux à Yagoua, au Cameroun, participe à un événement de sensibilisation pour le projet PULCCA, qui vise à lutter contre l'insécurité alimentaire et à renforcer la résilience de la communauté.

Des pays en première ligne face à la famine

Les crises qui secouent le Mali, le Nigeria et le Cameroun illustrent l’ampleur de la catastrophe. Au Mali, la baisse des rations alimentaires a fait bondir la famine aiguë de 64 % dans certaines zones, tandis que les régions recevant des aides complètes ont connu une baisse de 34 %. L’insécurité persistante perturbe les approvisionnements, et près de 1,5 million de Maliens pourraient bientôt faire face à une crise alimentaire majeure.

Au Nigeria, le manque de financements en 2025 a contraint le PAM à réduire ses programmes nutritionnels, touchant plus de 300 000 enfants. La malnutrition est passée du stade grave à critique dans plusieurs États du nord, et les perspectives sont encore plus sombres : seulement 72 000 personnes pourraient être aidées en février, contre 1,3 million l’an dernier. Au Cameroun, plus d’un demi-million de personnes risquent de se retrouver sans aide vitale si les fonds ne sont pas débloqués rapidement.

Un enfant marche devant des abris dans un camp de déplacés à Maiduguri, la capitale de l'État de Borno, dans le nord-est du Nigeria.

13 millions d’enfants au bord de la famine

Selon Jean Martin Bauer, Directeur de l’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition au PAM, environ 13 millions d’enfants dans la région sont en danger cette année. Ces programmes nutritionnels, essentiels pour prévenir et soigner la malnutrition, doivent être considérés comme une priorité absolue. 15 000 personnes dans le nord-est du Nigeria et certaines zones administratives de l’État de Borno sont classées en phase 5 de l’IPC, ce qui signifie un risque immédiat de mortalité.

« Les gens meurent de faim. Nous devons absolument garantir que l’aide parvienne aux plus vulnérables », a déclaré M. Bauer. Face à cette situation, le PAM insiste sur l’urgence d’une action collective pour briser le cycle de la faim et éviter que des générations entières ne soient sacrifiées.

Vers une solution durable ?

Pour prévenir de futures crises, le PAM plaide pour un changement de paradigme en 2026 : les gouvernements nationaux et leurs partenaires doivent investir davantage dans la préparation, les mesures anticipatives et le renforcement de la résilience des communautés. Ces actions permettraient de donner aux populations les moyens de faire face aux chocs climatiques et économiques.

Depuis plusieurs années, le PAM mène des programmes de résilience en Afrique de l’Ouest, notamment en réhabilitant des terres dégradées et en soutenant les infrastructures locales. Plus de 300 000 hectares de terres ont été restaurés depuis 2018, protégeant ainsi environ quatre millions de personnes contre les chocs climatiques. « Les solutions existent, mais elles ne sont pas financées », a souligné M. Bauer.

Avec un besoin urgent de 453 millions de dollars pour les six prochains mois, le PAM appelle à une mobilisation internationale immédiate. « Soutenir les communautés en crise est essentiel pour éviter que la faim ne déclenche davantage de troubles, de déplacements et de conflits », a conclu Sarah Longford, directrice régionale adjointe du PAM pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes