Centrafrique : l’horreur wagnérienne et ses victimes invisibles
Des exécutions sommaires suivies de décapitations ont été perpétrées par des hommes du Groupe Wagner. L’opposition et la société civile centrafricaine dénoncent, sans succès, la présence de ces mercenaires bénéficiant d’une autorisation officielle de tuer, accordée par les autorités locales. Voici le quotidien d’une capitale transformée en théâtre de l’effroi.

Le 8 juillet, des vidéos d’une violence inouïe ont circulé sur les réseaux sociaux, révélant l’un des pires épisodes de barbarie vécus par les habitants de la République centrafricaine. Ces images glaçantes montrent des hommes exécutés méthodiquement, leurs têtes disposées en rangées sur le sol, comme une macabre œuvre d’art. Les bourreaux, membres du Groupe Wagner, étaient assistés par des supplétifs africains surnommés « Russes noirs » par la population locale. Les mercenaires ont immortalisé leur forfait, accompagnant leurs actes de commentaires sadiques. On y entend distinctement un responsable wagnérien hurler : « Vous ne voulez pas la paix ? C’est maintenant. Égorgez chaque personne ! » Ces scènes rappellent étrangement les exactions des groupes djihadistes, où la mise en scène de la cruauté servait de propagande.
La violence, une routine pour les Centrafricains
Parmi les victimes de cette boucherie, figuraient des membres de groupes armés venus participer à une opération de désarmement organisée par les autorités. Les Wagner, prévenus de leur arrivée, ont transformé cette initiative pacifique en une séance de décapitation collective. Des civils, dont un chef de village, ont également péri dans ce piège mortel. Ces images, bien que choquantes, ne surprennent plus en Centrafrique, où les exactions des mercenaires russes, détenteurs d’un « permis de tuer » validé par le pouvoir, se multiplient sans aucune conséquence.
Depuis les années 1990, la Centrafrique est souvent qualifiée d’État fantôme, un territoire instable miné par les coups d’État, les mutineries et les conflits intercommunautaires. La présence des groupes armés et l’incapacité des forces nationales et internationales à rétablir l’ordre ont plongé le pays dans une zone grise permanente. La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca) tente, en vain, de contenir cette spirale de violences. L’arrivée du Groupe Wagner, officiellement pour soutenir le gouvernement de Bangui, a aggravé une situation déjà critique, transformant la Centrafrique en un terrain de chasse où la cruauté devient la norme.
Wagner, un État dans l’État
Les mercenaires russes ont pris racine en Centrafrique, imposant leur loi dans tous les secteurs : armée, police, justice, services de renseignement et même gestion des flux à l’aéroport de Bangui. Leur influence dépasse celle des institutions locales, avec des disparitions inexpliquées, des tortures et des crimes impunis. Malgré les alertes des organisations de défense des droits humains, le pouvoir centrafricain, dirigé par le président Faustin-Archange Touadéra, continue de couvrir ces agissements, justifiant leur présence par la nécessité de « garder le pouvoir ».
Contrairement à d’autres régions où le Groupe Wagner a été rebaptisé « Africa Corps » après la mort de son fondateur Evgueni Prigojine en août 2023, en Centrafrique, les mercenaires tiennent à conserver leur nom d’origine. Une statue à la gloire de Prigojine a même été érigée, et son anniversaire est célébré chaque année par des soldats centrafricains aux côtés de leurs « partenaires » wagnériens. Cette situation illustre l’émergence d’un ordre colonial inédit, où la terreur devient le principal mode de gouvernance.
Après la diffusion de ces vidéos insoutenables, l’opposition et la société civile ont une fois de plus exigé le départ des mercenaires et la fin de l’impunité. Pourtant, les autorités centrafricaines, tétanisées par la peur, ferment les yeux sur ces crimes, préférant une alliance mortifère avec Moscou plutôt que de risquer de perdre le contrôle du pays. Quatre ans plus tôt, lors d’une réunion ministérielle, un participant avait osé s’inquiéter des conséquences de ces collaborations. La réponse du président Touadéra avait été sans équivoque : « Nous avons besoin des Russes. C’est grâce à eux que nous gardons le pouvoir ». Garder le pouvoir, même au prix de transformer la Centrafrique en un enfer sur Terre.