Mariama Sonko : l’agriculture au féminin contre la dépendance alimentaire au Sénégal
Mariama Sonko : l’agriculture au féminin contre la dépendance alimentaire au Sénégal
À Niaguis, en Casamance, Mariama Sonko incarne une lutte tenace pour l’émancipation économique des femmes rurales. Depuis plus de trois décennies, cette pionnière de l’agroécologie milite pour une souveraineté alimentaire fondée sur les savoirs locaux et l’accès à des semences non contrôlées par les multinationales. Fille de paysanne, elle préside le mouvement panafricain Nous sommes la solution, qui fédère plus de 800 associations dans huit pays d’Afrique de l’Ouest.
Une mission née des inégalités
Son engagement naît d’un constat amer : l’accès des femmes à la terre, bien que légal, reste un combat quotidien. « Quand j’ai grandi, j’ai vu la pression exercée sur les femmes. Ça me révolte encore », confie-t-elle. Issue d’une famille de paysans, elle grandit avec l’idée que l’agriculture peut être un levier d’indépendance, à condition de briser les barrières sociales.
Le décès de son père marque un tournant. Face à l’impuissance de sa mère pour nourrir ses dix enfants, Mariama prend une décision radicale à 19 ans : abandonner ses études pour se battre. « On m’a obligée à me marier pour me ramener au foyer. Mais je n’ai jamais baissé les bras », déclare-t-elle avec détermination.
De l’expulsion à la ferme modèle
Avec d’autres femmes, elle obtient enfin un terrain à cultiver. Mais en trois ans, elles sont expulsées. Mariama refuse l’échec. Dix ans plus tard, elle devient propriétaire de 3 hectares près de Ziguinchor : une ferme 100 % agroécologique où 30 femmes travaillent sans pesticides ni semences importées. « Aujourd’hui, plus de 100 femmes ont un compte bancaire et épargnent. Certaines lancent des activités complémentaires pour diversifier leurs revenus », se réjouit-elle.
Un mouvement qui s’étend
Fort de ses succès locaux, Mariama Sonko étend son combat à l’échelle régionale. Son mouvement, Nous sommes la solution, rassemble désormais 800 associations dans dix pays, dont 200 000 femmes majoritairement analphabètes. « Je suis fière de voir les progrès accomplis avec ces femmes », affirme-t-elle avec émotion.
Son plaidoyer ? La préservation des semences locales et l’autonomie alimentaire. « Si on ne s’organise pas, demain, nous serons des étrangères dans nos propres pays. Notre travail consiste à reconstituer un capital semencier vital pour la souveraineté africaine », martèle-t-elle.
À 59 ans, vêtue simplement, cette militante incarne une vision : une Afrique où les femmes, actrices clés de l’agriculture, ne dépendent plus des multinationales pour se nourrir.