8 juin 2026

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Cameroun : le débat budgétaire s’ouvre dans un climat de fortes tensions

Le Parlement camerounais entame le 9 juin sa deuxième session ordinaire annuelle, traditionnellement dédiée au débat d’orientation budgétaire. Sénateurs et députés vont examiner les grandes lignes du projet de budget 2027 dans un contexte financier particulièrement tendu, marqué par un essoufflement des recettes publiques et une incertitude politique persistante. Cet exercice est d’autant plus scruté qu’il survient alors que l’exécutif peine à concrétiser les ambitions de la loi de finances initiale de 2026, qui prévoyait une enveloppe de 8 800 milliards de francs CFA.

Un débat d’orientation budgétaire sous contrainte de trésorerie

Le débat d’orientation budgétaire représente, dans la procédure parlementaire camerounaise, une étape cruciale où le gouvernement expose ses priorités macroéconomiques pour l’année à venir. À Yaoundé, cette édition revêt une importance particulière. Les marges de manœuvre se sont réduites en raison d’une mobilisation fiscale inférieure aux prévisions et d’un service de la dette qui pèse de plus en plus sur l’équilibre général.

Le budget 2026, fixé à 8 800 milliards de francs CFA (environ 13,4 milliards d’euros), semble désormais difficile à atteindre. Comme lors des exercices précédents, les autorités camerounaises devraient soumettre un collectif budgétaire visant à ajuster les hypothèses initiales. Cette loi de finances rectificative permettra de réduire certaines dépenses et de prendre acte de l’écart entre les recettes anticipées et celles réellement perçues au premier semestre.

Le poids d’un remaniement attendu depuis six mois

À la complexité technique s’ajoute une dimension politique. Depuis près de six mois, la perspective d’un remaniement gouvernemental est évoquée à Yaoundé sans jamais se matérialiser. Cette attente prolongée entretient un attentisme qui paralyse partie de l’administration et freine les prises de décision dans les ministères dépensiers. Les opérateurs économiques suspendent également leurs arbitrages, dans l’attente de connaître les nouveaux interlocuteurs au sein de l’exécutif.

Cet immobilisme se traduit concrètement par un ralentissement de l’exécution budgétaire. Plusieurs projets d’infrastructures financés par des ressources extérieures accusent des retards de décaissement liés à la lenteur des contreparties nationales. Pour les partenaires techniques et financiers, cette situation alimente les interrogations sur la capacité du gouvernement à mener les réformes engagées dans le cadre du programme avec le Fonds monétaire international.

Une équation financière régionale

Le Cameroun, première économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), joue un rôle clé dans la stabilité macroéconomique de la sous-région. Tout dérapage de ses finances publiques se répercute mécaniquement sur les réserves de change communes, gérées par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Le pays concentre près de 40 % du produit intérieur brut de la zone, ce qui confère à ses choix budgétaires une portée bien au-delà de ses frontières.

Les parlementaires devront également composer avec un environnement extérieur volatil. Les cours du pétrole, qui alimentent une part significative des recettes de l’État, restent sujets à de fortes variations. Par ailleurs, la production nationale d’hydrocarbures connaît un déclin structurel, ce qui rend plus urgente la diversification des assiettes fiscales. Le débat d’orientation budgétaire pourrait à ce titre relancer la discussion sur la modernisation de l’administration fiscale et l’élargissement de la base imposable, deux chantiers récurrents encore inaboutis.

Reste que les attentes du Parlement risquent de se heurter aux contraintes du calendrier électoral. Plusieurs élus s’interrogent ouvertement sur la pertinence de bâtir un cadrage triennal solide alors que la composition même du gouvernement demeure incertaine. Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, la session qui s’ouvre est déjà perçue comme un exercice de transition, davantage destiné à acter les ajustements de court terme qu’à dessiner une trajectoire structurelle. L’exécutif camerounais aborde ce rendez-vous parlementaire sans disposer pleinement des moyens des ambitions affichées en début d’exercice.

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